L’association Solidarité Rodrigues, une organisation non gouvernementale, créée en 2012, a pour la première fois organisé une rencontre à la mi-journée dimanche dernier à l’intention de Rodriguais vivant et travaillant à Maurice ou de passage dans le pays. Rencontre qui a eu lieu dans l’enceinte du Centre Nelson Mandela, à La Tour-Koenig.
Le matin, en l’église Saint Mathieu, toujours à La Tour-Koenig, une messe a été dite à l’intention de la communauté rodriguaise par le curé de la paroisse, le père Jacques Henri David. La Journée de la Culture Rodriguaise avait pour but de promouvoir la culture de l’île sous tous ses aspects, indiquent les organisateurs. Dans son discours, le président de Solidarité Rodrigues, Fock Seng Ho Tu Nam, devait faire l’historique du peuplement de Rodrigues en disant qu’au départ ce sont les Mauriciens qui sont allés la peupler.
C’est vers 1950 que des Rodriguais sont venus travailler à Maurice, prenant de l’emploi dans le port, dans certaines firmes de construction surtout. Ils se sont installés et ont fondé des familles par la suite.
Selon le président de Solidarité Rodrigues, il y a une importante communauté d’étudiants rodriguais à Maurice dans diverses institutions, qui prennent de l’emploi à la fin de leurs études et contribuent de ce fait au développement de la République.
Il y a aussi, poursuit Fock Seng Ho Tu Nam, ceux qui viennent à Maurice pour des raisons de santé et d’autres qui sont de passage dans le pays pour des vacances.
Mais selon l’intervenant, il existe aussi un bon nombre qui viennent chercher du travail et qui se trouvent finalement face à des difficultés financières, sans emploi, donc sans moyens pour louer une maison décente. Ils finissent par squatter des terrains avec tous les inconvénients y relatifs : pas d’eau courante, pas d’électricité, la précarité…
Démuni, le Rodriguais venant tenter sa chance à Maurice se voit handicapé par nombre de difficultés. Il ne peut avoir les mêmes facilités qu’un Mauricien qui, faute de terrain, peut toujours construire un étage sur la maison de ses parents.
C’est suite à ces difficultés des Rodriguais à Maurice que Fock Seng Ho Tu Nam a fait appel à ses compatriotes et a fondé Solidarité Rodrigues afin de venir en aide à ceux qui sont dans le besoin.
Il fait ressortir que ceux qui débarquent à Maurice viennent les mains vides, ils n’ont rien, sauf leur courage, leur désir de travailler. Mais ils sont désavantagés, car ils n’ont pas d’expérience surtout dans le domaine industriel, car un tel secteur n’existe pas à Rodrigues.
Poursuivant son exposé, le président de l’ONG a dit qu’il y a de très bons ouvriers dans le domaine de la construction, mais comme ils sont sans certificats, leurs compétences ne sont pas reconnues.
Fock Seng Ho Tu Nam a appelé les Rodriguais qui sont très bien installés dans le pays et les Mauriciens à être solidaires avec ceux qui n’ont pas de moyens.
Le fondateur de Solidarité Rodrigues souligne que selon un relevé effectué il y a quelques années, il y avait environ 11 000 Rodriguais à Maurice. Aujourd’hui, dit-il, ils sont peut-être 30 000 à 35 000 et il est important de faire une étude approfondie pour connaître exactement leur situation socio-économique à Maurice. Un appel dans ce sens sera fait aux autorités.
Les Rodriguais qui viennent à Maurice ne peuvent être un problème, dit-il, car ils viennent participer au développement économique et culturel du pays.
Fock Seng Ho Tu Nam a accueilli favorablement le programme gouvernemental 2015-2019, qui prévoit une Maison de Rodrigues à Maurice « to better assist and supporting our brothers and sisters from Rodrigues to work and live in Mauritius ».
Mais pour lui, le gouvernement central doit mettre à la disposition des migrants rodriguais non pas une maison d’accueil, mais plutôt une maison de développement pour la communauté.
Dans la même foulée, l’intervenant a appelé les membres de l’Assemblée régionale de Rodrigues à également venir en aide aux Rodriguais qui sont dans le besoin à Maurice.
Invité à prendre la parole, le père Philippe Fanchette, président du Centre Nelson Mandela, qui a exercé son ministère pendant huit ans à Rodrigues, a dit d’emblée qu’il existe une discrimination subtile du Mauricien envers le Rodriguais. Et de citer un rapport défavorable envers les Rodriguais qui habitaient Roche-Bois et qui travaillaient au Port, faisant mention du comportement de ces dockers qui dépensaient leurs salaires sans faire des économies.
Une telle affirmation, dit le prêtre, est fausse. Nombre de ces dockers ont des grandes cours dans cette localité, ils ont construit de grandes maisons et leurs enfants en ont fait de même. La communauté rodriguaise, dit-il, a beaucoup apporté à travers sa combativité, sa débrouillardise et sa culture dans cette région de Port-Louis.
Le président du Centre Nelson Mandela a félicité les Rodriguais d’avoir un hymne en kreol, qu’ils chantent à vive voix avec fierté. Il a souligné son indignation quand on traite un Rodriguais comme un immigrant à Maurice. L’homme d’église réitère que les Rodriguais ont participé au développement économique de l’île Maurice. De plus, le Rodriguais a autant de droits qu’un Mauricien, car il est aussi un citoyen de la République de Maurice.
D’autres personnalités ont aussi pris la parole : le Chef commissaire adjoint de l’Assemblée régionale de Rodrigues, Fanchette Gaspard Pierre-Louis, le directeur du Centre Nelson Mandela, Jimmy Harmon, le Lord-maire Mohammad Oumar Khooleegan, le PPS de Rodrigues Francisco François et le représentant du ministère des Arts et de la Culture, Islam Bhugan.
Les organisateurs ont également mis en vente des produits venant spécialement de Rodrigues.