Mathieu Le Blanc s’est offert son plus beau cadeau d’anniversaire en enlevant, à 19 ans, le titre de champion de Maurice chez les seniors au terme de 141 km et 3h55’33 d’une course où tous les leaders se sont neutralisés dès le départ. Parti dans l’échappée matinale, il a résisté au sprint d’Hugo Caëtane dans les ultimes mètres de la course pour remporter son premier titre national sur route.
À voir son visage en passant la ligne d’arrivée, on dirait qu’il ne réalise pas encore son exploit. « Hugo était très fort », lance-t-il. Le coureur de l’UCRH-Engen, qui n’a repris que récemment le vélo, a été fidèle à son habitude.
Km 0 : Hugo Caëtane lance les hostilités. Mais il est vite repris. Et là, on s’observe, avec un groupe de quinze coureurs. Mais, rapidement, ce nombre est ramené à six. On aborde le deuxième tour de l’épreuve, qui en compte huit.
Fait marquant de la première partie de la matinée, aucun leader n’était là. Par contre, tous les clubs y étaient. Ritesh Choytun (VCP), Hugo Caëtane (UCRH-Engen), Sébastien Hacques (BRSC-Isostar), Mathieu Le Blanc, Arnaud de Commarmond et Fabien Halbwachs (VCJCC-Bank One).
La collaboration commence alors, tandis que derrière les leaders s’observent. Le groupe de devant, sous l’impulsion des échappées, installe un écart assez conséquent. Sans réaction des leaders. Puis, subitement, la vitesse égale celle d’un corbillard : les leaders sont presque à l’arrêt.
Mais devant, on s’active. Tant et si bien que l’écart qui sépare l’échappée des quatre coureurs intercalés, Cédric Passée, Stéphano Ollivier, Ivans Oodiah, Michael Marmitte (UCRH-Engen) et Avnish Jugernauth (VCP), est de 4’00. Le fossé est encore plus grand entre les fuyards et les leaders derrière : 7’00.
Tout le monde pensait que la réaction des leaders allait venir plus tard dans la course. Mais non. Sans doute ont-ils préféré se retrouver entre eux, ou espéraient-ils une réaction de Yannick Lincoln. Mais devant, les cinq coureurs — Choytun avait entre-temps lâché — s’activaient. « On a beacoup roulé, on a collaboré », répète encore Mathieu Le Blanc.
C’est clair que la supériorité numérique du VCJCC-Bank One permettait aux Curepipiens d’économiser un des leurs. « C’est tombé sur moi », sourit le vainqueur du jour.
À trois tours de la fin, Sébastien Hacques, 36 ans, tente sa chance. Sans succès. Et toujours aucune réaction des leaders, qui ont laissé un fossé de 12’21 se creuser. Personne n’y comprenait plus rien !
Et devant, Arnaud de Commarmond, qu’une personne sur deux donnait gagnant, contre l’offensive de Sébastien Hacques. « Puis on a roulé à la tactique : le but était de m’économiser. » Hugo Caëtane aura lui aussi essayé d’enrhumer tout le monde d’un coup, mais la résistance était si bien organisée qu’il a vite été rappelé à l’ordre.
Dans le dernier tour, Sébastien Hacques tente encore une fois sa chance. « Je crois qu’il m’a manqué 200 m pour basculer à Eau Coulée », a-t-il expliqué après la course. Alors qu’il est repris par Hugo Caëtane et Mathieu Le Blanc, il devient de plus en plus évident que la course se jouera entre les deux.
Caëtane, redoutable sprinter, contre Mathieu Le Blanc, qui débute chez les seniors. De plus, il avait  à la ligne d’arrivée la possibilité de mettre fin à près de 20 ans de disette du VCJCC-Bank One, qui n’avait pas gagné le titre chez les seniors.
Les deux derniers rescapés se dirigent vers la ligne d’arrivée. Caëtane et Le Blanc s’observent, jusqu’à ce que le coureur de l’UCRH-Engen se décide à sprinter. Un peu trop tôt pour lui, puisque Le Blanc accélérera, le reprendra et filera seul vers la ligne d’arrivée après 3h55’33.
« Je voudrais remercier tout le monde, la famille, les amis, Yannick Lincoln, mes deux coéquipiers, qui ont été d’une aide considérable. Il y a aussi le sponsor, qui croit en nous », lâche Mathieu Le Blanc. Quant à Hugo Caëtane, il a peut-être été battu, mais il n’est pas déçu pour autant. « Je ne suis pas venu pour un classement. Je ne suis pas trop déçu, parce qu’au moment du sprint j’ai été pris de crampes », commente Hugo Caëtane.
Et Sébastien Hacques, 36 ans, termine sur le podium, en 3h55’47. « Non, pas de regrets », sourit-il. Il est passé près de l’exploit. « Je voulais gagner, je suis venu pour ça. Mais je suis content. Et bravo à Mathieu. »
Et de très longues minutes après, le gros du peloton est arrivé, roulant toujours à la vitesse d’un cortège funèbre. Une si belle journée, gâchée par ce triste spectacle…