Le leader de l’opposition, Paul Bérenger, qui intervenait ce matin dans le cadre des débats sur le Budget 2016-17, a invité le gouvernement « à dire la vérité sur la situation économique du pays et de cesser de promettre des miracles qui sont en fait des mirages ». « Bizin aret badine ». Il a reconnu que l’économie est à la croisée des chemins et, qu’en matière de relance économique, les choix ne sont pas faciles à faire. Il a préconisé, entre autres, la révision du modèle économique, sans négliger aucun autre créneau économique comme en 2005. Pour lui, la relance par une équipe économique réaliste et disciplinée doit se faire sous le « required leadership ». Le Premier ministre, sir Anerood Jugnauth, a ensuite complimenté Paul Bérenger sous les applaudissements de la majorité pour avoir reconnu que le budget comprend des mesures intéressantes. Selon sir Anerood Jugnauth, les mesures budgétaires ont rallié toute la nation à l’exception du Parti travailliste.
Les travaux parlementaires ont débuté ce matin à 10h avec la présentation, en première lecture, de deux textes de loi, soit The Road Traffic (Amendment) Bill par le ministre des Infrastructures publiques et du Transport intérieur, Nando Bodha, et le Private Secondary Schools Authority (Amendement) Bill par la ministre de l’Éducation, Leela Devi Dookun-Luchoomun. Le leader de l’opposition est intervenu pendant une demi-heure en l’absence des parlementaires du Muvman Liberater, qui sont revenus au moment où le Premier ministre complimentait Paul Bérenger pour avoir trouvé des mesures intéressantes dans le budget. Sir Anerood Jugnauth est intervenu avant que le ministre des Finances ne résume les débats. L’examen des dotations budgétaires en comité commence dès aujourd’hui.
Le leader de l’opposition a d’emblée estimé que si le budget présenté par Pravind Jugnauth contient certaines mesures intéressantes, « c’est un budget de relance, et non un budget de rupture ». Pour lui le gouvernement a perdu une année après les « mesures surréalistes » présentées par l’ancien ministre des Finances l’année dernière et sur lesquelles il n’a pas souhaité revenir. Parmi les mesures qu’il a estimées « intéressantes » dans le présent budget, Paul Bérenger a relevé la volonté d’éradiquer la pauvreté absolue dans le pays avec un nouveau plan à l’intention de tous ceux se trouvant sur le registre social et qui bénéficieraient d’une subsistance allowance. Pour lui, « c’est une mesure très importante ». Il s’est aussi élevé contre le fait que c’est lorsqu’il a interrogé le ministre de l’Intégration sociale au sujet du nombre de familles qui en bénéficieraient qu’un full fledge survey a été annoncé. Le leader de l’opposition a souligné que sa déception est « d’autant plus grande » que le ministre de l’Intégration sociale, dans le budget de son ministère, a estimé que 13 267 familles bénéficieront d’une aide de Rs 6 200. ,Par contre, Paul Bérenger a félicité le ministre des Finances et la ministre de la Sécurité sociale pour les mesures prévues à l’égard des enfants handicapés. Il a fait toutefois comprendre qu’il suivra « attentivement » la mise en oeuvre des mesures annoncées. Concernant le CSR, Paul Bérenger a observé que le ministre des Finances a hérité d’un « chaos causé par l’ancien ministre des Finances ». Pour lui, c’est un chantier sur lequel il faudra beaucoup travailler. Au chapitre des PME, il a estimé qu’après le bluff de l’année dernière, tout est à refaire et qu’il compte sur la BDM pour aider ce secteur.
« Pas vraiment ?une rupture »
Parlant du budget en général, Paul Bérenger a observé que l’année dernière il avait reproché au ministre des Finances d’avoir sacrifié le budget de développement au profit du budget courant et pour n’avoir pas tenu un langage de vérité. ,L’actuel budget n’est pas vraiment une rupture, a-t-il affirmé. Le plus important pour lui était la relance des investissements publics. Or les investissements privés ont chuté de 17, 5 % PIB en 2014 pour atteindre 12,9 % et continueront à baisser cette année. L’investissement public est tombé à 4,8 %. Paul Bérenger a passé en revue les différents indices économiques dont le taux d’épargne qui continue à baisser, les investissements directs étrangers qui sont tombés de Rs 18 milliards en 2014 à Rs 9,6 milliards l’année dernière et seront en dessous de Rs 10 milliards cette année. Il considère que la prévision de croissance de 4,1 % n’est pas réaliste d’autant plus que la Banque de Maurice a prévu un taux de croissance de 3,8 % en 2017 et cela malgré le don de Rs 13 milliards de l’Inde. « L’Inde a sauvé le budget 2016-2017 y compris le déficit budgétaire estimé à 3,3 % », a dit Paul Bérenger. Toutefois, il estime que sur la base des normes recommandées par le FMI, le déficit sera de 4,4 %. De plus, dit-il, si l’Inde tarde à débourser le don promis, le déficit approchera le niveau de 5 %. Concernant le taux de la dette, le leader de l’opposition a observé que le taux de 63 % pour cette année et de 61 % l’année prochaine est toujours très élevé dans la mesure où le taux acceptable est de 60 % du PIB. « Là encore le taux de la dette est nettement sous-estimé, tenant en compte la BAI et Heritage City ainsi que les procès de réclamations intentés au gouvernement par les promoteurs immobiliers dont le projet au Morne a dû être abandonné, et pour les affaires Betamax et CT Power ». Ce qui l’inquiète le plus est le déficit des Current accounts estimés à 5 % du PIB. Ce déficit pourrait atteindre 10 % si les capitaux transitant par le secteur financier à destination de l’Inde devaient se tarir à la suite de la révision du traité de non double imposition avec l’Inde. Il craint que cela entraîne une dévaluation allant jusqu’à 25 % de la roupie. Paul Bérenger a évité volontairement de ne pas parler des projets de smart cities annoncés et non réalisés, du métro léger, de la CWA et du CEB, de Rodrigues et d’Agalega pour se concentrer sur son message essentiel.
« Notre pays est à la croisée des chemins. Il n’y a pas de choix faciles. Il faut arrêter les badinages. Dites la vérité à la population et aux jeunes de ce pays. Cessez de promettre un miracle économique qui n’est qu’un mirage dangereux et de faire croire que tout est possible, qu’on peut sacrifier le budget de développement au profit du budget courant. Il n’est pas facile de lancer le secteur productif dans un petit pays avec une population vieillissante et le taux d’investissement privé à son niveau le plus bas. Les projets sont difficiles à trouver et les nouveaux secteurs de développement sont difficiles à identifier. Il faut relancer l’économie en s’appuyant sur les secteurs existants comme les TIC, les services financiers, le tourisme. Il faut casser le blocage entre manque de main-d’oeuvre qualifiée et les emplois disponibles. Nous avons besoin de revoir le modèle économique en ne négligeant aucun nouveau créneau comme ce fut le cas en 2000-2005. Il faut renforcer les produits à haute valeur ajoutée pour les exportations à l’étranger et exploiter l’économie bleue », a dit Paul Bérenger. Pour lui, cela ne sera pas possible s’il n’y a pas une équipe économique imaginative, réaliste, disciplinée et travailleuse « under the required leadership ». Il a conclu en soulignant que « le destin du pays est entre nos mains » et en insistant sur un langage de vérité pour les jeunes ainsi que sur l’importance du courage, de la compétence et du dévouement à la cause du développement du pays.
SAJ : « Un ?leadership ?“mature, wise” »
Intervenant immédiatement après le leader de l’opposition, sir Anerood Jugnauth a souligné que les mesures budgétaires annoncées par le ministre des Finances ont été à la mesure de la confiance placée en lui. Il s’est dit confiant que le pays dispose d’un leadership « mature, wise » avec une vision de l’avenir. Le Premier ministre a complimenté le leader de l’opposition pour avoir trouvé des mesures intéressantes dans le budget et affirme avoir entendu Rajesh Bhagwan parler de mesures budgétaires positives et innovatrices. Il a toutefois remarqué que Paul Bérenger a toujours eu des remarques négatives sur le budget dans tous ses discours. Il a profité de l’occasion pour dire que ce n’est pas le gouvernement qui avait inventé le terme miracle économique mais les observateurs économiques internationaux. « There is no doubt therefore that the Budget presented by the Minister of Finance has rallied the nation except for the Labour Party that no longer has any credibility in the eyes of the vast majority of the population », a-t-il dit. Pour lui, « les remarques du leader du PTr sur sa page Facebook ont fait rire tout le monde ». Il a observé que « Shakeel Mohamed a été plus loin la semaine dernière en affirmant que le leader du PTr était déconnecté de la réalité ».