Quand Yannick Lincoln a passé la ligne d’arrivée du Tour de Maurice au Plaza, c’est une longue haie d’honneur qui l’attendait. Le contraste est saisissant. L’année dernière, c’était un visage fermé, un homme déçu. Cette année, c’est le sourire, un coureur qui rit de tout et de rien à l’issue de ce troisième sacre sur le Tour de Maurice. Il se confie.
Yannick Lincoln aura attendu ce troisième Tour. Surtout qu’il se retrouvait toujours sur le podium, sans pouvoir aller au-delà. L’année dernière, quand il perd le maillot jaune à l’issue de la troisième étape, les 29 secondes qui le séparaient d’Andrew McLean semblait des heures. Quand il s’impose avec trois minutes d’avance et la porte à cinq minutes au général, il les voit comme des secondes et se veut prudent. « Vous savez, j’ai déjà gagné le Tour alors que j’étais le moins fort, j’ai perdu le Tour en étant le plus fort. Mais là, c’est la première fois que je gagne le Tour en étant le plus fort et à la pédale », sourit-il.
De ses trois Tours, lequel est le plus spécial ? « Ils ont tous un petit point spécial, que j’apprécie. Mais trois Tours, c’est déjà énorme. » Pourtant, ses deux précédentes victoires ont été célébrées aux côtés de son frère Christophe. « Oui, il me manque un peu. C’est un excellent coureur. Mais avec mes coéquipiers, c’était plus comme une fratrie qu’autre chose. On sentait, on comprenait qu’on était une famille. Évidemment, j’aurais souhaité qu’il soit là, mais avec les gars de l’équipe, oui, on est vraiment une famille unie. »
Et puis, le coureur, aussi fort soit-il, est passé par des moments de doute. Mais pas envers « sa famille du Tour. » En fait, s’il s’est livré à des coups de gueule, c’est pour demander les moyens de bien faire. « Je n’ai jamais douté de mes coéquipiers. C’est surtout contre les instances dirigeantes que je me suis élevé. Je pense que j’avais raison finalement. »
La sélection mauricienne ramène deux médailles d’or des Jeux des îles et un Tour de Maurice. Maintenant, les yeux sont braqués sur les Jeux d’Afrique. « Avec l’équipe, on se sent invincible. On verra ce qu’on peut faire. Mais il faudra aussi être réaliste. Aucune nation ne viendra pour rigoler », soutient le coureur.
Des déceptions, il en a connu aussi. Une en particulier : une médaille africaine ratée. La seule année où le coup était encore jouable, c’était en 2009, en Namibie. « Là, je pensais vraiment la tenir. Mais malheureusement, je ne savais pas qu’il y avait un coureur du nom de Van Rensburg dans la course. »
Maintenant, l’objectif est de se trouver de nouvelles motivations. « Je change de travail. C’est déjà une motivation. » Un quatrième Tour peut-être, lui qui est à une marche du record de Richard Baret (4 victoires sur le Tour) ? On ne le sait pas…