Pour un ado, toutes les raisons sont “bonnes” pour fuguer. Il ne réalise pas qu’il met sa vie en péril, alors qu’il y a des instances qui peuvent l’aider, lui offrir un encadrement adéquat et éviter tout désagrément. Shanon Purhooa, responsable de la Brigade pour la protection des mineurs à Port-Louis sud, nous explique les conséquences d’un tel acte.
Le jeune qui commet une fugue vit un malaise profond pour diverses raisons. Cela peut être des soucis avec des parents trop autoritaires, des problèmes relationnels dans la famille, des disputes avec les parents, etc. Mais il existe aussi le désir de tenter de nouvelles expériences, que ce soit avec l’alcool, la drogue, la cigarette et même le sexe. La fugue se présente alors comme une échappatoire ou un moyen pour le jeune d’arriver à ses fins.
Il y a aussi la pression des amis. Pour faire comme les autres ou être accepté dans un groupe, un jeune peut faire n’importe quoi. Il se laisse aller à une certaine forme de liberté sans réaliser qu’il peut se mettre en danger. “En cas de problème, il est préférable pour le jeune de se tourner vers des personnes de confiance (enseignants, psychologue, travailleur social…) qui peuvent vraiment l’aider, au lieu d’aller vers des personnes mal intentionnées qui peuvent l’embobiner.”
La police constate en effet que certains jeunes accordent trop facilement leur confiance à une personne rencontrée sur les réseaux sociaux et décident parfois de les rencontrer au bout de quelque temps. Shanon Purhooa concède que certaines personnes ont de bonnes intentions, mais il souligne que d’autres sont à l’affût de ce genre de situation pour abuser du jeune. Aussi met-il en garde les jeunes à propos des “amis” avec qui ils “chattent”.
Contrôle.
Il ne faut pas confondre fugue et école buissonnière. Il y a école buissonnière quand un jeune manque l’école pour se rendre dans un autre lieu. On parle de fugue lorsqu’un jeune quitte le domicile de ses parents sans leur permission. Il peut rentrer le même jour ou plusieurs jours plus tard. Tout retard inexpliqué et prolongé doit être rapporté à la police. Dans le jargon policier, le cas est traité comme “absent minor”. Tout est alors mis en oeuvre pour retrouver le jeune au plus vite. Lorsque le jeune est retrouvé, la police va ensuite enquêter pour savoir s’il y a eu abus ou pas.
Le manque de contrôle des parents sur leurs enfants n’est pas étranger à des cas de fugue. Shanon Purhooa estime que “les parents doivent exercer un meilleur contrôle sur leurs enfants afin de savoir où ils vont et qui ils fréquentent, sans pour autant avoir recours à une surveillance à outrance”. Une bonne communication et une bonne entente peuvent empêcher une fugue. Cela peut également permettre aux parents de remarquer un changement de comportement ou d’attitude de leurs enfants et leur proposer l’encadrement approprié si cela s’avère nécessaire. Les sites visités sur internet et les amis des réseaux sociaux devraient être connus des parents, souligne notre interlocuteur.
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Abus
Dans sa fugue, le jeune met indubitablement sa vie en danger, peu importe l’endroit où il/elle se trouve. Dans plusieurs cas de fugue, le jeune subit des abus sous différentes formes, particulièrement des abus sexuels, que ce soit chez les garçons ou chez les filles. Mais les filles sont plus exposées à ce danger et sont d’ailleurs plus nombreuses à fuguer. “Les personnes abritant un fugueur sont souvent mal intentionnées. Le sachant vulnérable, elles usent de subterfuges pour avoir des relations sexuelles avec le jeune.” Avec ou sans consentement, avoir des relations sexuelles avec un mineur de moins de 16 ans est punissable par la loi. Dans sa fugue, le jeune est aussi exposé à des dangers qui peuvent mettre sa vie en péril.
La fugue à Maurice touche en majorité les adolescents de 14 à 16 ans. En 2010, il y a eu 128 cas rapportés à la police. L’année dernière, le nombre a été de 103. Pour 2012, on compte déjà 16 cas rapportés. Il faut savoir que les filles fuguent davantage que les garçons.
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La fugue expliquée
Un adolescent mal dans sa peau claque facilement la porte. S’enfuir une heure ou une semaine : il ne faut pas négliger ce comportement, reflet d’un malaise plus profond. Conseils sur l’attitude à adopter en présence d’un jeune fugueur et points de vue du Dr Alain Braconnier, psychanalyste.
L’adolescence est une période au cours de laquelle on découvre que l’on est capable de mettre en pratique ce que l’on a en tête. Dans ce contexte, certains quittent leur domicile sans prévenir et disparaissent pendant plusieurs heures, parfois quelques jours, sans donner de nouvelles. Ils fuguent.
Les raisons
Sentiment de mal-être, problèmes scolaires, conflits familiaux ou simplement par attrait de l’inconnu; pour protester contre une situation jugée ou vécue comme insupportable.??
Le but
La fugue intervient bien souvent de façon impulsive et accompagnée d’agressivité et de provocation. Elle est le reflet d’une souffrance plus ou moins avouée et il faut la considérer comme un véritable appel au secours qu’il ne faut pas négliger.
Lors d’une fugue, tout l’entourage se sent concerné : parents, camarades de classe, enseignants, copains.
Lorsqu’un jeune ne rentre pas chez lui et que les heures passent, il faut prendre l’événement au sérieux, surtout quand il s’agit d’un jeune habituellement ponctuel et qui semblait être mal dans sa peau les derniers temps.
Que faire ?
Alerter la police, faire le tour de ses camarades, le collège, et tous ceux susceptibles de l’avoir croisé. S’il ne s’est toujours pas manifesté, il faut contacter le poste de police de sa localité, qui pourra prendre ainsi les mesures nécessaires afin d’engager des recherches. En attendant, il ne sert à rien d’envisager le pire, car dans la majorité des cas, les fugues n’ont pas de conséquences graves : 80% des fugueurs rejoignent d’eux-mêmes leur foyer dans les 48 heures !