Scoperencontre le créateur et directeur artistique Emilien Jubeau, en amont de sa première exposition solo prévue au début du mois de mai à galerie Wall Art à Tamarin. Cet artiste étroitement associé à des projets comme Porlwi by Light vit de ses créations. Ceci après avoir touché à plusieurs formes plastiques. Toujours à la recherche d’expériences artistiques, il lève un coin du voile sur La Boulimie et porte un regard sur la société contemporaine.
Quel est votre rapport avec l’art ?
Je suis un maniaque d’art depuis l’adolescence. L’art et la culture m’intriguaient et m’ont toujours attiré. Etudiant de me laissais beaucoup inspirer par Dali et toute la réflexion derrière son oeuvre. Je baignais dans son monde. On me disait à l’époque que je copiais Dali. Or, pour moi, on ne peut pas le copier. J’explorais une technique selon une certaine vision des choses. A un moment des formes et des visages me venaient automatiquement lorsque je peignais. Après j’ai arrêté la peinture.
J’avais besoin de prendre le temps de me retrouver. Je me suis tourné vers le cinéma : j’étais styliste sur des tournages de pub.
Pourquoi cet arrêt momentané?
La peinture est revenue de façon spontanée lorsque j’ai eu des envies de live painting. Face à un mur blanc je me laisse aller. A travers Porlwi by Light  j’ai rencontré des artistes intéressants dont la personne responsable de la galerie Wall Art à Tamarin. L’idée d’un solo a germé… sauf que je ne pouvais rien créer lorsque le canevas est mis en face de moi. Et puis peindre pour dire quoi ? Cela fut une longue réflexion. Il importe d’avoir quelque chose à dire. C’est avant tout l’expression de soi. Il ne s’agit pas de peindre juste pour faire jolie. Je n’étais pas prêt pour une expo solo.
Quel est le propos de votre premier solo ?
Cela va s’appeler La Boulimie. C’est toute ma vie et, d’une certaine façon, tout ce qui m’a touché dans mon être, ces dix dernières années. Ce sera un moyen de cracher tout ce que j’ai au fond de moi. Ce sera une mise à nu, où je dirais des choses à des personnes qui ne me connaissent pas. Je le vis comme un challenge. J’ai trouvé un moyen de m’exprimer en dehors des formats conventionnels. Cette expo sera aussi l’occasion de faire un clin d’oeil à tous ceux qui m’ont aidé dans ma carrière. Je profiterai de ce solo pour signifier que je n’ai jamais été seul. Pendant les deux semaines que durera l’expo, tous ceux avec qui j’ai collaboré dans ma vie seront invités au processus de création, afin que leur énergie m’inspire dans ce que je créerai. Je souhaite explorer l’énergie générée par ceux autour de moi pendant le processus de création. Créer, vivre, se déconnecter du quotidien.
Quel regard portez-vous sur le quotidien mauricien ?
Nous ne sommes que des passagers du bateau. C’est ce que je me dis lorsque j’entends des débats contre le piratage ou que j’apprends que des rastas ont été violentés. Il y a une cause, mais pas de réelles démarches derrière la cause. Je me dis alors que je serai content d’apporter mon soutien quoique je n’adhère pas forcément à la manière de procéder. Pendant longtemps la grève de la faim a été utilisée. Ne suis-je pas assez intelligent pour jauger l’efficacité d’une  telle démarche ? Ce n’est peut-être pas la meilleure façon de dire que l’on a un problème. Je me suis dit que je suis prêt à mener ce combat-là, et que ce n’est même pas aux rastas de le mener.
Vous voulez dire le combat en faveur du cannabis ?
Je tiens d’abord à préciser que je ne suis pas rasta. J’ai des dreads dans mes cheveux et comme beaucoup je suis fan de Bob Marley et surtout de ses textes. J’ai trouvé un certain confort qui m’a mené à porter des dreads, mais je ne suis pas rasta. Je me suis créé une identité propre ainsi qu’une façon de penser qui est mienne. Je crois en une force supérieure. Certains rasta disent avoir besoin de cannabis pour méditer et que c’est leur mode de vie. Si une personne se sent bien avec la consommation de cannabis, ce devrait être un choix qui n’appartient qu’à cette personne. Ce n’est pas aux autres d’en juger.
Je ne suis pas pour la légalisation mais pour une dépénalisation. Car, à mon sens, la vie de plusieurs personnes est gâchée à cause de leur consommation de gandia. Ces gens se retrouvent en prison juste pour avoir fumé un joint. Un passage en prison ce n’est pas rien !
Rien que pour cela j’aurais voulu que la chose soit dépénalisée. Je ne suis pas non plus pour l’abus. Il faut aussi prendre en compte la personne dont la consommation d’herbe ne fait pas partie de son mode vie. Un juste milieu doit être trouvé pour ne heurter personne. C’est une question de respect car pour vivre avec l’autre, le respect des différences est essentiel afin de s’aider soi-même.
Si demain Emilien Jubeau devenait ministre de la Culture quelles seraient ses actions prioritaires ?
Si demain je suis ministre de la Culture, je suis persuadé que ce ne sera pas moi qui gérerai le ministère. Je m’entourerais de gens compétents dans chaque domaine afin de faire fonctionner des projets au niveau administratif.  Etablir une réflexion et une analyse du marché avec ces personnes compétentes afin de trouver un modèle de culture qui fonctionne dans le monde et qui nous corresponde. Pas forcément avoir recours à des acteurs culturels dont la vision se limite, par exemple, à la musique. Il importe d’avoir une vue globale de la culture.
Ma philosophie n’est pas de juger le ministre de la Culture. Il est entouré de qui ou de quoi ? A-t-il vraiment le pouvoir ou le pouvoir ne vient-il pas « d’en haut » . Est-il là juste pour suivre ? On ne peut juger quelque chose ou quelqu’un seulement sur un aspect négatif des choses. Il faut prendre le temps de comprendre et identifier la source du problème.
Votre regard d’artiste sur le pays ?
Contrairement ce que pensent à beaucoup de personnes, j’estime que les Mauriciens ont de la chance. Certes, chaque année nous voyons toutes sortes de tractations politiques et on se demande où va le pays. Mais lorsque l’on se compare à d’autres îles dans la région, on s’aperçoit que beaucoup de choses se développent à Maurice. Est-ce dans la bonne direction ? Je ne sais pas. Mais je me dis que l’île Maurice est autonome et, rien que pour cela, je tire mon chapeau aux politiciens qui se sont succédés au poste de Premier ministre. Ils ont su diriger le pays vers ce qu’on est aujourd’hui. On est prompte à critiquer mais combien savent ce qu’endure un Premier ministre chaque jour ? C’est un humain avant tout, et, pour moi, quand on est humain, on est faillible.
Quelle est votre intime conviction Emilien Jubeau ?
Aider le maximum de gens que je peux avec le don que j’ai. Ce don c’est l’art. J’en fais un devoir personnel et un partage. Chacun essaie de changer les choses, du moins, selon ses possibilités.