En parallèle des batailles syndicales engagées dans l’industrie sucrière et dans le secteur du transport en commun, en vue de forcer la main pour une hausse salariale de 40% et de 7 à 34% respectivement, le salaire minimum national revient une fois de plus sur la table avec l’arrivée prochaine des consultations budgétaires. À ce stade, deux fédérations syndicales couvrant une bonne partie des salariés de Maurice montent déjà au créneau pour justifier l’importance capitale de la question de la création d’un salaire minimum. Sur la base de plusieurs indicateurs, la General Workers Federation estime le “national minimal salary” à hauteur de Rs 14 000 et prévient qu’elle s’opposera avec force à toute tentative des organisations patronales ou autres d’introduire un salaire minimum national en échange d’une élimination progressive des Remunerations Orders dans le secteur privé. De son côté, la Confédération des travailleurs du secteur privé, dans ses propositions en vue du Budget 2015, réclame l’institution d’un “high powered tripartite committee” pour déterminer le “minimum social wage” tout en affichant ses craintes pour l’avenir de ceux engagés dans le textile et le Sea Food Hub, où 100 000 travailleurs gagnent moins de Rs 6 000 par mois.
Dans ses explications au Mauricien, le porte-parole de la General Workers Federation (GWF), Ashok Subron, indique que l’introduction d’un salaire minimum permettra de redresser la disparité salariale, que ce soit dans le privé ou le public. « Un salaire minimum national est d’une nécessité capitale, car il y a, à Maurice, de graves inégalités dans la répartition des salaires, tant au niveau vertical qu’horizontal. » Par exemple, les inégalités entre les salaires les plus élevés et les plus bas, et les disparités entre le privé et  le public. Les chiffres communiqués par le CSO et par le comité technique sur la compensation salariale en 2013 sont des plus troublants. Ainsi, en 2013, quelque 223 000 employés du secteur privé gagnaient moins de Rs 13 300. Ce qui représente 71% des salariés. Le nombre d’employés qui gagnaient moins de Rs 5 660 était, lui, de 71 500, ce qui représente un taux de 20%. « C’est tout simplement inacceptable ! » fait comprendre Ashok Subron.  
Selon le syndicaliste il convient de souligner que les données sur ces revenus ne sont pas uniquement le salaire de base, mais le revenu total des salariés du secteur privé. Il ajoute que ces chiffres ne font que démontrer la « criante injustice subie par des milliers de travailleurs dans de nombreux secteurs », tels les industries orientées vers le textile, le Sea Food Hub, le port franc, le nettoyage, le commerce de distribution et d’autres secteurs à bas salaires. « En revanche, dans ces mêmes sections du secteur privé, la direction et les actionnaires perçoivent des revenus mirobolants, que ce soit en termes de salaires et d’avantages exagérés ou encore de distributions de dividendes. En outre, les actionnaires des entreprises ont bénéficié d’avantages fiscaux de l’ordre de Rs 1,5 milliard chaque année depuis 2008, avec le taux forfaitaire de 15% de l’impôt des sociétés. Depuis l’année dernière, ils ont également bénéficié de concession de l’impôt sur ??les dividendes. Bien qu’il existe une disparité grave et structurelle entre les salaires du secteur public et privé, il est également très important de noter qu’en 2013, pas moins de 18 750 employés du secteur public gagnaient également moins de Rs 13 330, ce qui représente environ 23% de la main-d’oeuvre du secteur public », fait ressortir le syndicaliste de la GWF.
« Il est essentiel de souligner qu’à l’heure actuelle, à Maurice, le salaire minimum et les conditions de travail sectoriels sont en vigueur. Tous les employés du secteur public sont couverts par un rapport PRB sur une base départementale. Some 80% of employees minimal salaries and work condition are covered by 30 Remuneration Orders. La GWF, en collaboration avec la CSG-Solidarité, s’opposera avec force à toute tentative des organisations patronales et de certains milieux naïfs d’introduire un salaire minimum national en échange d’une élimination progressive des Remunerations Orders dans le secteur privé », prévient déjà Ashok Subron. Les indications sont que la GWF proposera bientôt, à travers un document, une série de mesures transitoires dans le cadre de la future introduction d’un salaire minimum national à Maurice.
Pour sa part, en marge du budget à venir pour l’exercice prochain, la Confédération des travailleurs du secteur privé milite déjà pour l’institution d’un “high powered tripartite committee” pour déterminer le “minimum social wage” applicable. Dans le même contexte, elle avance que la compensation salariale pour la perte du pouvoir d’achat devrait être accordée conformément au taux de l’inflation sur un salaire social minimum pour toutes les catégories de travailleurs pour les secteurs privé et public. Sur la base des études menées à ce niveau, la CTSP, par la voix de la syndicaliste Jane Ragoo, affirme que pas moins de 100 000 travailleurs gagnent moins de Rs 6 000 par mois, avec un salaire de base ne dépassant pas Rs 5 000 par mois.
« Comme tous les travailleurs gagnant Rs 6 000 ou moins par mois n’ont pas le pouvoir d’achat suffisant pour se nourrir correctement, ils sont obligés de cumuler deux ou plusieurs emplois où ils sont soumis à une déficience de leur santé en raison de la malnutrition. Le gouvernement ne peut continuer à ignorer ces travailleurs. Les 100 000 travailleurs gagnant moins de Rs 6 000 par mois se trouvent principalement dans le textile, le Sea Food Hub et le secteur des services, où 85% des salariés sont des femmes », souligne Jane Ragoo, tout en indiquant que le salaire de base prescrit dans le textile et le secteur Sea Food Hub était à hauteur de Rs 3 965 en septembre 2013. « Si rien n’est fait, dans deux ans, aucun Mauricien ne pourra travailler dans les secteurs susmentionnés, où la rémunération totale est inférieure à Rs 8 000 par mois. Finalement, il n’y aura plus que des travailleurs étrangers dans ces secteurs, lesquels seront surexploités avec la bénédiction des décideurs politiques », conclut-elle.