Les arrangements floraux sont une partie essentielle du culte et des rituels chez les Tamouls. Ils sont le symbole du bonheur, de la prospérité et de l’accomplissement du but de la vie. Très attachés aux traditions, Yasven Ramen et sa bande de la Floral Art Team se sont fait remarquer au sein de la communauté tamoule. Leur passion pour cet élément naturel, sublimée par une touche de modernité et de créativité, se concrétise en d’impressionnants alangaram. Cette notoriété inattendue encourage les membres de la Floral Art Team à unir leurs idées pour améliorer leur technique d’arrangements floraux.

Annabelle Rose-Montenot

Cavadee, marche sur le feu, Durga Puja : les arrangements floraux imaginés et entièrement conçus et réalisés par la Floral Art Team se démarquent. L’équipe ne s’explique pas les raisons pour lesquels “nous parvenons à sortir du lot”. La quinzaine hommes âgés entre 23 à 43 ans, réunis sous la Floral Team, ne peut plus se cacher définitivement derrière les amas de fleurs. En six ans d’existence, “les gens ont commencé à nous féliciter et à faire appel à nous. Nous recevons même des encouragements et des questions venant des étrangers qui suivent nos créations depuis l’Indonésie, l’Inde et ailleurs dans le monde”. C’est à Sodnac, chez Yasven Ramen (que tous les membres considèrent comme le leader de la Floral Art Team), que l’histoire derrière ses fameuses structures de fleurs délivre ses secrets de fabrication.

L’évolution d’une coutume.

Avant la version 3D, devenue la spécialité de la Floral Team, les aînés se servaient d’une aiguille en forme d’hameçon pour coudre les fleurs ensemble et les placer sur une structure en forme de cadre. Puis sont apparus les premiers montages faits de mousse, avec un effet 2D. Alors qu’il évoluait avec son ami Sanjiven Marday dans une troupe de Tapu, Yasven Ramen a rencontré plusieurs personnes qui faisaient des décorations florales dans les temples tamouls. “J’ai eu la chance et le privilège d’assister à et d’observer de nombreux montages, que l’on appelle alangaram. Je me suis très vite senti attiré par cette coutume de notre communauté. Difficile d’imaginer qu’avec quelques fleurs, on était capable de réaliser de telles créations.” Le premier essai du jeune homme est le cavadee d’un ami. De bouche à oreille, plusieurs autres modèles commenceront à émerger de son imagination et de ses mains. Il s’entoure de plusieurs amis pour lancer l’aventure du Floral Art Team.

Avant, la manière de procéder consistait à piquer directement les fleurs dans la mousse. Yasven Ramen et ses compères imaginent une nouvelle technique en donnant une forme aux fleurs. Radhesen Arekion explique : “Avec chaque fleur de notre composition florale, nous donnons des détails en corrigeant les pétales minutieusement avec une définition bien précise. Nous souhaitons nous rapprocher de la perfection et donner vraiment de l’importance à la fleur. C’est notre signature et c’est grâce à cela que nos créations se sont démarquées.” Vishwen Mooneesawmy précise que le choix des fleurs permet à la Floral Team de mieux exploiter sa créativité.

Étapes de fabrication.

Avant, les alangaram étaient confectionnés avec des bougainvillées, des hortensias ou des gendas. La Floral Team travaille essentiellement avec des chrysanthèmes et des œillets “pour le grand choix de couleurs et de nuances utilisées par les Tamouls, comme le blanc, le jaune et le grenat”.

Loin de se considérer comme des pionniers, puisque les décorations florales ont toujours été indissociables des diverses célébrations religieuses (Cavadee, marche sur le feu, Govinden, Durga Puja), la Floral Art Team met un point d’honneur à ce que son style demeure relié aux structures des kovils. Avant de procéder au montage, un brainstorming est la première chose effectuée par la petite bande d’amis. Une fois le croquis dessiné par Yasven Ramen, Sanjiven Marday se charge de peaufiner le design final avec toutes les précisions nécessaires : les couleurs, la dimension et une estimation des fleurs à commander. Puis, Vinod Seethuat s’attaque à la structure en métal ou une planche de bois, sur lequel les frères Vinessen et Davisen Moothen viennent ajouter les mousses, qui donnent les premières définitions de la structure.

Félicitations et encouragements.

Entrent ensuite en action Radhesen Arekion, Niven Chetty, Arasen Payaniandy, Vishwen Mooneesawmy, Hansley Ramen, Jason Joorawon et Steven Ramsamy : les fleurs passent dans leurs mains pour finaliser l’arrangement floral. “La plupart du temps, c’est pendant un carême précédant une fête ou une célébration que nous travaillons sur nos alangaram pendant dix jours. La base nous prend plus de jours et le finish se fait la veille afin de préserver le plus longtemps possible la fraîcheur des fleurs. Cet art exige énormément de patience.”

Le dur labeur de la Floral Art Team est récompensé par des félicitations et des encouragements de la communauté. Leurs créations sont aussi suivies ailleurs. “Des Malaisiens, des Indonésiens, des Indiens et des Singapouriens ont pris contact avec nous en pensant que nous étions des professionnels. C’est une grande fierté pour nous. Ils sont étonnés par nos créations et certains pensaient que nos alangaram se faisaient en Inde. Mais en Inde, ce sont davantage des montages traditionnels et rustiques, alors que notre équipe préfère innover”, souligne Arasen Payaniandy, qui gère la page Facebook de la Floral Art Team.

En attendant de dévoiler leur prochain arrangement floral, Yasven Ramen et son équipe espèrent que leur passion pour la culture amènera d’autres jeunes vers les traditions. S’ils reçoivent du soutien, ils souhaitent partager leur talent et leurs connaissances en proposant des ateliers et des formations dans les kovils.