Selon une étude d’opinion qu’a effectuée au niveau national en janvier et février de cette année AfroBarometer (une agence internationale qui mène des enquêtes d’opinion dans plus d’une trentaine de pays), il y aurait une forte perception de corruption parmi les Mauriciens. En effet, 74% des personnes interrogées estiment que des officiels gouvernementaux sont impliqués dans des affaires de corruption. On parle ici de la force policière, des parlementaires, des élus des mairies et conseils de districts entre autres.
Ces informations méritent toute notre attention et il serait souhaitable que l’on s’y attarde. Si l’on se base sur le fait que l’échantillonnage est représentatif de la société mauricienne dans son ensemble, trois personnes sur quatre ont une perception que la corruption est présente dans nos institutions étatiques. Ce chiffre donne à réfléchir quant au mindset actuellement dans le pays. Même si ceci ne relève que de la perception – qui ne veut donc pas dire qu’elle est forcément fondée –, la perception est parfois plus tenace que la vérité elle-même et peut éventuellement faire plus de dégâts que la corruption réelle.
Fait marquant de cette étude : très peu de personnes interrogées avouent qu’elles ont personnellement été contraintes à recourir à un pot-de-vin, un cadeau ou une faveur. Par ailleurs, 98% des interviewés vont même jusqu’à affirmer que durant les élections générales de 2010 ils n’ont pas monnayé leur vote.
Le constat préliminaire que l’on pourrait faire à la suite de cette étude, c’est que le mal se situe au niveau de la transparence et du degré d’information à l’intention du public. Un manque d’information et de transparence donne l’impression que des choses obscures se passent entre les murs. Et c’est justement cette opacité qui nourrit la perception de corruption. Dans la société du 21e siècle où l’information est véhiculée en temps réel par le biais de la presse, les radios et les réseaux sociaux entre autres notre Fonction publique a pris quelques bonnes longueurs de retard dans ce nouvel environnement de l’information.
Il ne faudrait surtout pas blâmer les personnes qui composent la Fonction publique pour cet état de choses mais bien le système dans lequel fonctionnent ces dizaines de milliers de gens. Un système désuet et qui date de Mathusalem. Il est question, ici, du système organisationnel dans son ensemble, qui n’a guère évolué depuis des décennies en dépit de certaines initiatives ça et là. Nous constatons ces derniers temps toute une série de cas dont le fameux Medpoint ; nous tournons en rond tout simplement par manque de transparence dans le fonctionnement des affaires de l’État, semble-t-il, mais surtout par manque d’informations fiables. Nous retrouvons des bribes d’information qui sont divulgués ça et là pour des besoins purement politiciens…
Ce qu’il nous faudrait, c’est un plan stratégique de restructuration de l’ensemble de la fonction publique (reengineering en profondeur) où tous les aspects du fonctionnement seraient pris en compte d’une manière cohérente et globale, avec pour objectif principal de fluidifier les procédés et d’apporter plus de transparence et d’efficience dans le fonctionnement de la machine étatique. Une troisième génération de réformes comme le dit si bien notre ancien ministre des Finances Rama Sithanen.
Mais malheureusement nous n’en sommes pas encore là et celui qui aurait pu entreprendre cet exercice n’est plus dans l’équipe gouvernementale. Néanmoins, si le gouvernement souhaite vraiment s’attaquer à la racine du problème de la perception de la corruption découlant de l’enquête d’opinion en question, une première étape consisterait à faire passer une Freedom of Information Act. Cette loi permettrait plus de transparence et donnerait ainsi une fiabilité certaine à l’information. L’accessibilité de l’information aurait aussi un effet positif sur le fonctionnement même des administrations où il y aurait sans nul doute plus de rigueur et d’assiduité dans le comportement des commis de l’État. Ainsi, la perception de corruption se dissiperait ou tout au moins serait considérablement réduite.
On pourrait finalement espérer voir un jour chez nous ce qu’on a vu chez nos amis les français il y a à peine quelques jours, c’est-à-dire une charte de déontologie signée par tous les ministres et pourquoi pas par les députés, élus municipaux et conseillers de villages – où il sera stipulé par exemple que tous les membres du gouvernement afin de « prévenir tout soupçon d’intérêt privé », doivent remplir et signer, dès leur entrée en fonctions, « une déclaration d’intérêts », laquelle sera « rendue publique ». Encore, ils « s’abstiennent de donner suite à toute invitation pour un séjour privé qui émanerait d’un gouvernement étranger ou de personnes physiques ou morales dont l’activité est en relation avec leur département ministériel ». Par ailleurs, les ministres s’engagent à remettre « au service des domaines, soit immédiatement, soit à l’issue de leurs fonctions, les cadeaux d’une valeur supérieure à 150 euros ». Ils doivent renoncer à « toute participation à un organisme, même à but non lucratif, dont l’activité intéresse leur ministère » et, aussi, s’abstenir « absolument de toute intervention concernant la situation d’un membre de leur famille ou d’un proche ».
Pourquoi pas en marge des prochaines élections municipales ?