La chanteuse Madjo a prouvé le 22 mai dernier qu’elle avait bien trouvé la petite porte dans le mur, The Trapdoor in the wall, qui lui permet d’échapper aux contingences de ce monde, de rêver et surtout savoir partager ses rêves avec ceux qui l’écoutent. L’amphithéâtre ouvert de l’Institut Français de Maurice était rempli pour ce concert de semaine, d’un public attentif et enthousiaste.
En héritière de la soul music, Madjo, sa choriste percussionniste et son bassiste ont démarré leur concert par un jeu vocal qui a tout de suite amené de l’enchantement sur la scène. Plus qu’un simple échauffement, cette mise en bouche donnait déjà le ton du concert où la voix prend très souvent le pas sur les instruments donnant chair à des paroles brodées de métaphores, d’expériences vécues et des aspirations d’une jeune femme qui vibre avec le monde.
Madjo peut avoir la voix très cristalline quand elle chante seule à la guitare, chuchote parfois avec quelques accents à la Bjork et prend l’intonation blues et même rock selon les morceaux qu’elle joue. Certains morceaux sont très rock, d’autres mélancoliques et caressants mais toujours, ce groupe laisse une empreinte singulière. You’re leaving my heart montre que cette jeune artiste de 27 ans fuit le conformisme, symbolisant ici le déchirement et la déception par la voix, mais en impulsant une rythmique qui invite à se reprendre.
Qu’il s’agisse entre autres de Lion, Le coeur hibou, Le Nid des 100 soucis, chaque chanson amène une atmosphère particulière que les artistes interprètent avec assurance mais avec la fraîcheur et la sincérité de ceux qui démarrent leur carrière. « J’ai le coeur hibou/il est las, il est à bout/il se cogne contre les branches » : ici elle raconte l’errance et le désespoir amoureux. Dans Mad mind, la folie du monde et des êtres dans une course effrénée inspire les paroles. Dans ses insomnies, elle danse avec la lune et lit dans les nuages. Elle nous parle des monstres de l’enfance et des errances dans le monde d’aujourd’hui.
Si les grandes dames de la country telles que Rickie Lee Jones ou Joni Mitchell l’ont inspirée, Madjo est bien une chanteuse de ce XXIe siècle, riche d’influences métissées et traçant un chemin personnel dans la lignée d’une Fiona Apple et plus récemment d’une Yaël Naïm. Si elle se dit impressionnée d’être pour la première fois physiquement si proche du public, Madjo a le sens poétique et déjà un son et une atmosphère qui lui sont propres.