Dinesh Sooful a véçu un week-end de courses pas comme les autres. Samedi, il menait à la victoire Wing Man qui s’avéra comme étant la dernière victoire de l’écurie Serge Henry qui a mis la clé sous le paillasson au soir de cette journée classique de la saison. Dimanche, il faisait triompher Zip It, lequel tout compte fait, était le clap de fin d’Hugues Maigrot après deux décennies d’aventures au Champ de Mars.
Sooful, 33 ans, issu de la génération de Yashin Emamdee, Rye Joorawon et autre Swapneel Rama, n’en croyait pas être à pareille fête. « C’est un doublé inattendu », reconnait-il après coup. Avec Wing Man, la victoire fut indécise jusqu’aux dernières foulées. « J’avais bien visionné ses courses précédentes. Il n’a pas l’habitude de bien voyager mais Shirish et Nathalie m’ont dit que Wing Man se donne tout le temps à fond dans les derniers 50 mètres. Il se bat jusqu’au bout et il l’a fait à nouveau. Je n’étais pas trop sûr de la victoire et j’attendais le résultat officiel. C’était du 50-50 pour moi ».
Dinesh Sooful, dont le compteur affiche désormais 52 victoires, avoue que l’écurie Serge Henry lui a souvent porté chance. « C’est le troisième cheval que je monte pour Nathalie Henry depuis qu’elle a pris les rênes de l’écurie. J’ai monté son premier gagnant, Montante, cette année. Je suis très triste que l’établissement ferme ses portes. Je crois que c’est l’écurie pour laquelle j’ai ramené le plus de victoires durant ma carrière ».
C’est une Nathalie Henry nostalgique qui parle de cette dernière page écrite dans l’histoire de l’écurie Serge Henry. « On avait demandé à Dinesh de ne pas brusquer Wing Man au départ. C’est un cheval qui a ses propres habitudes. On a demandé à Dinesh de surtout suivre Max Rapax comme son ombre et d’accélérer au moment choisi. C’est exactement ce qu’il a fait. On a appris cette patience de mon père qui était vraiment le maestro dans tout cela. Il nous regarde de là-haut, j’en suis sûr. C’est une très belle victoire que je dédie à toute l’équipe de l’écurie Serge Henry et spécialement au propriétaire, à Jean-Noel qui est toujours là avec nous et qui nous fait encore confiance. Malheureusement, chaque chose a une fin. Mon père sera toujours présent au Champ de Mars de par ce qu’il a accompli ».
Clap de fin

Ce dernier week-end classique était celui des adieux de l’écurie Serge Henry, avec à sa tête le défunt entraîneur. Recordman de victoires avec 672 réussites sur notre turf, Serge Henry avait pris le relais de son père qui portait le même prénom. Quand cet établissement fermait ses portes en 1966 — année où Kiki est rentré à Maurice — il tenta dans un premier temps de faire revivre le groupe mais en vain. En 1983, il retournait aux affaires et créa sa propre écurie. En un peu plus de trente ans de carrière, avec un palmarès d’un record de victoires, Serge Henry a été champion en huit occasions (1983, 1996, 1997, 1998, 1999, 2000, 2006 et 2008) et a gagné dix victoires classiques (5 Duchesse avec Disco Dazzler 1985, Sidwell 1992, Alexei 1997, Spanish Drummer 1999 et Chief Editor 2001 ; une Coupe d’or avec Brief Affaire 1993 ; un Barbé avec Alexei 1993 et trois Maiden Cup avec Pinehurst 1998, Gwinganna 2000 et Shah’s Star 2001.
Vingt-quatre heures après Wing Man, Dinesh Sooful remit ça avec Zip It, qui s’inscrit comme le dernier gagnant dans l’histoire de l’écurie Hugues Maigrot au Champ de Mars. « On m’avait dit de me montrer patient avec lui également. J’ai attendu le tournant pour le lancer et il a bien accéléré. Quelque part, je voulais offrir à M. Maigrot une victoire avant qu’il ne parte. C’est fait après ma mésaventure en 1999 quand j’avais mené à bon port Bold Commander, lequel avait toutefois été rétrogradé par les Racing Stewards ».
Hugues Maigrot, un ancien maréchal-ferrant, reconverti en entraîneur de chevaux, avait pris ses fonctions en 1994, succédant à son père Jean Hugues. Après avoir longtemps évolué dans l’ombre des entraîneurs plus expérimentés, il remporta sa première victorie classique en1999 avec Castle Bellingham dans le Barbé. Trois ans plus tard, il s’offrit sa première Coupe d’Or avec Johnny B Goode. Il subit un autre long passage à vide et rebondit en 2010. À la suite d’importants investissements et avec l’apport du jockey irlandais Robert Burke, son écurie réalisa durant cette année-là sa plus belle saison (42 victoires) en deux décennies d’existence, titillant Gilbert Rousset jusqu’au but. Il échoua d’un rien dans la course au titre mais remporta le Barbé avec Gliding High et Burke s’offrit la Cravache d’Or. Depuis, la vie était redevenue des plus difficiles pour ce groupe qui perdit un de ses plus gros propriétaires, Christian Lafraisière en 2013. Et les choses ne se sont guère arrangées cette saison. Au point de jeter l’éponge un mois avant la fin des hostilités.
« C’est sûr que c’est une belle page qui est tournée mais je n’ai pas de regrets. C’était vraiment des moments extraordinaires. Il y a eu des moments très durs certainement, mais on garde les bons moments. Une bonne partie de ma vie s’est passée ici au Champ de Mars et cela restera certainement marqué dans ma mémoire ».