Les représentants des 629 femmes-cleaners des écoles gouvernementales primaires et secondaires touchant Rs 1 500 par mois ont manifesté hier pour la dernière fois devant le siège du ministère de l’Éducation, à l’IVTB House, Phoenix. Si d’ici le début de la semaine prochaine les autorités continuent à faire la sourde oreille à leurs doléances, une grève de la faim sera entamée lundi au Jardin de la Compagnie, Port-Louis.
« C’est notre toute dernière tentative d’alerter les autorités sur le sort peu enviable de ces 629 femmes-cleaners des écoles gouvernementales primaires et secondaires touchant Rs 1 500 par mois », a averti Jane Ragoo, de la Confédération des travailleurs du secteur privé et public (CTSP) et porte-parole de ces femmes. Leur ultimatum prend fin lundi. Si d’ici là le gouvernement continue à faire la sourde oreille à l’appel de ces femmes qui crient à l’injustice, « nous n’aurons pas d’autre choix que de commencer notre grève de la faim le lundi même au Jardin de la Compagnie, à Port-Louis », a indiqué Jane Ragoo.
La porte-parole de ces femmes-cleaners relate avoir épuisé tous les recours possibles. Des récriminations exprimées à travers des lettres et pétitions au ministère des Finances, à celui de l’Éducation et du Travail, de même que des manifestations publiques et des réunions de sensibilisation, « rien n’a abouti », se désole la syndicaliste. « Jusqu’à l’heure, le gouvernement n’a pas levé le petit doigt pour régler ce problème ».
En décembre 2015, se rappelle-t-elle, le ministre des Finances d’alors, Vishnu Lutchmeenaraidoo, s’était dit « choqué » d’apprendre qu’il y avait 329 femmes qui nettoyaient les toilettes des écoles gouvernementales primaires et secondaires pour seulement Rs 1 500 par mois. Il avait alors fait augmenter leur salaire de Rs 1 500 à Rs 8 500. Selon Jane Ragoo, le ministre estimait « inacceptable » que ces femmes soient payées par les Parent-Teachers Association et il les a mises sous le Pay Research Bureau. « Mais jusqu’ici, elles n’ont toujours pas de contrat de travail et ne bénéficient d’aucun droit (fiche de paie, congés de maladie, bonus de fin d’année, etc.) ni de protection sociale (National Pension Fund) », indique Jane Ragoo.
Présidente et propagande
En outre, ajoute notre interlocutrice, 300 autres femmes qui nettoient uniquement l’enceinte des écoles primaires et secondaires du gouvernement touchent, elles, encore Rs 1 500 par mois. Elles sont employées par des sous-contracteurs, des compagnies de nettoyage et ne bénéficient, comme les 329 autres, « d’aucun droit et de protection sociale, outre leur salaire dérisoire », relève Jane Ragoo. « Le ministre du Travail, Soodesh Callichurn, nous a promis à plusieurs reprises qu’il allait intervenir auprès du gouvernement pour régler ce problème. Mais jusqu’ici, rien de concret, rien que des paroles. En attendant, ces femmes continuent à souffrir », déplore leur porte-parole.
La syndicaliste a confié au Mauricien sa « révolte » d’avoir appris que la présidente de la République de Maurice, Ameenah Gurib-Fakim, a été nommée lundi, avec le Premier ministre suédois, Stefan Löfven, à la présidence de la Commission mondiale sur l’avenir du travail, dans le cadre de la célébration du centenaire de l’Organisation internationale du travail (OIT). « Dans son discours de circonstance, elle n’a fait que répéter la propagande du gouvernement sur les soi-disant avancées de Maurice en matière des droits de travailleurs (Workfare Programme, Salaire Minimal National, etc) », a relevé Jane Ragoo, qui nuance que « nous sommes toujours sous le joug de deux lois anti-travailleurs, l’Employment Relations Act et l’Employment Rights Act ». Elle ajoute : « tous les jours des travailleurs sont licenciés sous des comités disciplinaires bidon sans aucune indemnité et des milliers de travailleurs du privé attendent toujours une augmentation de salaire et une amélioration de leurs conditions de travail parce que leur Remuneration Order attend toujours d’être révisé par le National Remuneration Board (NRB), dans certains cas depuis plus de 20 ans ». La syndicaliste interpelle dès lors la présidente de la République. « Comment peut-elle ignorer le cas de ces 629 femmes et ne pas lever le petit doigt pour elles, alors qu’elle jouit, elle, d’un salaire mirobolant?? », se demande Jane Ragoo.