Revenant hier sur les incidents de la nuit de dimanche à lundi à la rue St Georges à Port-Louis, quand des coups de feu ont été tirés sur l’ambassade de France et l’hôtel Le St Georges, Paul Bérenger, leader de l’opposition et du MMM, fait le constat d’une “condamnation unanime” de ce qu’il pense être “un acte isolé”. Le chef de l’opposition, qui rappelle s’être associé au Premier ministre, sir Anerood Jugnauth, mardi à l’Assemblée nationale, pour condamner ces incidents, déclare s’être entretenu à ce propos avec l’ambassadeur de France, Laurent Garnier. Il estime que ce dernier a trouvé les mots justes pour condamner ces événements.
Si le leader de l’opposition dit pencher plutôt pour “un acte isolé” dans le cas de ces coups de feu notamment en direction de l’ambassade française accompagnés de messages tagués se revendiquant de “l’État Islamique” et qui se voulaient intimidants à l’encontre de la France et des Français, il n’y a pas de raison néanmoins de ne pas exercer une vigilance permanente. Selon Paul Bérenger, cette vigilance devrait surtout se porter sur certains déplacements et retours. “Une stricte surveillance est nécessaire”, dit-il. Le chef de l’opposition demande ainsi de laisser la police faire son travail.  
Commentant par ailleurs les prix des carburants, Paul Bérenger ne se satisfait pas du simple maintien des prix à la pompe de l’essence et du diesel, même si sur le marché mondial ces derniers temps, le prix du baril a repris une courbe ascendante pour atteindre les $ 50. Il rappelle à cet égard que l’ex-ministre des Finances, Vishnu Lutchmeenaraidoo, avait décidé en janvier 2015 d’augmenter de Re 1 à Rs 4 le prélèvement perçu sur chaque litre d’essence ou de diesel acheté pour les besoins du Build Mauritius Fund.
Le leader de l’opposition souligne qu’à cette date, le cours du baril avait drastiquement chuté à $ 27 alors qu’il se vendait à $ 115 en 2014. Selon lui, cette “taxe massive n’était qu’un subterfuge” du Grand argentier d’alors pour faire croire que le budget qu’il avait présenté cette année-là était un “no-tax budget”. Il explique que le Build Mauritius Fund institué en décembre 2013 disposait au 31 octobre 2015 de fonds accumulés de Rs 4 milliards et que rien que pour l’exercice financier 2015-16, les fonds récoltés sont estimés à Rs 1,6 milliard.
Paul Bérenger rappelle qu’il avait été dit que ce fonds servirait au remplacement du réseau de conduits défectueux de la Central Water Authority (CWA). Or, souligne-t-il, à l’Assemblée nationale mardi, le nouveau ministre des Finances, Pravind Jugnauth, a évité de révéler la somme qui a finalement été puisée de ce fonds pour le remplacement de la tuyauterie défectueuse de la CWA. Ni n’a-t-il répondu si une somme de Rs 2 milliards du Build Mauritius Fund a servi pour le repaiement de la dette publique.
CEB : “Lâche suspension du Deputy GM”
Selon lui, certains au gouvernement seraient dorénavant partisans d’une hausse des prix pétroliers vendus à la pompe et le ministre du Commerce, Ashik Gungah, préparerait l’opinion publique à cette éventualité. Le leader des mauves insiste qu’il n’en est pas question. Encore moins, dit-il, tant que le gouvernement ne se sera pas expliqué sur la somme dépensée pour une meilleure fourniture d’eau et si de l’argent a été puisé du Build Mauritius Fund pour la dette publique.
Pour Paul Bérenger, même à $ 50 le baril du brut, les autorités continuent d’engranger “des milliards” sur la vente à la pompe des carburants. Sans compter le fait, dit-il, que contrairement à l’essence et au diesel dont les prix à la pompe ont connu sous le présent gouvernement une “petite baisse”, le prix du gaz ménager, autre produit pétrolier d’utilité courante, n’a lui connu à ce jour aucune baisse.
Le chef de l’opposition qualifie ensuite de “lâche” la mesure de suspension prise à l’encontre du Deputy General Manager du Central Electricity Board (CEB), Hassen Fakim. Il affirme que ce dernier, qu’il n’a pas rencontré depuis au moins 20 ans, n’a strictement rien à faire avec le dévoilement public de la correspondance de la direction du CEB portant sur une demande de dérogation pour permettre au CEB de bâtir sa nouvelle centrale à gaz à Bain-des-Dames sur une zone humide protégée.
Paul Bérenger rappelle que quand il a eu une copie de cette lettre, il a vivement dénoncé cette intention du CEB à l’Assemblée nationale lors d’une PNQ adressée au ministre de l’Energie, Ivan Collendavelloo. Il dénonce le fait que, subséquemment, plutôt que de féliciter le lanceur d’alerte, le ministre Collendavelloo a choisi d’instituer une “enquête à la KGB”. “M. Fakim n’a strictement rien à faire avec cette affaire”, affirme le leader de l’opposition, qui laisse comprendre que le vrai whistleblower est quelqu’un d’autre. Pour lui, la mesure de suspension prise à l’encontre du Deputy GM du CEB est une “réelle lâcheté”.
Par ailleurs, Paul Bérenger accueille favorablement l’idée de prévoir des “boat-free areas” dans les lagons des villages du littoral les plus fréquentés. Il estime néanmoins que les plaisanciers et autres opérateurs touristiques auraient dû être mis dans le coup avant l’application de cette mesure. Le leader de l’opposition cite l’exemple de la plage de Mont Choisi où, assure-t-il, il n’y a pas eu de consultations préalables avec les opérateurs. “On parle même à ce niveau d’un projet qu’aquaparc dans lequel des personnalités auraient des intérêts”. Aussi, pour lui, avec de telles allégations, il est dans l’intérêt même du ministre du Tourisme, Xavier Duval, de mettre tout le monde dans le coup.
Salaires des élus
En ce qui concerne la nouvelle révision des salaires des ministres et autres parlementaires, Paul Bérenger déclare attendre toujours les montants des allocations qui vont être proposées. Il explique à cet effet que le projet de loi inscrit en première lecture mardi ne concerne en fait que les nouveaux salaires de base des élus tels que recommandés par le Pay Research Bureau (PRB). De nouveaux salaires qui, selon ses calculs, proposent des augmentations variant dans une fourchette de 3% à 8%.
Il cite à titre comparatif les recommandations du PRB pour les fonctionnaires qui varient, elles, entre 6% et 16%. Aussi, pour le leader de l’opposition, en vue de se faire une idée précise quant à la justesse ou pas de ce que vont globalement toucher à chaque fin de mois le Premier ministre, les ministres, les PPS et autres députés, il faudra attendre d’être fixés sur les diverses allocations qui viennent se greffer sur les salaires de base. Aussi, Paul Bérenger dit espérer que les chiffres qui seront proposés pour ces diverses allocations soient disponibles avant que les débats parlementaires sur le projet de loi portant sur les nouveaux salaires de base des élus n’aient lieu.
Paul Bérenger accueille, enfin, favorablement la décision du ministre de l’Egalité des Genres, Aurore Perraud, de reporter à ce mardi les débats le Protection from Domestic Violence (amendment) Bill comme il l’avait lui-même suggéré. Il regrette toutefois que la ministre n’ait pas proposé d’amendements à la version initiale du texte de loi. Le leader de l’opposition revient à cet effet sur deux points : la nécessité   de criminaliser le viol conjugal et l’importance de se défaire de l’infidélité comme circonstance atténuante dans les cas de crimes de sang.
Soupçonnant des officiers du Parquet d’être “de mauvais conseil” auprès de la ministre, Paul Bérenger soutient que tel qu’il a été rédigé dans sa version initiale, non seulement le projet de loi ne criminalise pas le viol conjugal, mais il va jusqu’à ouvrir la voie pour l’encourager. Le leader de l’opposition soutient que seuls des “passéistes” peuvent encore croire qu’une femme ne saurait refuser d’avoir des relations avec son partenaire.
“Dans la grande majorité des pays dans le monde aujourd’hui, il n’y a pas de distinction entre viol et viol conjugal. Dans certains cas, comme dans l’État de Californie aux États-Unis, il y a même un délit pour le viol que l’on connaît couramment et un autre délit particulier pour le viol conjugal”, explique Paul Bérenger. Le chef de l’opposition annonce qu’il proposera mardi un amendement au projet de loi sur cette question particulière du viol conjugal.