Le président du conseil de Rivière-du-Rempart indique que « les procédures sont en cours » pour remédier à la situation

Le village de Gokoola a connu deux importantes inondations en seulement deux semaines. Une vingtaine d’habitants, victimes des eaux, commencent à se poser des questions sur la cause des inondations. Tous pointent du doigt une maison construite sur un drain, qui empêche l’évacuation d’eau.

Sanjeeta Dooburee habite à l’entrée du village de Gokoola, dans le nord de l’île. Sa maison a été inondée à trois reprises : la première fois en 2013 puis au début du mois d’avril de cette année et, ensuite, la semaine dernière, soit le samedi 21. Meubles, matelas, berceau, rideaux, cartables, matériel scolaire et nourriture ont été emportés par les eaux débordant d’un drain à l’entrée du village. Cette eau pénètre dans sa cour et refoule à chaque grosse averse, faute d’un passage pour se déverser dans une rivière de la localité.

« Toute la famille s’est réveillée en sursaut samedi matin à 1h avec une grosse frayeur. De l’eau avait pénétré partout dans notre maison. La première chose qu’on a faite a été de mettre à l’abri mon petit-fils de 15 mois et mon fils handicapé pour éviter le pire. Si les autorités ne réagissent pas, il y aura mort d’homme tôt ou tard comme cela a été le cas à Mon-Goût il y a quelques années de cela », prévient Sanjeeta Dooburee. « Nou viv a sink dan mo lakaz. Mo pe bizin aste rasion, meb, matla, masinn-lave, liv lekol sak fwa kan ena inondasion. Det pe vinn zwenn det. Kouma ou’le mo avanse dan lavi ? » se demande-t-elle.

Son souhait est que les autorités et les experts viennent sur place pour discuter avec les habitants et écouter leurs suggestions avant de revoir tout le système de canalisation de la localité. « Nou dakor ki se zot ki exper, me nou ki res isi e nou ki soufer kan ena inondasion. Nous ne demandons pas la charité aux élus, mais ils auraient pu venir sur place, comme ils le font lors de la campagne électorale, pour constater dans quelle situation nous vivons », insiste-t-elle.

Teelockee Ramboccus, un sexagénaire, habite à Gokoola depuis sa naissance. Sa cour a été submergée par les flots et la voiture de son fils a été abîmée. « Nous avions planifié de construire un garage. Nous avons dû y renoncer car à chaque grosse averse, l’eau inonde totalement la maison. Pas la peine d’investir dans de telles conditions. Heureusement qu’il y a de la place à l’étage pour sécuriser les habits et les effets personnels d’un de nos proches qui va bientôt se marier. Sinon ti pou bizin fer enn lot depans ankor. » Le sexagénaire abonde dans le même sens que Sanjeeta : « Si les consultants qui étaient venus sur place en 2013 avaient prêté une oreille attentive aux suggestions des villageois, qui connaissent mieux la réalité, on n’en serait pas là aujourd’hui ».

La maison des controverses

Teelockee Ramboccus montre également du doigt certains cadres du conseil de district de Rivière-du-Rempart qui, à l’époque, auraient accordé un permis à un propriétaire d’un terrain, situé dans la localité, pour construire une maison sur un drain. Ce qui serait, selon lui, la source principale de graves inondations. « Ena enn tiyo avek enn pasaz sere. Tou dilo pas anba sa lakaz-la e sak fwa ena gro lapli, dilo refoul partou dan landrwa », explique Teelockee.

Poolwantee Jodheea, voisine de Ramboccus, est propriétaire d’une boutique. Elle n’a pas été épargnée, elle aussi : sa boutique a coulé sous « plus de trois mètres d’eau », dit-elle. Deux réfrigérateurs et deux motocyclettes qui se trouvaient dans le store ont été endommagés samedi dernier. « Qui va faire les frais  ? » se demande-t-elle. « La vie ici est grandement perturbée dès que la météo annonce du mauvais temps », poursuit-elle. La boutiquière partage l’avis de son voisin Teelockee. « Bizin kone kisannla finn donn permision pou aranz lakaz lor drin. Fin ariv ler pou ki lotorite trouv solision », insiste-t-elle.
Niradeer Ramboccus, 82 ans, n’a pas fermé l’oeil vendredi soir. Ses meubles et la voiture de son fils ont été la proie des eaux. « Combien de temps encore allons-nous être traumatisés et vivre dans l’angoisse  ? Apre tou sa sakrifis ki mo’nn fer pou mont lakaz isi, nou pa pe kapav viv trankil. Nou pe pans pou kit isi pou al viv ayer », confie-t-elle avec beaucoup d’émotions. Rajen Sooria Parmessur, lui, cultive des légumes à quelques mètres d’où a été construite la maison sur le drain. Après les premières inondations, il a bâti un mur en béton au début du mois pour protéger ses plantes. « Dilo finn sarye tout baraz. Bizin trouv larzan pou rekonstrir. Komie tan pou ale koumsa  ? » s’interroge-t-il.

Soobiraj Ellayah, président du conseil de district de Rivière-du-Rempart, indique que « après enquête, les officiers sont arrivés à la conclusion que le propriétaire qui a construit sa maison sur un drain est responsable de ces graves inondations ». Et d’ajouter : « Plus grave, il n’avait pas été autorisé à construire. Il est dans l’illégalité. Nous avons déjà commencé à entamer de démarches que pour sa maison soit “pull down”. Nous attendons un ordre de la cour pour le faire. »