Sir Anerood Jugnauth, ancien président de la République et leader du Remake 2000, estime que le budget 2014 actuellement en discussion à l’Assemblée nationale vient témoigner des dissensions au sein du gouvernement PTr/PMSD au pouvoir. «Xavier Duval, le ministre des Finances, était sans conviction lors de son discours. Il paraissait agacé et donnait l’impression qu’on lui avait imposé des choses», trouve-t-il. Selon SAJ, il est évident que Navin Ramgoolam, le Premier ministre, n’a plus aucun contrôle sur ses troupes.
Revenant sur le budget, sir Anerood trouve que les mesures annoncées ne viennent en rien rétablir la confiance parmi les opérateurs économiques. Il trouve de même que ce qui a été annoncé a viendra pas résoudre les «vrais problèmes» de la population. Pour lui, les mesures présentées pèchent par manque d’inspiration en vue de la relance de l’investissement et de la création d’emplois «comme souligné par beaucoup d’économistes dont Pierre Dinan».
Sir Anerood trouve ainsi que le chômage, qui est déjà à 8,3%, ne fera que s’aggraver avec, dit-il, les risques d’une crise sociale «incontrôlable». Le leader du Remake 2000 enchaîne en évoquant l’endettement du pays favorisé par les gaspillages et la corruption. Il parle à ce propos d’allocation de contrats publics régulièrement suivie, selon lui, de «l’excuse» qui veut qu’en cours de route les travaux à être entrepris se révèlent plus importants et conséquemment plus chers.
Bagatelle Dam : «Travail  préliminaire saboté»
Par rapport à la question de la pauvreté, SAJ met en garde le Premier ministre contre l’imposition du «nouveau fardeau» que représente le levy de Re 1.00 par litre de produits pétroliers acheté à la pompe par les automobilistes alors que, dit-il, ailleurs dans le monde les prix des carburants ont baissé. Le leader du Remake 2000 explique que ce nouveau levy imposé à la population rapportera globalement Rs 425 millions de plus chaque année au gouvernement. Alors que, explique-t-il, une somme de Rs 200 millions sera puisée de ce fonds pour subventionner le renouvellement de la flotte d’autobus des compagnies de transport, il s’interroge sur ce qu’adviendra de la somme restante.
Abordant ensuite la question de l’eau, sir Anerood s’insurge que, «par arrogance», le gouvernement PTr de 2005 a défait tout le travail préliminaire effectué par le précédent gouvernement MSM-MMM pour la construction du Bagatelle Dam. «Nous avions identifié un site. Quand ils sont arrivés, ils ont jugé qu’il fallait un autre site qui s’est finalement révélé inapproprié quand les travaux ont démarré. Tout le projet occasionnera finalement des travaux additionnels énormes et c’est la population qui en paiera les frais».
«Gifle de Ramgoolam à Duval»
Autre sujet sur lequel, selon SAJ, les travaillistes ont «saboté» par «arrogance» le travail qui avait déjà été entrepris par le précédent gouvernement MSM-MMM : la réforme éducative. Pour lui, il est évident que la mesure visant à l’adoption du Nine-Year Schooling contenue dans le budget a été «ajoutée» à la onzième heure par Navin Ramgoolam. «Nul ne sait quand sera aboli le Certificate of Primary Education, comment va se faire la sélection pour l’admission en septième année d’études ni même si les infrastructures scolaires existantes sont adaptées pour un tel projet», constate-t-il. D’où sa mise en garde à Navin Ramgoolam contre toute tentative d’utiliser ce sujet en vue d’en tirer un avantage politique.
Sur la question de l’introduction de la télévision privée, sir Anerood soutient que si Xavier Duval a, dans son discours budgétaire, clairement laissé entendre qu’il s’agirait de télévision sans informations, ce ne peut être que sur les «instructions» de Navin Ramgoolam que le ministre des Finances a précisé cela. Selon le leader du Remake 2000, ce n’est qu’après les réactions «très négatives» de la population que le Premier ministre a été contraint de dire que les informations viendront dans un deuxième temps.
Pour lui, tout cela ne vise qu’à leurrer le public. La réelle intention de Navin Ramgoolam, trouve-t-il, est de maintenir le monopole de la MBC/tv sur les informations en vue d’en user et d’en abuser comme d’un outil de propagande «au service d’un gouvernement totalitaire». Il trouve de plus qu’en «corrigeant» son ministre des Finances sur la question, Navin Ramgoolam administre, en d’autres mots, «une gifle à Xavier Duval».
Au sujet de la volonté déclarée du gouvernement de relancer le football en réactivant les clubs traditionnels, SAJ réaffirme que c’est le PTr qui, à partir de 2005, a tout entrepris pour tuer la régionalisation. «Ils prétendent maintenant faire revivre le football en ramenant le communalisme dans ce sport». Pour le leader du Remake 2000, il ne peut s’agir là que d’un «crime» susceptible de faire énormément de tort à la population et au pays. Il appelle les jeunes à contrer ce projet qui, selon sir Anerood, n’est ni dans l’intérêt du sport ni dans celui de la jeunesse.
SAJ dément de nouveau qu’il a déclaré, dans une interview, que la régionalisation a tué le football. «Au gouvernement, nous avions la volonté et l’ambition de faire évoluer le football. Le travail avait été enclenché avec un titre de champion aux Jeux des îles de l’océan Indien en 2003 et une performance honorable aux Jeux d’Afrique. Quand Navin Ramgoolam a quitté le gouvernement en 2000, le football était mort. Le déclin a repris quand il est revenu au pouvoir en 2005», explique-t-il, non sans adresser des piques au ministre des Sports, Devanand Ritoo.
S’il concède par ailleurs que, dans l’intérêt des étudiants concernés, il convenait de trouver un accord avec les autorités indiennes sur la question de la reconnaissance des diplômes notamment délivrés par l’EIILM University, sir Anerood se demande si le ministre Rajesh Jeetah était la personne indiquée pour discuter du sujet avec le ministre indien qui était de passage.