Quand elle accouche de son petit garçon l’an dernier, Alicia n’a que 15 ans. Comme dans d’autres cas similaires, le père du bébé, un jeune adulte, a promis aux autorités concernées d’assumer ses responsabilités envers le nourrisson et sa mère. Il ne sera pas inquiété pour relations sexuelles avec une mineure de moins de 16 ans. Quant à Alicia, elle a mis un terme à sa scolarité et la CDU lui a conseillé de reprendre ses études. Chose qu’elle n’a pas faite. La situation d’Alicia est une réalité que connaissent beaucoup d’adolescentes, des filles devenues mères avant d’avoir été femme et dont les compagnons sont déjà adultes.
Elle venait d’avoir 15 ans quand elle est tombée enceinte. Lui a 20 ans. « A l’hôpital, on m’a dit : Enn laz pou al gaynn zanfan sa? », se souvient Alicia (prénom modifié), 16 ans depuis. « Quand j’ai accouché, une dame de la CDU (NDLR : Child Development Unit) est venue me voir. Elle a discuté avec moi et m’a encouragée à reprendre ma scolarité. Je ne l’ai plus revue depuis ce jour », raconte encore Alicia. Le père de son enfant n’a non plus eu de nouvelles de la CDU. Toutefois, il a jusqu’ici respecté l’engagement pris auprès de la « dame de la CDU». Depuis la naissance de leur fils, il y a sept mois, le jeune homme remet Rs 3 000 à Rs 4 000, à chaque fin de mois, à l’adolescente pour les besoins du bébé. « Il n’a jamais voulu me parler de la conversation qu’il a eue avec la dame », confie Alicia. D’ailleurs cet épisode semble être une simple parenthèse pour le couple et leurs proches. Dans la cité où elle vit très modestement avec plusieurs membres de sa famille, Alicia n’est pas la seule fille-mère du quartier. Mais contrairement à celles que nous avons pu croiser, Alicia, de petite taille, ressemble davantage à une prépubère de 12 ans qu’à une ado de son âge. « Mais je me sens plus maman qu’adolescente! », précise-t-elle. Sa soeur aînée, 27 ans, qui vit avec son époux dans la même maison, s’empresse de rectifier : « Elle est encore une enfant. Elle réfléchit et agit comme ses copines, celles qui lui rendent souvent visite.». Quoi qu’il en soit, Alicia insiste encore que depuis la naissance de son fils, elle a la fibre maternelle. « Même s’il m’arrive de penser au collège, à mes camarades de classe et de regretter quelque peu ma vie d’avant, je suis heureuse d’être mère. J’ai toujours aimé les enfants », dit-elle en câlinant son fils. Celui-ci ne voit pas son père régulièrement. Le jeune homme, qui vit loin de la cité, y passe deux fois par mois. « Mon père ne veut pas que j’aille chez lui. Il a peur que je tombe à nouveau enceinte », confie Alicia. Et quant à un éventuel mariage, la question, assure Alicia, ne se pose pas pour le moment : « e me marierai à 20 ans »
« Mo pa ti pe kone ki sa zafer ki ti pe bouze dan mo vant »
Dans une cité où la drogue, la pauvreté et d’autres fléaux font de l’ombre au progrès de certains, Alicia n’a pas échappé à une problématique récurrente qui touche des filles de son âge en milieu économiquement précaire. « Mon père ne travaille plus. Il a eu une blessure à l’oeil », raconte la jeune fille qui a perdu sa mère l’année dernière, bien avant la naissance du bébé. « Mon père s’était beaucoup fâché quand il a appris que j’étais enceinte. Il m’avait même dit que je devrais aller vivre ailleurs. Mais ma mère, elle, était vraiment contente », poursuit-elle. Le père de son enfant, c’est sur Facebook qu’elle a fait sa connaissance. Peu de temps après, Alicia qui était alors en Form II — et lui employé — tombe enceinte. « Avec ma mère, nous voyions graduellement la transformation de son corps », confie la soeur aînée de la jeune fille. Pendant ce temps, Alicia n’avait pas encore pris conscience de sa grossesse. « Jusqu’au jour où j’ai commencé à me trouver bizarre. Mo pa ti normal. Mo pa ti pe kone ki sa zafer ki ti pe bouze dan mo vant », raconte l’adolescente. « Ma cousine m’a accompagnée chez un médecin privé. Il a regardé, puis touché mon ventre et m’a annoncé que j’étais enceinte. Ma première réaction a été de lui demander si je pouvais avorter ! »  
L’arrivée d’un nouveau-né dans cette famille où neuf personnes, dont un enfant, partagent quelques pièces exiguës ne fait pas l’unanimité. Mais grâce au soutien de sa mère, de sa belle-soeur et de sa soeur, la situation d’Alicia a été acceptée. Toutefois, cette dernière met fin à sa scolarité et découvre la maternité. « Ce n’est pas une contrainte pour moi. D’ailleurs mon accouchement s’est très bien passé. J’ai appris à m’occuper de mon bébé, de veiller sur lui et de lui donner à manger. Un jour, j’iraitravailler pour être financièrement indépendante. » Pour l’instant, sa vie d’ado est rythmée par son bébé. « Je me dis qu’à cet âge je devrais être au collège et apprendre. »