C’est le 1er février dernier que l’île Maurice a célébré le 181e anniversaire de l’abolition de l’esclavage. Si cet événement a été marqué par différentes activités culturelles au Morne, une nouvelle initiative a permis à une autre région de s’imprégner de l’histoire de l’esclavage à Maurice. Parce que la Cité Débarcadère est l’une des régions les plus défavorisées de Pointe-aux-Sables et que cette commémoration qui concerne aussi les jeunes générations est nécessaire pour construire leur avenir, Gino Perraud, conseiller du No 1 (Port-Louis-Ouest/Grande-Rivière-Nord-Ouest), a organisé un week-end d’activités pour les enfants et habitants de cette cité. L’événement organisé avec le concours du Centre Nelson Mandela pour la Culture africaine et Le Morne Heritage Trust Fund, s’est déroulé au centre polyvalent PLoumis & Antonia Tsiroyannis. Au programme, exposition, défilé, quiz et projection d’un film.
Ils étaient nombreux les enfants de la Cité Débarcadère, accompagnés de leurs parents, à participer aux différentes activités organisées les samedi 20 et dimanche 21 février au centre polyvalent PLoumis & Antonia Tsiroyannis afin de marquer le 181e anniversaire de l’abolition de l’esclavage. La journée de samedi a débuté par un défilé d’enfants habillés comme des esclaves dans les rues du quartier avant que ces derniers ne se réunissent dans la salle du centre qui a abrité durant tout le week-end une exposition sur le thème de l’esclavage et organisée par le Centre Nelson Mandela pour la culture africaine.
Les deux journées devaient déboucher sur une réflexion sur les esclaves marrons. Sur les différents panneaux exposés, on pouvait lire que ces centaines d’Africains, de Mozambicains, de Malgaches et d’Indiens capturés et vendus sur des marchés comme des animaux, étaient entassés dans des soutes des bateaux qui les emmenaient chez nous et ailleurs. Ils constituaient une main-d’oeuvre gratuite qui travaillait dans les plantations de canne jusqu’à l’épuisement. Et pour ceux qui renâclaient à la besogne, le fouet avait raison d’eux et le spectre de la mort planait sur ceux qui, avec héroïsme, s’enfuyaient…
L’importance de connaître ses origines
Cette initiative de Gino Perraud vient d’une volonté de transmission aux plus jeunes. Lors de cette journée où était présente la ministre de l’Égalité des genres et du Développement de l’Enfant, Aurore Perraud, les différents intervenants du Morne Heritage Trust Fund ont, à l’aide d’un diaporama, conté en termes simples, l’histoire des esclaves marrons aux plus jeunes. Mais force est de reconnaître qu’à Cité Débarcadère, certains enfants savent déjà que les esclaves sont arrivés chez nous durant la colonisation hollandaise, c’est-à-dire au 16e siècle — 1598 —, que l’on nomme « esclaves marrons » ceux qui essayaient de s’enfuir.
De l’arrivée des esclaves à Maurice au XVIe siècle jusqu’à l’inscription de la montagne du Morne sur la liste du patrimoine mondiale de L’UNESCO, en passant par le « Bassin des esclaves », les différents types de punitions et tortures qui leur étaient infligées, ou encore les caves où se réfugiaient les esclaves marrons, les enfants ont écouté attentivement, intéressés à tout connaître sur leurs origines.
Ils ont appris que ces esclaves sont arrivés sur des « navires négriers », pieds et mains enchaînés, étaient lavés dans le Bassin des esclaves qui se trouve à Pamplemousses, avant d’être « vendus ».
Après une explication sur les esclaves marrons, les différents intervenants ont ensuite expliqué pourquoi les esclaves allaient se cacher sur la montagne Le Morne et pourquoi ce site est inscrit sur la liste du patrimoine mondial de l’UNESCO.
Après toutes ces explications qui ont captivé l’attention des enfants, place ensuite à une autre activité: le quiz, afin de tester leur connaissance et voir ce qu’il ont retenu et des concours de chants et de danse ont aussi été organisés.
Aurore Perraud: «Penser grand pour réussir»
La journée de samedi a pris par la projection de Chris, un film qui retrace la vie d’un homme (incarné par Will Smith) qui, pour s’en sortir financièrement, se donne beaucoup de peine afin d’offrir une vie meilleure à son fils. Selon la ministre Aurore Perraud, ce film est un message d’espoir. « Nous vivons tous des moments difficiles. Je suis issue de la même condition de vie que ceux qui sont en face de moi. Dans cette cité où j’ai grandi, j’ai connu le cari papaye accompagné d’un oeuf, ou d’un bouillon brède mouroum, mais mes parents ont cru dans l’éducation et nous ont poussés à réussir. Il ne faut pas avoir cette attitude de fatalité et se dire qu’on ne va jamais réussir. Ici même, à Débarcadère, il y a beaucoup de success-stories. Certains sont devenus policiers, journalistes, conseiller et ministre. Si les autres ont réussi professionnellement, je ne vois pas pourquoi vous ne pourrez pas réussir. Il faut adopter une attitude plus positive envers la vie. Rêver et croire en ses rêves, et toujours penser grand », a-t-elle dit dans son discours.
La demi-journée dominicale a quant à elle été consacrée à d’autres activités, dont la remise des prix aux enfants ayant réussi les examens du CPE ainsi qu’aux gagnants du défilé, du concours de danse et de chant.