La dernière série des Gender Statistics pour 2013, publiées par Statistics Mauritius, dégage un véritable parfum de femme. Mais ce portrait de la Mauricienne sans fard ni artifice balise le fossé à combler pour que l’égalité des genres soit une réalité de tous les jours.
L’un des points forts de ces données est que sur le plan du traitement salarial, la différence est encore plus marquante, soit un écart de Rs 4 300, représentant le tiers par rapport à la moyenne des salaires masculins. Les autres points noirs se cachant derrière ces chiffres officiels sont que la pauvreté affecte davantage la femme que l’homme, soit au moins une sur dix survivant avec des revenus sous le seuil de pauvreté de Rs 5 652 par mois, alors que la violence domestique continue à faire des ravages aux dépens des femmes. Malgré la politique de tolérance zéro, le ministère de l’Égalité du genre enregistre en moyenne cinq cas d’agression physique par jour.
Toutefois, l’autre côté du tableau fait état du chemin parcouru par les femmes-fonctionnaires qui occupent 40% des Senior Positions dans la fonction publique, soit les postes de Senior Chief Executive, de secrétaire permanent, de Principal Assistant Secretary, de manager et de juges et magistrats, occupées par des femmes. Un autre indicateur révélateur concerne la séquence d’admissions dans l’enseignement supérieur public en particulier. Prenant avantage de leurs meilleures performances au niveau des examens de Higher School Certificate, les jeunes filles sont plus nombreuses que les garçons à se faire admettre à l’université, avec un avantage de 20% de plus.
Au chapitre des activités économiques, la Mauricienne souffre de gros désavantages par rapport à son collègue masculin. Se basant sur une série de surveys officiels sur les salaires pratiqués, que ce soit pour les dépenses des ménages ou encore l’état des lieux dans les différents secteurs économiques, les conclusions de Statistics Mauritius sont catégoriques : « average income tends to be lower for women than for men – Rs 13 300 against Rs 17 900 month in 2013 ».
L’effet de rattrapage entre hommes et femmes d’une année à l’autre n’est que trop minime car en 2012 la moyenne des salaires féminins était de Rs 11 800, alors que pour les hommes elle était de Rs 17 100. Cette différence dans le traitement salarial entre hommes et femmes réflète davantage la situation prévalant dans le secteur privé que dans le public, car les salaires en vigueur, sur la base des recommandations du Pay Research Bureau (PRB), sont invariablement les mêmes que ce soit pour les fonctionnaires hommes ou femmes.
La femme plus qualifiée
La discrimination est encore plus flagrante quand la femme se retrouve au chômage et se met en quête d’un emploi. D’abord, malgré le fait que la femme ne constitue que 39% de la population active, elle représente 60% du taux de chômage recensé. En 2013, elles étaient 26 000 femmes sans travail contre 18 600 hommes. Le taux de chômage chez la femme est plus du double que chez les hommes, respectivement de 12,2% et de 5,3%.
Au niveau des tranches d’âge, la situation du chômage présente des caractéristiques encore plus inquiétantes. « The disparity between male and female unemployment was highest in the lower age groups. The difference around 11 percentage points among the unemployed below 30 years and less than 2 percentage points among those aged 50 years and above », avance Statistics Mauritius.
D’autre part, la femme au chômage passe en moyenne 15 mois, soit exactement 14,8 mois, avant d’être embauchée dans un nouveau poste, alors que pour les hommes, la durée est inférieure, soit une moyenne de 9,4 mois. Mais ce qui est encore plus grave est que la Mauricienne sur le marché du travail est plus qualifiée académiquement que le demandeur d’emploi masculin. 55% d’entre elles ont suivi des cours au niveau secondaire et 22% ayant entrepris des études post-secondaires.
« Unemployed women were generally more qualified than their male counterparts, around 46% of them possessed the School Certificate or above against 37% among males. Similarly, a slightly higher proportion of unemployed women (22%) attained tertiary level education as compared to unemployed men », s’appesantit Statistics Mauritius.
Un constat arithmétique qui pourrait ne pas faire l’unanimité et même susciter des controverses dans les milieux syndicaux tourne autour de la durée de la journée de travail de la main-d’oeuvre féminine par rapport aux hommes. « On average, a woman works 6 hours less than a man (during a week). The average number of hours worked by women was 35 compared to 41 for men », note le document officiel. Il va de soi que les féministes et ceux qui luttent en faveur de l’égalité des sexes souligneront qu’en rentrant du travail, la femme a encore des corvées, certes non-rémumérées, qui l’attendent au foyer et cela chaque jour, invariablement les dimanches et les jours fériés.
Vulnérabilité
La précarité de la femme mauricienne est soulignée quand le volet des allocations sociales est abordé. Le seuil de pauvreté étant fixé en 2012 à Rs 5 652 par mois, Statitics Mauritius attire l’attention sur le fait que « women are more likeky than men to live in poverty. In 2012, 10,5% of the female population was living below the poverty line. The Household Budget Surveys showed that poverty is more likely to be among female headed households than male headed households (17% compared to 7,3%) ».
Au guichet de la Sécurité sociale, deux facteurs attestent de la vulnérabilité de la femme. Des 21 000 bénéficiaires de la pension de veuves, 64%, donc deux sur trois, sont dans la tranche d’âge de 50 à 59 ans, et le nombre de femmes touchant la pension de vieillesse est de 21 619 supérieur aux hommes. Le nombre global est de 169 847. Cette situation se justifie par le fait que l’espérance de vie de la Mauricienne est de sept ans plus élevée que celle du Mauricien.
À partir de 50 ans, la population féminine est plus nombreuse que celle des hommes, même si chaque année le nombre de naissance masculine est plus conséquent que celle de fillettes.
En 2013, l’espérance de vie de la Mauricienne est de 78 ans contre 71 ans pour l’homme. « Over the past ten years, the gap life expectancy at birth of men and women tend to stabilise around 7 years. Women reaching sixty-five years of age expect to live three years longer than their male counterparts. In fact, at this age, men expect to olive, on average, up to 80 years compared to 83 for women ». Force est de constater que pour chaque homme centenaire, il y a sept femmes centenaires jusqu’ici.
De son côté, la violence domestique pèse davantage sur les femmes, même si les autorités et la société civile ne cessent de mener une campagne de sensibilisation auprès des machos. L’année dernière, 1 786 cas de violence domestique ont été rapportés au ministère, même si cette moyenne de cinq par jour est interprétée comme n’étant que le sommet de l’iceberg.
De ces cas répertorié, au moins un sur trois comprend des coups et d’agression physique contre la femme, un sur cinq pour des cas d’agression verbale et maltraitance et un sur quatre pour des cas de menaces d’agression et de harcèlement par les époux. Sur les 5 684 cas d’abus physiques contre des enfants enregistrés, dans un cas sur deux la victime était une fille, comme pour dire que la violence sexiste commence très tôt.
Bonne représentation dans le judiciaire
Néanmoins, le revers de la médaille est aussi encourageant vu que sur le plan de l’éducation, la femme prend une avance sur l’homme. Déjà, dès la fin des cycles primaire et secondaire, la performance académique des filles est meilleure que les garçons. Au niveau du Certificate of Primary Education, la différence dans le Pass Rate est en faveur des filles avec 12 points d’écart pour se retrouver à 8,6% pour les examens de School Certificate et de 6,9% pour le Higher School Certificate.
Ces faits se traduisent dans la réalité avec prédominance des filles dans l’enseignement supérieur. L’année dernière, sur une population estudiantine de 21 562 dans les institutions tertiaires publiques, le nombre de filles était supérieur de 4 218. Deux étudiants sur trois dans le tertiaire suivent des cours à plein temps menant à un diplôme universitaire de premier cycle (Bachelor Degree) avec un nombre plus important de filles engagées dans des études à temps partiel, soit 59,6% ou des cours à distance (71,2%).
Même si Statistics Mauritius ne donne aucune indication au sujet de la position professionnelle des femmes dans le secteur privé, mention est faite que « more women are occupying high positions in government services ». 40% des Senior Positions dans le secteur public, allant de Senior Chief Executive jusqu’aux fonctions de magistrat, sont occupées par des femmes, contre 23% au début de ce siècle. La présence des femmes se fait davantage sentir au sein du judiciaire avec 44% de l’ensemble du personnel.
Dans le domaine sportif, la différence est encore plus visible, soit 36% des ressources sous l’assistance financière allouée à des athlètes féminins, les hommes s’appropriant la plus grosse part du gâteau. Les gestionnaires du dossier du sport ont intérêt à se rappeler que, jusqu’à hier, l’unique médaille aux Jeux du Commonwealth en Écosse a été ramenée par une fille, la judokate Annabelle Laprovidence. La médaille décrochée par le boxeur Kennedy St-Pierre peut paraître une maigre consolation devant les privilèges accordés aux hommes dans le domaine sportif…