Le Chief Executive Officer de Südzucker, Wolfgang Heer, a eu cette semaine trois jours de travail à Maurice avant de regagner l’Allemagne jeudi. Dans un entretien accordé au Mauricien, il se réjouit que Südzucker soit le « preferred partner » de Maurice. Südzucker est considérée comme le « market leader » en Europe concernant la commercialisation du sucre et de ses produits dérivés, détenant quelque 25 % du marché européen. Grâce à Südzucker, le sucre raffiné à Maurice est acheminé directement aux consommateurs. « Nous avons quelque 200 clients dans 5 pays européens », a affirmé mercredi soir Jacques d’Unienville lors d’une réception offerte par le Syndicat des sucres à l’intention des membres de la délégation de Südzucker. Wolfgang Heer a profité de son passage à Maurice pour rencontrer le Premier ministre Navin Ramgoolam et le ministre des Affaires étrangères Arvin Boolell afin de solliciter le soutien de Maurice à la campagne visant à prolonger le régime des quotas sucriers en Europe à 2020.
Êtes-vous satisfaits du partenariat entre Südzucker et Maurice ?
Je pense que ce partenariat a été une occasion aussi bien pour le Syndicat des sucres que pour le gouvernement d’assurer son intégration. Pour Maurice, cela a été l’occasion de passer d’un statut de producteur de sucre de canne brut à celui de producteur de sucre raffiné. La situation était similaire pour nous parce que nous étions heureux d’obtenir le sucre raffiné plutôt que le sucre brut parce que nous n’avions plus autant d’activités au niveau de nos raffineries. Par ailleurs, nous voulions être un fournisseur reconnu au sein de l’Union européenne. Nous avions augmenté notre capacité de vente et nos opérations en Espagne, en Italie et en Grèce et nous voulions couvrir le marché de l’Union européenne et la Grèce. Nous étions aussi en mesure d’exporter le sucre dans des pays tels que la Grande-Bretagne, la Finlande, la Suède ce qui nous a permis de couvrir tout le marché. C’est donc un accord gagnant-gagnant pour nos deux pays. Ce qui nous a permis d’être un fournisseur reconnu de sucre.
Südzucker s’intéresse-t-elle également au marché international ?
Nous sommes présents essentiellement en Europe, notamment en France, en Allemagne, en Belgique, en Autriche et en Pologne. Nous couvrons tout ce qu’on appelle le « sugar belt ». C’est une bonne région pour produire le sucre de betterave. Nous y sommes présents avec nos propres usines sucrières.
Par rapport aux autres compagnies engagées dans le secteur sucrier en Europe, où Südzucker se situe-t-elle ?
Nous sommes le « market leader » en Europe où nous détenons une part de marché de 25 %. Nous comptons maintenir notre position. Cependant, nous ne sommes pas uniquement un producteur sucrier qui représente seulement 60 % de nos revenus. Nous sommes engagés dans la préparation alimentaire, la production des jus de fruits, des produits à base de sucre pour des hôtels et des restaurants. Nous produisons des édulcorants artificiels à partir du sucre.
À part Maurice, vous approvisionnez-vous en sucre dans d’autres pays d’Afrique ?
Notre principal producteur est Maurice. Nous achetons un peu de sucre brut de France et de Roumanie mais nous dépendons de Maurice en ce qu’il s’agit de l’importation.
Vous avez rencontré mercredi le Premier ministre Navin Ramgoolam, pouvez-vous nous en parler ?
Nous voulons solliciter un soutien politique sur le prolongement du régime des quotas sucriers en Europe après 2015. La commission européenne propose la suppression du système des quotas introduit dans le cadre de la politique agricole commune. Nous voulons que les pays ACP, en particulier Maurice, puissent nous aider dans notre lutte pour le maintien du régime sucrier actuel jusqu’en 2020.
En quoi ce régime de quotas est-il si important ?
Le régime de quotas sucriers est très important parce qu’il donne de la stabilité au marché et pas seulement pour les producteurs canniers mais aussi à nos planteurs de betterave en vue de la production du sucre à l’avenir pour les consommateurs en Europe et pour les producteurs sucriers des pays ACP. Il est important que l’Union européenne maintienne le système de quotas. Au cas contraire, les ACP ne seront plus les fournisseurs privilégiés de l’UE. C’est pourquoi, par conséquent, nous avons à conjuguer nos forces de manière à avoir un impact sur le plan politique en Europe.
La position de la Commission européenne semble remettre en cause les engagements pris en 2006. Est-ce votre avis ?
À notre avis, c’est une façon démodée de réfléchir et d’envisager le marché sucrier. Si vous observez le marché financier et le marché des capitaux, vous verrez que tous les pays favorisent les réglementations dans ce domaine. We have a good regulation to serve the market at an adequate price for the consumer. There is no pressure neither from WTO or other countries for the dismantlement of the system. Nous ne comprenons pas pourquoi la commission veut libéraliser la production. À travers le monde, seule 85 % de la demande est produite aux États-Unis, le reste est importé. La Thaïlande et le Brésil ont aussi un système de quotas et subventionnent le secteur sucrier parce qu’il représente un produit alimentaire stratégique. Nous ne voyons pas la raison pour laquelle l’Union européenne veut supprimer ce système. C’est totalement incompréhensible et ce n’est pas acceptable.
Que comptez-vous dire aux ministres européens de l’Agriculture pour les convaincre de votre position ?
Nous voulons convaincre les ministres européens de l’Agriculture de soutenir le régime des quotas jusqu’en 2020. Avec la réforme du régime sucrier en 2006, nous avons eu à fermer des usines, à réduire la production. La période de transition n’est pas suffisante pour introduire un nouveau système. La commission devrait nous donner suffisamment de temps jusqu’en 2020 afin de stabiliser la situation. Nous serions heureux que la commission effectue une évaluation en 2018 afin de vérifier si le système est « feasible enough » et de décider de ce qui adviendra après 2020.
Le changement de régime affecterait-il le partenariat entre Südzucker et Maurice ?
Il affectera ce partenariat parce qu’il est clair que les circonstances sur le marché seront totalement différentes. Les producteurs européens vont essayer de répondre à la demande sur le marché européen par eux-mêmes. Cela va à l’encontre des promesses faites par les politiciens avant 2006 concernant le soutien à être accordé aux pays en développement, en particulier ceux de l’ACP exportateurs de sucre vers l’Union européenne.
En tant qu’opérateur économique en Europe, comment évaluez-vous la crise qui secoue la zone euro ?
We are not affected by the euro crisis. La consommation dans certains secteur a baissé. Cependant, le sucre est une commodité de base concernant la consommation. Nous ne serons pas affectés. L’avenir dépendra des décisions prises par les politiciens. S’ils parviennent à gérer la situation en particulier en Grèce. Cependant, à mon avis, la Grèce ne constitue pas le principal problème européen. La situation en Espagne et en Italie est plus qu’inquiétante. Si ces pays arrivent à réduire leurs budgets à un niveau raisonnable, la situation sera gérable pour la zone euro.
Un retrait éventuel de la Grèce mettra-t-il en péril l’avenir de l’Union européenne ?
Cela constituerait un problème mineur, un problème régional. La Grèce n’est pas un grand pays. Je suis de ceux qui estiment que la Grèce doit rester au sein de l’Union européenne. Les dirigeants de ce pays doivent traduire dans le concret ce qu’ils ont promis. Cela est important, particulièrement pour les personnes qui ont à faire les frais de la situation dans leur pays, dont la plupart vivent en Allemagne. They have to cut their budget to organise their government. Taxes must be paid in time by taxpayers. Ils doivent avoir la volonté de développer leur pays. Si cela se produit, tout le monde, même en Allemagne, va soutenir ce pays à préparer son avenir.
Comment voyez-vous le partenariat Maurice-Südzucker dans les 10 ou 15 prochaines années ?
We are very optimistic. We are very happy to be the strategic partner of Mauritius. Notre lien avec Maurice n’est pas seulement un lien qu’on entretient avec un fournisseur mais une relation de partenariat. Nous partageons les informations concernant le système de marché. Nous partageons notre connaissance. Nous avons des discussions fructueuses. Parfois nous ne sommes pas d’accord. C’est dans l’ordre des choses. We are happy to be the preferred partner of Mauritius. Et nous voulons un partenariat à long terme.
À part le sucre, souhaiteriez-vous explorer la coopération dans d’autres domaines ?
Il y a des possibilités d’élargissement de notre coopération. À part le sucre, on peut partager notre connaissance au sujet de la production d’éthanol… Nous serons heureux de le faire s’il y a une demande en ce sens.
Le mot de la fin ?
C’est une très belle île et nous essaierons de transmettre cette information en particulier en Europe pour inviter les Européens à venir en vacances ici. C’est un endroit agréable.