Les nouvelles directives de la Gambling Regulatory Authority (GRA), imposées avec effet immédiat depuis vendredi dernier mais qui ont officiellement atterri au Mauritius Turf Club par voie de poste hier, ont mis le Champ de Mars en ébullition. C’est surtout au niveau des jockeys que l’inquiétude s’est installée. Une réunion d’urgence entre les cravaches locales et étrangères a même eu lieu ce matin dans la jockey’s room, alors que le rendez-vous hebdomadaire des administrateurs au MTC a été repoussé à plus tard.
C’était le talk of the morning lors du training ce matin. La GRA à travers une missive de deux pages aura apporté des éclaircissements qui font grincer les dents autant du côté du MTC que celui des entraîneurs, jockeys et propriétaires de chevaux. La GRA aura redéfini le statut de foreign jockey, précisé les éventuelles sanctions qui pèsent sur les jockeys récidivistes en courses, assoupli le nombre de chevaux permis dans une épreuve engageant des coursiers au rating 50+ à monter en attendant que d’autres directives viennent s’ajouter à celles de vendredi avec l’arrivée vers la fin du mois des experts britanniques dans le sillage des recommandations faites par la Commission Parry l’an dernier.
La GRA a décidé qu’aucun jockey mauricien ou étranger sous contrat avec un entraîneur ne sera autorisé à monter pour un autre établissement — ils sont deux Mauriciens concernés en ce moment, Jeanot Bardottier (Gujadhur) et Rye Joorawon (Maingard) —, sauf s’il s’agit d’une course de groupe où il est appelé en dépanneur pour cause majeure.
Trois autres mesures, et non des moindres, en vigueur touchent l’avenir même d’un jockey au Champ de Mars. D’abord, aucun jockey ne sera autorisé à poursuivre son job s’il écope d’une suspension de six semaines (consécutives ou cumulatives) pour le reste de la saison. Il ne sera pas non plus éligible à monter au Champ de Mars la saison suivante. Or, un bref calcul met actuellement en délicatesse pas moins de cinq jockeys mauriciens et étrangers, lesquels sont en sursis compte tenu qu’ils ont fait appel de leurs sanctions. Il s’agit de Derreck David, Jeanot Bardottier, Niven Marday, Kevin Ghunowa et Rakesh Bhaugeerothee. En revanche, ils sont quatre Mauriciens techniquement out dès la prochaine journée, à savoir Jean-Roland Boutanive, Sunil Bussunt, Pravesh Horil et Reeaz Hoolash.
Ensuite, aucun jockey étranger ne sera autorisé à monter au Champ de Mars si Maurice n’a pas de traité d’extradition avec le pays d’où il est né. Le Français Cédric Ségéon (actuellement dans l’attente d’une décision de la cour suite à l’affaire Triad Of Fortune) est d’ores et déjà inéligible.
Enfin, tout jockey non-citizen sous les provisions de la Constitution of Mauritius et de l’Immigrant Act et qui ne détient pas a priori de passeport mauricien est considéré simplement comme un foreign jockey. Le Sud-Africain Mark Neisius, marié civilement à une Mauricienne en 2012, tout comme l’Indien Imran Chisty, dont l’épouse est une Mauricienne également, n’ont chacun à ce jour qu’un resident permit accompagné d’un working permit. Ce n’est qu’après quatre ans de mariage qu’ils ont droit à la citizenship.
Aussi, eu égard à ces mesures, en particulier celle concernant l’interdiction de monter après six semaines de suspension, l’ensemble des jockeys et apprentis sur place ce matin s’est regroupée après le training. Tous sont unanimes à reconnaître que cette mesure de la GRA met directement leur profession en danger. Si une grève reste comme une des options fortes, Derreck David et ses pairs explorent d’autres avenues afin d’essayer de faire entendre leur voix à la GRA pour décanter la situation.
Le Mauritius Turf Club, en présence des directives en écrit depuis hier, n’a pas encore réagi après 24h. La réunion du board des administrateurs qui se tient chaque mardi n’a pas eu lieu ce matin. Mais de sources sûres, ces mesures de la GRA seront à l’agenda du MTC dans les plus brefs délais pour essayer de trouver une parade et calmer cette agitation au sein du monde hippique local depuis vendredi soir.