Grâce à la mise en oeuvre de mesures d’efficacité énergétique, le secteur privé mauricien peut faire un potentiel d’économie de plus d’un milliard de roupies par an sur sa facture d’énergie. C’est ce que révèle une étude menée par l’Application européenne de technologie et de service (AETS) et commanditée conjointement par le Joint Economic Council (JEC) et l’Agence Française de Développement (AFD).
« Ce qu’il faut retenir de cette étude c’est ce potentiel d’économie possible sur l’ensemble de la consommation d’énergie de plus Rs 1 milliard par an pour l’ensemble du secteur privé mauricien, comprenant l’économie sur la facture d’électricité et de la consommation de combustibles », a expliqué Franck Daganaud du cabinet AETS au cours d’une rencontre avec la presse jeudi au siège du JEC.
Intitulée Mapping of Energy Efficiency in the Mauritian private sector, cette étude a touché les secteurs de l’industrie et des grands bâtiments, incluant le tourisme (hôtels), les banques, les surfaces commerciales et les supermarchés. L’industrie sucrière n’était pas concernée par cette enquête.
Selon Franck Daganaud, une part de ce potentiel d’économie d’énergie de plus Rs 1 milliard par an est atteignable par des actions d’efficacité énergétique (voir encadré) qui ne demanderaient pas beaucoup d’investissement. « Il s’agit de mieux utiliser les outils qui sont à la disposition des entreprises. Des “short term no-cost-low-cost-Quick Wins actions” », a-t-il expliqué.
L’autre part de cette économie, poursuit l’intervenant, pourrait venir sur le moyen terme à travers des retours sur investissement ne dépassant pas sept ans. « Cela représente 10 % de la consommation, atteignables à travers des actions qui normalement sont profitables pour les entreprises », a-t-il commenté.
Franck Daganaud se demande alors pourquoi les entreprises mauriciennes ne prennent pas la décision de réaliser ces économies qui ne peuvent que leur être profitables. Selon lui, il existe des « barrières » à l’efficacité énergétique qui les empêchent d’aller de l’avant.
La première, indique l’expert, est l’absence d’information touchant le sujet. « Dans une économie de marché, les acteurs prennent des décisions rationnelles à condition qu’ils aient les informations précises sur les impacts de leurs décisions », soutient Franck Daganaud. Ce manque d’information, poursuit-il, s’explique par « plusieurs insuffisances ».
D’abord, les entreprises mauriciennes ne possèdent pas la capacité d’évaluer des projets d’efficacité énergétique qui nécessitent une compétence technique pointue pour exploiter les potentiels d’économie d’énergie. L’intervenant souligne également l’absence d’une institution privée capable de conseiller et d’aider les entreprises à réduire leur consommation d’énergie. « Maurice étant un petit marché, les fournisseurs de ces technologies ne sont pas nécessairement présents et quand ils le sont, ils manquent de compétence pour orienter leurs clients vers les solutions les plus performantes », dit Franck Daganaud.
Pour pallier à ces « insuffisances », le consultant propose une plan d’action qui se décline en quatre points. D’abord, une campagne d’audits énergétiques. « Une prestation qui sera réalisée par des spécialistes en efficacité énergétique et apporterait les réponses dont ont besoin les entreprises mauriciennes pour prendre leurs décisions en connaissance de cause. Jusqu’ici ce genre d’audit est inexistant à Maurice », explique Franck Daganaud. Et d’ajouter : « L’idée est d’enclencher un cercle vertueux en démontrant que les audits d’énergie apportent des réponses aux entreprises. » Dans ce contexte, l’expert propose la mise sur pied de projet de démonstration. « Il s’agit de démontrer sur un projet concret les coûts et les bénéfices ».
Troisièmement, le plan d’action recommande la mise en oeuvre de programme de formation d’Energy Officers. « Ils seront ainsi responsables de la gestion efficace d’énergie de leur entreprise », affirme Franck Daganaud. Finalement, il propose la dissémination d’information sur l’efficience énergétique à travers des ateliers, des brochures, des guides techniques, entre autres. « Il faudra ultérieurement avoir des outils financiers pour les projets identifiés », conclut l’expert.