« Un nombre grandissant des 16-17 ans s’adonnent tant à la consommation qu’au trafic du gandia (cannabis), de même que d’autres produits synthétiques, dont les Black Mamba, Salvia, White Lady, Bath Salts, Spice et on en passe, et ce dans l’enceinte même des collèges ! » déclare Danny Philippe, Outreach Coordinator de LEAD. Le travailleur social de cette Ong, qui se spécialise dans les problématiques touchant les jeunes, monte au créneau pour dénoncer « une situation qui prend trop d’ampleurs ». Il poursuit : « Nous avons tiré la sonnette d’alarme à je ne sais plus combien de reprises. Mais les autorités restent sans réactions. C’est regrettable car cette situation va encore s’empirer ! »
Sans vouloir être alarmiste, Danny Philippe reconnaît : « Ces dernières années, le profil des étudiants a évolué drastiquement. Nous ne sommes plus à l’ère des petits délits, comme l’école buissonnière ou les sorties-beuveries dans les champs de cannes et autres bungalows. Certes, ces problématiques existent encore, mais à cela est venu s’ajouter celle de la drogue, précisément le gandia et les produits synthétiques dérivés, tels que le Black Mamba, le Salvia, les Bath Salts, les Spice et autres. »
LEAD en est arrivé à mieux comprendre cette situation « urgente, et qui requiert de nos leaders une réaction réfléchie avec l’apport des Ong et de la société civile » de par ses « sessions de travail avec les jeunes, que ce soit dans les collèges, où on nous demande d’intervenir, pour des séances de préventions, par exemple, ou soit via notre structure destinée spécifiquement à accueillir et répondre aux interrogations des jeunes, TiBaz ». Avec ses deux antennes, l’une sur la gare routière de Rose-Hill et l’autre située un peu plus loin dans les artères de cette même ville, « TiBaz voit défiler un nombre important de jeunes », et ce jour après jour. « Ils s’adressent à notre responsable, Shannon Itoo, et évoquent ainsi la manière dont ils se procurent leurs produits, entre autres. »
Si le travailleur social reconnaît que « ce phénomène ne date pas d’hier », il ajoute cependant que « maintenant, il a énormément gagné de terrain, et ce parce qu’il n’y a aucune riposte de la part des autorités ». Il rappelle quelques incidents impliquant des étudiants de certaines institutions secondaires « de bonnes réputations », par exemple. « Le mode opératoire est simple : un étudiant – qui est soit attiré par l’appât du gain et de l’argent facile, soit qui veut s’habiller et frimer avec des gadgets de dernière technologie, ou encore qui veut être le “meneur” d’une bande – récolte l’argent d’une quinzaine ou d’une vingtaine d’étudiants. C’est lui qui se rend chez un fournisseur et ramène la came dans l’enceinte du collège. Et il approvisionne ainsi ses amis… »
Danny Philippe explique comment certains de ces jeunes ont été « cueillis » par les autorités. « Avec la quantité de gandia, par exemple, qu’ils avaient en leur possession, ils seraient passibles d’une peine d’emprisonnement pour trafic et non pour possession. » Notre interlocuteur ajoute : « Ce problème est désormais très fréquent dans un très grand nombre d’établissements scolaires. Il affecte surtout ceux qui sont âgés de 14 à 17 ans. » D’ailleurs, un des derniers cas en date concerne une étudiante de 14 ans trouvée en possession « d’une forte quantité de gandia », ajoutant : « Elle agissait, justement, comme celle auprès de qui les autres venaient s’approvisionner dans son collège. » D. Philippe rappelle aussi le cas de cet étudiant de 16 ans « qui a passé deux jours à l’hôpital pour avoir ingurgité des comprimés ». Il poursuit : « Un grand nombre de jeunes consomment des produits pharmaceutiques, qui leur procurent un sentiment de “high”, et ne connaissent pas les réactions sur leur métabolisme. »
L’Outreach Coordinator de LEAD rappelle : « Cela fait des années que nous tirons la sonnette d’alarme sur ces problèmes. Il n’existe toujours aucune politique de prévention ni de “Master Plan” pour mettre en application un système de travail dans nos collèges et auprès de nos jeunes. Il faudrait un sursaut réfléchi et concerté, une action commune entre les autorités et la société civile. » Pour notre interlocuteur, « il est clair que les problèmes liés aux violences et comportements d’indiscipline frappant nos ados, et qui sont en nette augmentation, sont tous liés », avant de conclure : « Ce problème de drogue et de produits synthétiques contribue à envenimer la situation. »