D’un artiste comme Christophe Rey (musicien, sculpteur, auteur), on attend des créations hors du commun. C’est le cas pour sa première exposition, Haleine de bacon pour mon cochon, à l’Atelier à Port-Louis. Sur des toiles, en majorité de petit format, des horizons suggérés, des paysages abstraits, des présences dialoguent, des figures répétées possèdent une rare densité, provenant de la force des traits qui les cernent, et de la façon particulière qu’a la matière employée de moduler le tableau. Vingt-huit acryliques sur toile et deux sur papier sont installés pour évoquer cette nouvelle exposition.
Christophe a étudié les arts plastiques et a fait de nombreux dessins à l’encre quand il était plus jeune. De sa formation académique, il n’a gardé que la technique. Créateur d’atmosphères, il décline des variations de couleur tantôt pourpres, rouges, vertes ou jaunes. Résultat ? Une tension certes, mais nullement étouffante ou morbide comme l’artiste l’a présentée, entre sérieux et dérision, dans son texte de présentation d’un ironique scalpel. Christophe Rey semble aimer les images fortes, les arrêts sur image, les scènes anecdotiques à la fois réelles et rêvées. Les formes insolites nées de son imaginaire tissent l’univers narratif d’un peintre qui accorde une place importante aux éléments de composition proches de la musique. Il emprunte ses sujets à l’imagerie populaire, joue du symbole et de l’allusion. Les images mentales entrent en collision avec le monde réel. Une inventivité formelle débridée à mesure qu’il développe son propos. Ce qui laisse ses toiles inclassables et ouvertes à toute interprétation. Innommables donc, organiques, répétitives, obsessionnelles : les peintures de Christophe Rey sont la matérialisation du dessin et la superposition des couleurs. Tout ce qu’il met en oeuvre clame une atmosphère joyeuse et insolente.