Apesanteur. Première exposition de peintures pour ce jeune artiste qui s’est signalé auparavant avec ses sculptures et installations vidéos nourries de la confrontation de la mécanique et de la vie humaine. Oeuvres personnelles ou cosignées : les repères sont brouillés. Lignes droites, force expansive de la couleur, majesté des formes, intensité où se réalise le choc du décoratif et de l’organique — ce qu’interroge Raja Sooranna, c’est la fragilité, la délicatesse des formes, la précision de leur facture. Ses peintures exposées au Hennessy Park Hotel, à Ebène, jusqu’au 14 mai 2014, montrent l’origine d’une énergie, l’amorce d’un bouleversement. Son « solo » est un ensemble de vibrations, de tensions, de palpitations du monde. Une suite avec l’émergence de thèmes imaginés à partir du quotidien et développés par une écriture tantôt linéaire, tantôt discontinue. « Flottant à même l’espace, les figures qui peuplent ses toiles sont sensuelles, lumineuses, vibratiles. On trouve dans son univers des pêcheurs, des danseuses de séga, des papillons, voire des baleines. Le tout navigue à la surface de grands formats induisant un effet onirique, cosmique… », comme nous l’avons écrit ailleurs. On peut aller plus loin en imaginant dans les miroitements aquatiques et autre luxuriance de formes des évocations du corps féminin et d’autres correspondances formelles mises au service de la toile. Les enjeux plastiques interrogés par Raja scellent une vision de la nature et de la féminité. R. Soorana accumule la matière et les manières les moins évidentes. Il invente, prend son envol, choisit des couleurs, calcule des proportions. L’équilibre de chaque toile révèle une démarche qui gère les tensions entre les masses, l’ordonnance des lignes, le choix chromatique. Cette oeuvre achevée est le fruit d’un combat nécessaire. Nourri de son voyage intérieur, l’art de Raja c’est aussi la rencontre avec les autres et l’inspiration puisée dans la nature. Notre artiste recueille les signes naturels et les fait revivre sur la toile. Les matières sont comme les éléments d’un monde imaginaire où chaque fragment participe à des combinaisons possibles. La recherche de symboles dans la nature est un voyage rituel que Raja entreprend à travers le travail sur la matière pour en extraire son alphabet. On trouve des variations plastiques à partir d’images familières. Le luxe des détails, la délicatesse des formes, la simplicité de la matière (ciment, acrylique, carton) : c’est une façon pour lui de creuser et de mettre en tension ou en contradiction. Une expérience ouverte, une oeuvre de contrastes et de reliefs qui permettent la liberté d’expression et une variété de techniques. Une oeuvre cosignée Mira Auer, qui elle, nous invite à découvrir des motifs féminins, des mondes microscopiques. Elle est la présence constante de l’énergie lumineuse, des détails méticuleux dans l’évolution du travail de Raja Sooranna.