L’arrivée d’un nouveau long-métrage mauricien est un moment à la fois rare, important et émouvant. Une semaine après Bénédiction, le film de Miselaine Duval, la comédie de Sharvan Anenden, The Comeback, arrive sur grand écran, aujourd’hui, aux MCiné Trianon et Flacq. Avec ce deuxième long-métrage, le jeune cinéaste nous entraîne sur les rives de l’humour et de la légèreté, un humour pince-sans-rire dans une histoire rocambolesque, remplie de quiproquos, avec une distribution 100% mauricienne.

Tout commence avec l’inconsolable tristesse un tantinet dépressive de Shakeel Khan, qui, sous les traits de Palmesh Cuttaree, verse son lot de larmes en regardant une des scènes les plus déchirantes qu’il ait tournées au cinéma, au cours de laquelle il meurt dans les bras de celle qu’il aime, après avoir prononcé les paroles fatidiques : I am free ! Une fin tragique, une déclaration d’amour, beaucoup de sucre et de violon, tous les ingrédients du film bollywoodien sont là, mais on se rend très vite compte dans les scènes suivantes, d’un décalage et du pas de côté du réalisateur qui prend le genre avec beaucoup de distance et un regard amusé.

Déjà, le fait que les acteurs indiens du film parlent l’anglais à la mauricienne, avec un accent très appliqué et sans aucune intonation indienne, crée une sorte d’effet comique par la diction légèrement ralentie, qui pourrait être considérée comme un des ressorts humoristiques du film. Sous-titré en français, The Comeback fait passer pendant 100 minutes menées tambour battant, par différentes nuances émotionnelles, qui vont du comique de situation et de l’humour pince-sans-rire, à des moments de gravité dans lesquels on découvre par exemple Nalini Aubeeluck en femme révoltée et combative, ou encore la vedette Nadhir incarnée par Eeden Bhugeloo semblant s’interroger avec sincérité sur la futilité de la gloire et le sens de la vie.

Cette comédie joue aussi avec les codes du cinéma indien à travers des parodies de scènes chantées, qui nous donnent le loisir de voir Gaston Valayden faire un numéro de séduction en hindi auprès d’un producteur, ou encore Nalini Aubeeluck et Eeden Bhugeloo convoler vers le parfait amour en décors naturels entièrement mauriciens… Patrick Noël y apparaît d’une crédibilité et d’un naturel bluffants en inspecteur de Scotland Yard, et Robert Furlong déguisé en prêtre fait bien rire lorsqu’il reluque une belle jeune femme. En explorant de nombreux registres humoristiques, les situations les plus improbables s’enchaînent avec une souplesse et un naturel déconcertants, qui font que même sans y croire, on joue volontiers le jeu…

Les trois compères

Shakeel ne tarde pas à rencontrer ses deux amis Arjun Singh et Jatin Kumar. Incarné par le comédien Gaston Valayden, Arjun Singh jouait des rôles de mauvais garçon et était une véritable célébrité dans les films d’action. Jatin Kumar, alias Robert Furlong, était un grand séducteur qui charmait son public en chantant et en dansant dans les années 60 et 70. Nos trois compères se lamentent sur leur sort, l’indifférence du public et du monde du cinéma à leur égard maintenant qu’ils approchent les soixante-dix ans. Puis au fil de la discussion autour d’un verre dans une taverne, Jatin, le plus optimiste de la bande, émet l’idée de rassembler leurs forces et de jouer sur leurs complémentarités, pour reprendre leur baton de pélerin et démarcher les producteurs. Son idée est simplement de les convaincre de soutenir le « comeback » de trois anciennes légendes du cinéma dans un même film, qui rassemblerait ainsi tous les ingrédients qui ont fait la réussite du cinéma bollywoodien : la tragédie, l’action, les chants et les danses !

Le premier rendez-vous avec un producteur est à noter dans les annales, tant ce dernier, des fusils à la place des yeux, les regarde avec effarement et réticence. Hyper crispé, l’acteur Deepak Ramsurrun finit par lâcher la raison de son rejet, à savoir qu’ils ont un jour entièrement démoli ses décors avant de les mettre dehors. Si les producteurs suivants peuvent paraître plus avenants, ils ne sont pas plus intéressés par la proposition, et nos trois personnages finissent par se rendre à un ultime rendez-vous, le moral dans les chaussettes, se disant que c’est peine perdue. Mais là, ils vont de surprise en surprise : à l’entrée de l’immeuble affublé du sigle de Médine, ils tombent sur un prêtre tamoul (Kavinien Karupudayyan) qui leur prodigue une prière dans les formes avant de leur réclamer une rétribution assez prohibitive, sans laquelle la prière ne sera d’aucune utilité. Ils acceptent de crainte que la malédiction du saint homme ne compromette leur rendez-vous.

L’idée diabolique

Sur un plan suivant on découvre Nalini Aubeeluck en secrétaire, affalée sur son bureau, qui aurait certainement sombré dans le sommeil si les trois compères n’avaient surgi dans la pièce. Ils se reconnaissent instantanément car peu de temps auparavant, ils étaient venus en aide à la jeune femme, nommée Sandya Patel, qui venaient de chasser des agresseurs dans une de ces rues, vides et sordides une fois la nuit tombée. Ils finissent par rencontrer son patron, le producteur, qui leur lance le défi de trouver une des grandes stars indiennes du moment, qui en acceptant de jouer avec eux, leur donnerait ainsi le sésame pour la réussite.

Étant complètement déconnectés du milieu du cinéma, ils n’y croient plus jusqu’à ce que la jeune Sandya, qui rêve quant à elle de devenir réalisatrice, leur propose de s’associer avec eux, et de jeter leur dévolu sur Nadhir, qui lui semble plus ouvert et différent des autres vedettes bollywoodiennes, l’idée étant de le kidnapper et de le faire chanter, tant leurs arguments leur semblent inaudibles dans le monde d’aujourd’hui. Entre alors en scène le charmant Edeen Bhugeloo, la vedette en question, qu’ils vont par exemple surveiller dans une voiture à vitres teintées alors qu’il fait son jogging. Tout ceci n’est en fait que la première partie du film, puisque les anciennes légendes se croyant plus discrètes déguisées en religieux, suivront la vedette convoitée à l’île Maurice, où il la kidnapperont et la retourneront. Un serveur qui pose des devinettes, un voyage aérien secoué par l’orage, hôtel de luxe et bas fond, inspecteur « konn-tou » et policiers empotés se succèdent jusqu’à l’heureuse issue.

Soutenu par un producteur indien, The Comeback a aussi été doublé en hindi et devrait bénéficier d’une exploitation dans la Grande péninsule.