Son épouse et sa soeur seront bientôt convoquées par la Commission d’enquête sur la drogue. Shabeer Ahmad Goolamgouse, officier de l’ADSU suspendu depuis 2012 car soupçonné de blanchiment d’argent par l’ICAC, s’est longuement expliqué devant Paul Lam Shang Leen et ses deux assesseurs, hier. Il gravite, pour reprendre la formule utilisée lors de la séance d’hier, « dans un réseau où évoluent des trafiquants de drogue notoires, dont Sada Curpen, Siddick Islam, Naseerah Vavra, Wensley Jasmin… Et vous avez connu en outre un policier, écroué pour une affaire liée à la drogue, et qui est décédé, Darmarajsing Sooknundun. Nous avons de forts soupçons indiquant que vous êtes lié à ce trafic et que ceux qui en tirent les ficelles vous utilisent. »
Une photo de l’actuelle demeure de Shabeer Ahmad Goolamgouse, sise à un morcellement cossu de Terre-Rouge, n’a pas manqué de susciter les commentaires de l’ancien juge Paul Lam Shang Leen : « Mais c’est immense? ! Combien de pièces y a-t-il? ? Quelle est la surface de cette maison? ? La grille d’entrée elle-même fait au moins quatre mètres… Combien tout cela vous a-t-il coûté? ? Et comment avez-vous fait pour payer? ? Vous allez devoir expliquer tout cela. »
Ayant rejoint la Mauritius Police Force (MPF) en avril 1983, Shabeer Ahmad Goolamgouse a été officier de l’ADSU et a également été affecté au CCID. Il est suspendu de ses fonctions depuis 2012 quand l’ICAC a ouvert une enquête sur lui, relatif à une affaire de blanchiment d’argent. Shabeer Ahmad Goolamgouse a répondu, entre autres, que « la maison paraît grande parce qu’il y a la montagne derrière… Elle comprend six pièces et s’étale sur 250 mètres carrés. Elle a coûté Rs 3,8 millions. J’en ai contribué Rs 2,8 M, ma femme a financé le reste. On s’y est pris à deux pour cela ». Shabeer Ahmad Goolamgouse a aussi expliqué qu’une « partie de l’argent provient de la vente de mon appartement. »
Goolamgouse dispose de deux semaines pour présenter plusieurs documents réclamés par la Commission Lam Shang Leen « pour expliquer plusieurs dépôts d’argent, en liquide et par chèque, de fortes sommes sur votre compte en banque principal ». Mais aussi, « des actes de vente et d’achat des véhicules qui ont été enregistrés à votre nom », entre autres. Il convient de savoir que Shabeer Ahmad Goolamgouse était marié de « février 2010 à juin 2010 à Roobeena Curpen, la soeur de Sada Curpen. Nous nous sommes mariés en France et nous étions séparés depuis septembre 2003, mais le divorce a été officialisé en 2010 ». Entre-temps, le policier s’est remarié « à une employée d’une compagnie nationale. J’ai aussi vendu mon appartement, et j’ai acheté un terrain à Terre-Rouge avec, partiellement, l’argent provenant de cette vente ». Sauf que, pour Paul Lam Shang Leen, « selon le document que vous m’avez montré, il s’agit d’un accord entre vous et un certain Hamid Ramjan, qui aurait acheté votre bâtiment. Mais à aucun moment, ni vous ni lui n’êtes allés devant un notaire pour produire un document en bonne et due forme. Donc, vous êtes toujours propriétaire de cet appartement ».
Paul Lam Shang Leen a, à un certain moment, demandé au policier combien de véhicules il possède. L’officier en a énuméré plusieurs et a laissé comprendre qu’il agit comme « courtier en voitures depuis que j’ai été suspendu de mes fonctions comme policier ». Il a expliqué travailler pour « Khalil Spare Parts ».
Paul Lam Shang Leen : Répétez ce nom s’il vous plaît…
Shabeer Ahmad Goolamgouse : Khalil Spare Parts.
Lam Shang Leen : Vous connaissez donc Jalil Baccar? ?
Goolamgouse : Oui.
Lam Shang Leen : C’est l’oncle de Naseerah Vavra, n’est-ce pas? ?
Goolamgouse : Oui.
Lam Shang Leen : Qui est cette dame? ?
Goolamgouse : C’est la nièce de Jalil Baccar…
Lam Shang Leen : Et? ?
Goolamgouse : La femme de Siddick Islam.
Lam Shang Leen : Pourquoi est-ce si difficile de prononcer le nom de Siddick Islam et dire que Naseerah Vavra est son épouse? ? Où se trouve Siddick Islam? ?
Goolamgouse : En prison.
Lam Shang Leen : Quelle est la relation entre Naseerah Vavra et Khalil Spare Parts? ?
Goolamgouse : Khalil Ramoly, le propriétaire…
Lam Shang Leen : Vous gravitez dans son giron, donc? ?
Goolamgouse : Depuis que j’ai été suspendu de mes fonctions de policier, je donne un coup de main via Khalil Spare Parts.
Lam Shang Leen : Selon les informations que nous avons, il nous semble que vous soyez utilisé par les trafiquants de drogue?, comme un intermédiaire…
Goolamgouse : Non, ce n’est pas vrai.
Lam Shang Leen : Vous savez cependant que Noorhossen Ramoly, propriétaire de Khalil Spare Parts, est un suspect. Sauf que les enquêteurs n’ont pas de preuves pour l’incriminer de quoi que ce soit.
Goolamgouse : Je ne l’ai jamais connu sous cet angle.
Lam Shang Leen : Vous connaissez Siddick Islam ?
Goolamgouse : Oui, je l’ai déjà rencontré. Une fois quand j’étais affecté à la SSU, je lui ai parlé.
Lam Shang Leen : Quelle est la connexion avec votre ex-beau-frère, Sada Curpen, et Louis Wensley Jasmin? ?
Shabeer A. Goolamgouse : Je les vois quand ils viennent à Khalil Spare Parts.
Paul Lam Shang Leen a relevé que « selon les informations que nous avons vous concernant, il y a eu plusieurs dépôts en liquide et via chèque sur votre compte en banque. Nous aimerions que vous expliquiez la provenance de toutes ces sommes ». L’officier a également été interrogé quant aux « nombreuses cartes SIM qui ont été retrouvées en parcourant votre compte en banque et que vous avez alimentées en crédit ».
Sam Lauthan, l’un des deux assesseurs de la Commission d’enquête sur la drogue, a relevé qu’« il y a eu 20 échanges téléphoniques entre vous et Sada Curpen. Dans 14 cas, c’est lui qui vous a appelé et envoyé des messages, et six fois, c’est vous qui avez pris l’initiative de l’appeler. Dans le cas de Louis Wensley Jasmin, il y a eu sept échanges? ; trois de vous, et lui vous a contacté par appel et messages à quatre reprises. Et le défunt officier Sooknundun vous avait envoyé trois messages. Vous gravitez directement dans ce cercle et il y a aussi dedans l’axe Naseerah Vavra/Siddick Islam. Que vous soyez directement ou indirectement lié au trafic, ce sera à vous de venir le prouver ».
L’ancien juge Lam Shang Leen a encore fait ressortir au policier : « Vous réalisez que toutes ces personnes sont des suspects aux yeux de la justice. Personne ne veut venir nous dire que voilà comment le trafic se fait… Si vous souhaitez nous aider, vous êtes bienvenu. Il vous appartient, à vous, de venir blanchir votre nom et enlever les doutes et les soupçons qui planent sur vous. »