DIPLAL MAROAM

  Les rassemblements politiques du PTr et du MSM du 2 août à Montagne-Longue et Rivière-du-Rempart respectivement donnaient officieusement le coup d’envoi de la campagne électorale en vue des prochaines législatives. Manifestement, la lutte pour le pouvoir s’annonce âpre, sans merci et serait même la plus impitoyable que le pays a connue ces dernières décennies. La balle est donc lancée et de part et d’autre, il va sans dire que l’artillerie lourde – argent, moyens logistiques, machinerie de l’État, etc – serait déployée à plein régime. Des coups sous la ceinture pleuvraient, des dossiers compromettants seraient déterrés et des vies privées balancées sur les estrades publiques. Car si pour l’actuel PM, ce serait le scrutin qu’il ne pourrait se permettre de perdre, pour l’ancien, ce serait probablement celui de la dernière chance. Pravind Jugnauth aura de plus à relever le défi que le poste de PM n’a pas été ‘usurpé’ comme le prétend l’opposition en le qualifiant de « Premier ministre l’imposte » mais qu’il le mérite de plein droit.

L’enjeu est donc de taille. D’ailleurs, le leader du PTr a répété ad nauseam à Montagne-Longue que tout en étant « contre la politique de vengeance », il n’est « pas non plus Mahatma Gandhi ». Un message lourd de sens qui en dit long sur son état d’âme et ses intentions futures. Pourtant, après les législatives de décembre 2014, qui avaient déjoué tous les pronostics, les nouveaux dirigeants avaient toute la latitude et un boulevard d’opportunités devant eux pour donner l’estocade politique à un adversaire déjà atterré mais qu’ils ont lamentablement laissé filer entre les doigts. D’aucuns avancent même que le principal agent de Navin Ramgoolam n’est autre que le gouvernement lui-même… En effet, dans certains milieux, le domaine de law and order, la politique de petits copains, la corruption, les promesses non tenues, entre autres, font amèrement regretter l’ancien régime. D’où le succès retentissant remporté par ce dernier lors de la partielle de décembre 2017 au No.18 et lors de ses différents rassemblements et congrès. Cependant, la faille la plus flagrante observée du côté des rouges ces jours-ci est l’incompatibilité évidente de la politique de rupture que ne cesse d’évoquer Navin Ramgoolam avec le même et ancien état-major qui l’entoure mais qui a été rejeté par le peuple en décembre 2014. L’on ne construit pas la victoire avec une équipe perdante.

À propos, les 10e Jeux des îles qui ont suscité un grand élan de solidarité, de patriotisme et d’unité, ont démontré que succès rime toujours avec compétence et efficacité et non avec division et ségrégation. La brillante performance de nos sportifs – même en football, si notre équipe s’est contentée d’une médaille d’argent n’ayant pu scorer ne serait-ce qu’un seul penalty en finale, en termes de technicité et de cohésion, elle mérite amplement l’or – doit servir de source d’inspiration à nos politiciens qui, eux, continuent toujours à miser sur le compartimentage social pour arriver à leurs fins. Or, pour la population dans son ensemble, quelle que soit l’appartenance ethnique de ses dirigeants, ce qui importe fondamentalement, c’est que ses intérêts soient adéquatement sauvegardés et sa qualité de vie assurée. Ni plus ni moins.

Par ailleurs, autre élément non négligeable qui, sans nul doute, alimenterait la campagne serait la qualité démontrée de leadership du chef du gouvernement. Depuis l’installation de l’actuel pouvoir à ce jour, pas moins d’une dizaine de ministres ont été contraints d’abandonner le navire et aucun remaniement n’a été effectué pour donner un nouveau souffle à la direction du pays. Parmi les ministres démissionnaires, certains, dont celui des Finances, n’ont jamais pu être remplacés. Même un nouveau président de la République n’a jamais pu être identifié alors que le commissaire de police, devant partir à la retraite, a dû rempiler. Bref, tous ceux qui s’attendaient d’un jeune PM à du nouveau, de l’originalité dans les actes comme dans les paroles et des décisions qui s’imposent aux moments opportuns, ont très vite déchanté.