Le comité de politique monétaire (MPC) de la Banque de Maurice (BoM) a, lors de sa réunion d’hier, maintenu le taux directeur (Key Repo Rate) à 4 %, une décision prise à l’unanimité des membres. Rendant compte des délibérations du MPC et des indicateurs macroéconomiques analysés à cette réunion lors d’une conférence de presse au siège de la BoM Tower, le gouverneur de la banque centrale, Ramesh Basant Roi, a fait état de plusieurs sujets d’inquiétude avant de faire ressortir, en réponse à une question, que la montée du protectionnisme l’effraie le plus.
Le MPC a, sur la base des récents développements et des perspectives au niveau de l’économie globale aussi bien que locale, décidé de garder inchangé le taux directeur. Se référant aux dernières prévisions du Fonds monétaire international (FMI), l’économie mondiale, a indiqué Ramesh Basant Roi, pourrait croître de 3,5 % en 2017, contre 3,1 % en 2016, et enregistrer un taux de croissance légèrement plus élevé en 2018. Les pays émergents et en développement devraient contribuer substantiellement à cette croissance élevée avec un taux de 4,5 % cette année, par rapport à 4,1 % en 2016. Cependant, estime le MPC, la croissance restera « modest and subject to heightened political and policy uncertainties ». Le communiqué émis par la BoM à l’issue de la réunion du MPC fait état de risques de baisse de la croissance, qui pourraient provenir principalement de la poussée du protectionnisme, de conditions de resserrement de la situation financière globale et d’un approfondissement de tensions géopolitiques.
Le gouverneur de la BoM, qui était entouré de ses deux adjoints, Yandraduth Googoolye et Vikram Punchoo, a relevé que le commerce mondial s’est contracté de 1,3 % en 2016, « chose qu’on n’a pas vu depuis très longtemps ». Si cela continue, prévient-il, la croissance économique mondiale pourrait être affectée. Analysant la situation concernant l’inflation globale, le gouverneur a indiqué que la récente hausse est attribuable à la montée des prix des matières premières, en particulier des produits pétroliers. Mais par la suite, une tendance vers la stabilisation des prix des matières premières s’est dessinée. Le MPC a constaté que le taux d’inflation domestique basée sur la moyenne annuelle de l’indice des prix à la consommation est passé de 1 % en décembre 2016 à 1,3 % en mars 2017. Les pressions inflationnistes ont été relativement contenues et, selon les techniciens de la BoM, le taux d’inflation « headline » tournerait autour de 2 % pour 2017, à condition toutefois qu’il n’y ait pas de facteurs bouleversants dans le courant de l’année.
S’apesantissant ensuite sur la performance économique de Maurice, Ramesh Basant Roi a laissé entendre que la BoM a maintenu son estimation initiale, soit un taux de croissance variant entre 3,8 % et 4 % pour cette année. Cependant, on s’empresse à souligner dans les milieux de la banque centrale que « this forecast is conditional on the timely implementation of key public sector investment projects and the continued accommodative monetary conditions ». Les données récentes sur la performance macroéconomique du pays font voir qu’il y a des « signs of an economic recovery ». La croissance réelle du Produit intérieur brut a été de 4,1 % au dernier trimestre de 2016, contre 3,7 % au troisième trimestre et 3,8 % au quatrième trimestre de 2015. « A reversal of the declining trend in the construction sector and the sustained good performance of the key services sectors, in particular tourism, supported domestic output », fait ressortir la BoM.
Selon le gouverneur, le taux de chômage au dernier trimestre de 2016 s’est élevé à 6,6 % et la situation concernant l’emploi dans le pays pourrait continuer à s’améliorer à condition que les projets d’investissements soient exécutés. En revanche, le MPC a pris note de la baisse des exportations et de la part de ce secteur dans le PIB national. Une telle situation aura des incidences défavorables sur la balance des comptes courants. Après une baisse du déficit en 2016 (4,3 % du PIB, contre environ 5 % en 2015), il est probable que la situation évolue défavorablement en 2017 avec un déficit estimé à 4,8 %. Elle découlerait en grande partie de la baisse des exportations du pays qui, a commenté le gouverneur, est un sujet d’inquiétude.
La direction de la banque centrale se réjouit par ailleurs de la bonne tenue de la roupie et de la progression des réserves, qui se chiffraient à environ USD 5 milliards. Le gouverneur a parlé des efforts de la BoM pour éponger l’excès de liquidités dans le marché. Valeur du jour, le montant en excès se situe à environ Rs 11 milliards. Au cours des trois dernières années, la BoM est intervenue sur le marché pour éponger l’équivalent de USD 1,4 milliard, et ce au coût de Rs 1,8 milliard en 2016/2017. Il est estimé que les interventions prévues en 2017/2018 coûteraient environ Rs 2 milliards. « C’est le prix que nous avons à payer pour préserver la stabilité de la roupie », a ajouté Ramesh Basant Roi.
A une question concernant les investissements privés, le gouverneur a déclaré que le niveau n’a pas réellement « pick up » comme souhaité. Il considère par ailleurs que le taux directeur pourrait rester inchangé pendant un certain temps, surtout si la reprise économique demeure très lente.