Comme les courses hippiques, les élections législatives passionnent le public mauricien. Ainsi, à quelques heures du résultat final, chacun y va de son pronostic et le suspens est à son comble, même si cette élection semble avoir été guidée par la force de l’argent, comme le témoignent les fanions, les tables aux abords des centres de vote et les défilés observés hier sur le terrain. Qu’à cela ne tienne, le vainqueur est celui qui aura obtenu le plus grand nombre de suffrages et le déroulé du processus du vote est suffisamment transparent et net pour accepter que ce sont bien les élus choisis par la majorité des Mauriciens qui siégeront au parlement dès la semaine prochaine. Certes, on pourra toujours évoquer l’achat monétaire des consciences, les non-inscrits au registre électoral ou toute autre considération. Au final, il faut être beau joueur et accepter la défaite en toute sportivité et intelligence, car notre pays se doit de faire l’économie d’affrontements majeurs, à l’instar de l’incident observé dans une école de la capitale hier où un ministre a été bousculé, au point où il a fallu l’exfiltrer pour éviter que la situation ne dégénère.

Certes, l’affaire des personnes non-inscrites sur les registres électoraux est préoccupant, mais le nombre tel que reconnu par la commission électorale n’est en principe pas de nature à modifier les résultats globaux, avec une occurrence de 0,72% des votants et représentant environ 300 électeurs par circonscription, à moins qu’une situation locale particulière se résume à départager des élus par quelques centaines de votants. En toute circonstance, tous les électeurs potentiels, sans exception, doivent être inscrits et devraient pouvoir voter sans contrainte. Mais en l’état actuel de nos lois, il appartient au citoyen de s’assurer qu’il est inscrit. Même si les représentants de la commission électorale effectue des visites d’usage à domicile dans des conditions parfois très difficiles, pour ne pas dire dégradantes.

Quoi qu’il en soit, ces élections de 2019 ont montré les limites du système électoral actuel et il est primordial de le revoir avant les prochaines échéances. À notre sens, outre les 6800 qui n’ont pu voter, il est aussi scandaleux que plus de 300 000 Mauriciens n’ont pas rempli leur devoir de citoyen en choisissant eux de ne pas aller voter alors qu’ils étaient inscrits. 300 000 bulletins ont été imprimés à leur intention et sont maintenant bons pour la poubelle. Imaginez un instant qu’il avait manqué de bulletins, que n’aurions-nous pas entendu ? Il y a sans doute bien des modèles dans le monde à émuler pour trouver celui qui conviendra le mieux à notre pays. Le plus simple c’est de rendre le citoyen seul responsable de son inscription obligatoire et le contraindre à voter à tout prix, au risque d’être sanctionné d’une amende, comme c’est le cas en Australie. Il faudrait dans ce contexte introduire le principe du vote blanc, car la liberté de ne pas choisir parmi les candidats qui se présentent est aussi un droit qui incombe à chaque citoyen-électeur. Dans le cadre d’une possible réforme électorale, il faudrait aussi revoir le processus de l’appel aux urnes par le Premier ministre. Pour garder l’esprit d’élections free and fair, il faudrait éliminer toutes les possibilités de considérations tactiques qui désavantagent les adversaires et compliquent la tâche des organisateurs d’élections. Ce sont là quelques réflexions que nous laissons modestement aux spécialistes en la matière qui, nous en sommes certains, sauront mieux appréhender ces problématiques, mais il ne faut surtout pas rater cette occasion pour rebondir.

La problématique électorale est aussi une épine dans les pieds du Mauritius Turf Club, qui appellera ses membres à renouveler une partie des administrateurs en février prochain. Il est dommage que seules des « mesurettes » ont été proposées pour tacler le problème majeur décrié dans le rapport de la commission d’enquête Parry du proxy voting qui a faussé la nature free and fair des élections au MTC. Plus que ce volet du processus de vote par procuration, c’est la mise sur pied même du conseil des administrateurs qui est largement dépassé aujourd’hui. Le MTC doit dans ce contexte revoir un système qui, au lieu de prôner une direction à suivre pour l’avenir du club, a généré lors de ces quinze dernières années au moins une rivalité entre deux groupes opposés dans leur vison de l’avenir, mais pire, ces derniers temps leurs allégeances politiques ou leurs liens incestueux avec une hostile Gambling Regulatory Authority (GRA).

Notre appréciation de ces tensions intra-utérines au sein du conseil des administrateurs a été à maintes reprises discutée dans ces colonnes à l’époque de la rivalité Giraud/Merven qui avait vu un Chief Stipe, soutenu par un clan des administrateurs, poursuivre un autre administrateur en poste qui ne partageait pas la vision et l’action politiques suicidaires ayant abouti à la commission d’enquête Parry. Depuis, si on n’a pas atteint de tels sommets, on a tout de même noté une vision très animée et opposée des relations que le MTC doit entretenir avec la GRA. Les uns prônant un affrontement considéré improductif, les autres favorisant une soumission presque sans condition, mais plus avantageuse monétairement sur le court terme. Tout cela fait désordre et affaiblit dans l’absolu la position relative de dominance que le MTC avait et devrait avoir gardé sur le monde hippique pour son indépendance vis-à-vis des forces politiques et ses adjuvants envahissants que sont le monde de la drogue et du betting. Chacun a pu constater comment ces deux ingrédients ont étranglé le monde hippique mauricien ces derniers temps, au point de faire fuir nombre de sponsors qui considèrent les courses comme une entité infréquentable malgré son incontournable et indiscutable succès populaire.

Le MTC mérite mieux que ces petits arrangements avec Michel Lee Shim — le Premier ministre Pravind Jugnauth prétend ne pas le connaître alors que ses œuvres financent le parti orange et il a même fait paraître un journal à sa gloire — qui a montré l’étendue de ses capacités de bienfaiteur de pauvres à faire pleurer les chaumières et de simple conseiller des entreprises dont il est le géniteur incontestable. Cependant, il est choquant que le canal SMS dédié aux paris de SMSPariaz ait servi à faire de la propagande politique à travers la distribution d’un journal politique. Il n’y a rien à espérer des plaintes déposées par des clients de SMSPariaz à la GRA et à l’ICAC, qui resteront lettres mortes.

Les relations du MTC avec le GRA du couple Bheekary-Dabiddin est tout aussi regrettable quand on sait que la mission ultime de cette institution est justement de rendre le MTC un obligé de l’État avant qu’il ne se rende mains et pieds liés à des repreneurs qui attendent derrière la porte. Le partenaire financier du MTC aurait dû être le Hong Kong Jockey Club ou un autre organisateur des courses moderne et dont le savoir-faire est indiscutable, au lieu d’organisateurs de paris qui ne visent qu’à élargir leur influence financière.

Terminons enfin sur certains faits des courses qui nous interpellent ces derniers temps et pour lesquels la stipe room devrait faire preuve de plus de fermeté et de clairvoyance. Il y a d’abord le comportement hautain et dégradant du jockey Nunes — ki finn gayn grander lakour — à l’encontre des jockeys mauriciens aussi bien par des intimidations sur la piste qu’à travers des déclarations intempestives lors des enquêtes. Il faut ramener ce petit lutin, malgré son talent et ses prouesses qui, ces jours-ci, font l’objet d’interrogations qui méritent une attention particulière des autorités. Par ailleurs, il est inadmissible qu’il n’y pas eu enquête d’office ni de sirène pour avertir le public d’une telle éventualité concernant le grave incident occasionné par Northern Spy à l’encontre d’Aspara lors de la dernière journée, où le jockey Juglall a failli tomber. Pour moins que ça, le jockey Lanfranco Dettori a vu son cheval être rétrogradé dans la Melbourne Cup, mardi dernier, de la deuxième à la quatrième place. L’Italien a pris neuf jours de suspension pour cet incident qui était moins grave que celui occasionné par Northern Spy.

Par contre, les nouvelles venant du MTC sont plutôt rassurantes concernant l’enquête menée sur l’affaire du doping du cheval Wolf Of Wallstreet, de l’écurie Jones. L’occasion est donnée au panel de jugement du MTC d’avoir en main les conclusions d’une investigation professionnelle qui devrait permettre d’établir un prima facie case dans cette affaire. Ce serait une grande première dans l’histoire des courses mauriciennes et dans la lutte contre le dopage dans le milieu hippique mauricien. Il ne faut surtout pas en faire une nouvelle occasion ratée…