A man looks at his mobile next to a woman standing up and looking at the Vial refugee camp in the evening, on the Greek island of Chios, on December 10, 2019. - The Vial camp on the island of Chios has only 1,000 places, but nearly 5,000 asylum seekers currently live there in unsanitary conditions and many camps situated in the nearby olive groove are without toilets, bathrooms, electricity and water. In addition to lack of hygiene, "insecurity, especially at night, is often mentioned by women," reports the Office of the High Commissioner for Refugees (UNHCR). In the improvised camp, single men of various nationalities live together, adolescent girls or elderly or pregnant women. The NGO Human Rights Watch recently sounded the alarm, calling on the Greek government to "act immediately to ensure safe and humane conditions for women and girls" in camps on the Greek islands. (Photo by LOUISA GOULIAMAKI / AFP)

Les yeux dans le vague, à la fenêtre d’un chalet désaffecté du nord de la Grèce, un demandeur d’asile congolais découvre, ahuri, cette neige méconnue, et soupire désespéré: « J’aurais préféré rester à Moria » sur l’île de Lesbos.

« Au moins là-bas, nous étions en contact avec le monde extérieur. Ici, on se sent comme dans une prison ouverte », explique à l’AFP Sylva Caumba, deux mois après son transfert du camp surpeuplé de Moria, que le gouvernement grec a décidé de désengorger.

Avec sa femme et ses deux enfants, le trentenaire a quitté le « hotspot » de Lesbos, connu pour ses conditions insalubres, et atterri dans ce chalet isolé de montagne à Vasilitsa, à 1.000 mètres d’altitude et 45 km de la ville la plus proche, Grevena.

Les ours et les loups y sont plus nombreux que les habitants.

L’édifice, abandonné pendant la crise économique grecque, abrite actuellement 116 demandeurs d’asile d’Afghanistan, de Somalie, de Syrie et de la République démocratique du Congo.

« On se réveille, on regarde la télé et on retourne se coucher. C’est pas ça la vie », se lamente son compatriote Mabika Zordel, un ancien footballeur de 20 ans.

Nuredin Intze, un Somalien de 38 ans, acquiesce: la « situation était meilleure » au camp de l’île égéenne de Leros, un autre des cinq « hotspots » grecs au bord de l’explosion.

« Les heures ne passent pas. Comment voulez-vous vivre sans rien avoir à faire? La seule chose qu’il nous reste, c’est l’espoir d’un changement », ajoute l’ancien chauffeur somalien.

La détresse de ces demandeurs d’asile, relocalisés sur le continent, est une des conséquences du vaste plan gouvernemental de refonte de l’asile en Grèce, face à la recrudescence des arrivées sur les cinq îles égéennes de Lesbos, Chios, Samos, Kos et Leros.

Selon les autorités grecques, ils sont plus de 40.000 actuellement sur ces îles, dont plus de 37.000 s’entassent dans les camps aux conditions insalubres.

Le gouvernement conservateur de Kyriakos Mitsotakis a promis d’en relocaliser 20.000 sur le continent d’ici à la fin de l’année. Mais les camps sont également sur le point d’être saturés en Grèce continentale.

Et le projet rencontre l’hostilité des habitants de plusieurs localités, furieux de voir des étrangers arriver en masse dans des régions jusqu’ici à l’écart des flux migratoires.

En octobre, la propriétaire d’un hôtel de Vrasna, près de Thessalonique, a rapporté avoir reçu des menaces d’incendie après avoir accepté de loger temporairement un groupe de migrants.

En novembre, un autre groupe de demandeurs d’asile avait été logé dans un monastère orthodoxe abandonné du Péloponnèse. En peu de temps, la plupart d’entre eux avaient demandé à être relocalisés ailleurs.

– Accueil mitigé –

A Vasilitsa, Mabika Zordel a demandé à pouvoir s’entraîner avec le club de foot local. Mais il a essuyé un refus. « Peut-être à cause de la couleur de ma peau », pense-t-il.

Deux fois par semaine, la police le conduit en bus à la ville avec son ami Daniel Elipio, 17 ans, pour faire quelques courses. Sinon, ils n’ont rien à faire. Les journées sont longues. Alors quand il ne neige pas, les deux amis congolais jouent au foot au pied du chalet.

Tous les deux disent avoir fui leur pays quand des proches ont été assassinés.

L’accueil est mitigé dans ce coin de Grèce.

Certains se montrent reconnaissants de voir un peu d’activité en plein coeur de l’hiver, mais la peur domine chez nombre de personnes âgées habitant dans ces villages dépeuplés.

« Ils n’arrêtent pas d’avoir des enfants », fustige le propriétaire d’une taverne. « Avec notre taux de natalité qui plonge, ils vont finir par prendre le dessus ».

Le maire de Grevena, Yiorgos Dastamanis, reconnaît que la plupart des auberges du secteur étaient « sur le point d’être vendues aux enchères » pendant la crise. Mais il craint que l’arrivée de réfugiés et de migrants dans sa montagne ne « détériore la situation des entreprises de tourisme du secteur ».

Pourtant Sylva Caumba ne veut « qu’une vie normale pour sa famille ». « Je veux apprendre le grec, avoir un travail », dit-il. « L’un de mes enfants a 10 ans et ne va pas à l’école. Je ne demande rien de scandaleux ».

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