Enfin un garde-chiourme qui a admis avoir des contacts avec des caïds actuellement incarcérés dans nos prisons ! Mohamed Firass Ramjan, officier de la prison, actuellement posté à la New Wing, à Beau-Bassin, a admis devant la commission d’enquête d’une part que « Peroumal Veeren m’a déjà proposé Rs 40 000 » et, d’autre part, que le détenu Siddick Islam, dit Ner, « m’a déjà contacté ». Pour des raisons de « sécurité », l’homme a souhaité qu’une partie de son audition se déroule à huis clos.
Deux officiers des services pénitenciers étaient convoqués hier. De l’un d’eux, en l’occurrence Mohamed Firass Ramjan, l’ancien juge Paul Lam Shang Leen, président de la commission, souhaitait avoir des éclaircissements du fait que, selon les informations obtenues par l’instance, « vous avez cinq “SIM cards” ». Le garde-chiourme, qui habite Stanley, Rose-Hill, devait répondre par l’affirmative, expliquant : « J’en change souvent. À un certain moment, j’en changeais tous les six à sept mois. » Le président de la commission souhaitait aussi savoir de l’officier s’il connaît des détenus, ce à quoi Firass Ramjan a répondu par l’affirmative. L’homme devait laisser entendre à un certain moment qu’il avait été victime de « menaces », sans toutefois préciser de la part de qui, expliquant : « Mo pa kone momem… Mo gayn boukou call, mo pa kone kisanela pe apele. Sa agas mwa. »
Questionné sur deux cartes SIM enregistrées à son nom et toujours actives, Firass Ramjan devait déclarer : « Tout se sait au sein des prisons… L’information va très vite ! On ne sait pas comment certaines personnes arrivent à connaître notre numéro de téléphone et nous appellent. J’ai déjà eu des demandes de la part de détenus qui sont à Beau-Bassin et qui m’ont demandé d’aller rencontrer quelqu’un incarcéré à Melrose pour eux. De même, je peux dire que j’ai déjà été contacté, entre autres, par Peroumal Veeren, qui voulait me proposer Rs 40 000. »
Son audition se poursuivant, Firass Ramjan a été questionné au sujet d’un appel téléphonique émanant de la région de Providence : « C’est dans cette région que se trouve la prison de Melrose… Qui connaissez-vous là-bas ? » Paul Lam Shang Leen devait renchérir en donnant la date du 3 novembre 2016 comme indication précise, quand l’officier a reçu un appel téléphonique émanant de cette prison. Le gardien devait alors relever : « À cette époque-là, je ne travaillais pas à l’intérieur de la prison. J’ai été récemment muté à la New Wing et je n’ai jamais été posté à Melrose. » En revanche, devait-il ajouter, « j’ai été affecté à diverses tâches en extérieur dans les enceintes des prisons ». Quand Paul Lam Shang Leen a souhaité savoir de lui s’il connaît Siddick Islam, alias Ner, Firass Ramjan devait répondre : « Oui, du temps où j’ai travaillé à la prison de Beau-Bassin, je l’ai connu. »
Paul Lam Shang Leen : Nous avons des informations selon lesquelles il vous a appelé sur votre numéro…
Firass Ramjan : Oui, c’est vrai. Il m’a déjà appelé.
PLSL : Et vous vous souvenez de la durée de cet appel ?
FR : Une vingtaine de minutes…
PLSL : En effet. Mais vous êtes conscients que, selon les Standing Orders des officiers de la prison, vous n’avez pas le droit d’avoir une conversation téléphonique avec un détenu, de surcroît par portables interposés ?
FR : En effet, c’est défendu par les Standing Orders.
PLSL : Avez-vous fait quelque chose en relation avec cet appel ?
FR : Oui, j’en ai parlé aux membres de l’Intelligence Unit. À chaque fois que j’ai des informations sensibles, je les communique à ces officiers afin de les aider dans leurs tâches.
PLSL : D’accord, si vous dites que vous avez fait cela, on va s’en informer parce qu’à ce stade, nous n’avons pas ces détails.
Firass Ramjan s’est joint au corps des Prison Officers en août 2011. Paul Lam Shang Leen devait, une fois encore, rappeler : « Il y a plus de 2 500 officiers. Nous n’allons pas tous les appeler, sinon nous n’en aurons jamais fini. Nous ne convoquons que ceux sur qui nous avons des soupçons. »