Bientôt neuf mois depuis le dramatique accident au tournant de Sorèze, qui aura coûté la vie à dix passagers d’un autobus de la Corporation Nationale de Transport (CNT), morts sur le coup, et le “Tug-of-War” entre l’expertise des ingénieurs du ministère des Infrastructures publiques et les conclusions de l’enquête policière est encore de mise. C’est ce qui ressort des derniers développements dans les consultations engagées au niveau de l’Office of the Director of Public Prosecutions en prévision de l’instruction d’une enquête pénale engageant probablement la responsabilité de la direction générale de la CNT dans cette affaire. Le rapport d’expertise soumis par les ingénieurs du “Mechanical Engineering Department” du ministère des Infrastructures publiques sur les causes de l’accident de la route reste toujours au centre de la controverse.
Des recoupements d’informations effectués auprès de sources concordantes indiquent que des appréhensions sont entretenues officiellement à l’effet que le rapport et les dépositions des ingénieurs du ministère pourraient être contestées en tant que Prima Facie Evidence lors du déroulement du procès en Cour. La principale raison avancée est qu’en principe, les ingénieurs du ministère sont responsables en ce qui concerne l’examen mécanique et l’octroi du “fitness” pour tous les bus faisant partie de la flotte de la CNT.
De ce fait, le “Mechanical Engineering Department” du ministère pourrait se retrouver dans la position inconfortable de juge et partie lors des délibérations du procès en Cour. D’autant plus que le coeur des débats entre les différentes parties s’articulera autour des problèmes mécaniques de l’autobus de la CNT (immatriculé 4263 AG 07), complètement déclassé après plusieurs tonneaux sur l’autoroute dans la matinée du 3 mai de l’année dernière.
A ce stade, aucune décision finale n’a encore été prise quant à la possibilité de soumettre devant la Cour les conclusions du ministère des Infrastructures publiques car le dossier a été renvoyé aux responsables de la police de la Metropolitan Southern Division en vue de « tie the loose ends » et de décider de l’importance qui devra être accordée au rapport des ingénieurs du ministère aux “findings” de la police, qui avait procédé à un examen complet du système de freinage défectueux de l’autobus de la CNT dans les 24 heures suivant l’accident fatal.
Toutefois, le principal témoin, qui sera appelé au tout début de cet éventuel procès, ne devrait être nul autre que le receveur d’autobus de la CNT, Vishwamitr Ram Bundhoo. Même s’il demeure sous la menace d’une contravention sous la Road Traffic Act pour avoir transporté des passagers en surnombre lors de ce voyage fatidique, le receveur maintient que les « freins du bus 4263 AG 07 étaient défectueux depuis au moins 2012 ».
Sur la base des détails consignés de manière systématique dans deux carnets portant sur les problèmes mécaniques de cet autobus, Vishwamitr Ram Bundhoo avait soutenu, dès sa première déposition à la police, que l’origine de l’accident ne devait être autre que des problèmes de freins. D’ailleurs, lors de la reconstitution des faits sur la Nationale, il avait indiqué aux policiers l’endroit où le chauffeur, Gunness Deepcand, l’avait averti que le bus n’avait plus de frein et qu’il fallait demander aux passagers de se mettre à l’arrière pour leur propre sécurité. Le témoignage du receveur est attendu avec impatience en vue de faire la lumière sur ce drame ayant coûté la vie à dix passagers.
Un autre flou persiste en ce qui concerne un autre rapport d’experts dans cette enquête. Une équipe d’ingénieurs d’Ashok Leyland – venant de l’Inde à la demande du Premier ministre, Navin Ramgoolam – a également soumis un rapport confidentiel sur les causes probables de cet accident de la route après avoir examiné l’autobus endommagé.
A ce jour, aucune information n’a transpiré quant à la teneur de ces conclusions. De même, il n’y a eu aucune confirmation que ce document commandité par les services du Prime Minister’s Office sera versé dans le dossier à charge pour instruire le procès dans cet accident.
Des conclusions de cette enquête au pénal, en vue de situer les responsabilités de cet accident, dépendra le déroulement du procès en dommages et intérêts logé contre la CNT par des proches des victimes de l’accident. Au cas où la responsabilité de la CNT serait engagée dans cette affaire, le bilan, en terme de dédommagements, risquerait d’être très lourd. Déjà, les premières mises en demeure pour des réclamations ont été servies à la CNT, soit Rs 15 millions pour les proches de Kamla Devi Soobraydoo ou encore Rs 8 millions au nom de Goindama Rughoonundun, Darshan Chiniah, Sweety Cannoo et Karishma Cooshna. D’autres sont dans l’attente de la décision du DPP contre la CNT pour initier les procédures légales prévues.