C’est une fin en apothéose pour l’haltérophilie locale. Qui l’aurait cru ? Les leveurs de fonte mauriciens ont fait mieux qu’en 2015, où ils avaient ramené 21 médailles d’or. Certes, il y a désormais beaucoup plus de catégories, mais sur le plan comptable, autant dire que l’objectif est réussi. D’ailleurs, le président de la Mauritius Amateur Weightlifters’ & Powerlifters’ Association (MAWPA), Jimmy Moonien, ne cache pas sa joie. « C’est des moments exceptionnels. Nous l’avons fait ! Le peuple mauricien peut être fier de ses protégés. » En effet, ce sont les lourds qui étaient en action. Les médailles d’or sont revenues à Shalinee Valaydon (+87 kg), Khelwin Juboo (109 kg) et Yovin Gyadin (+109 kg). À eux trois, ce sont sept médailles dorées qui tombent dans l’escarcelle mauricienne, portant la marque à 22.

Le public était en feu lors de la dernière journée de compétition au gymnase James Burty David à Curepipe. Les supporters scandaient haut et fort les noms des haltérophiles mauriciens engagés dans les différents concours. Ce sont les dames qui sont les premières en action dans les catégories -81 kg, 87 kg et +87 kg. Dans la première catégorie, Wendy Iram et Anastajia Babet sont en lice. La première nommée réalise 51 kg à l’arraché, 60 kg à l’épaulé-jeté et 111 kg à l’épaulé-jeté. Les médailles reviennent toutefois à Babet, qui décroche l’argent à l’arraché (61 kg) et le bronze au total olympique.

La jeune haltérophile de 18 ans habitant Curepipe a débuté dans le sport il y a seulement deux ans. « C’est par le biais d’une amie que j’ai découvert ce sport. Elle a examiné ma morphologie et a tout de suite vu que je pouvais réussir dans cette discipline. Et j’y ai pris goût », confie la jeune femme, qui s’entraîne six jours sur sept au gymnase d’Allée Brillant, sous la férule de Jack Madanamoothoo, et une fois par semaine avec Noé Joseph.

Effectuant sa scolarité à la Full Day School, elle espère poursuivre sur sa lancée, « C’est vraiment magique de vivre cette expérience devant son public. Qui sait, peut-être que dans quatre ans je pourrai viser les trois médailles ? Je m’offre ce droit de rêver », avoue-t-elle. Seul l’avenir nous le dira, mais Anastajia Babet a tout pour être une future championne.
Celle que tout le monde attendait, Shalinee Valaydon, était en action chez les +87 kg. À noter qu’il n’y avait qu’une seule adversaire face à elle, Chakira Rose. Cette dernière n’a pas fait long feu face à la puissance de frappe mauricienne. Valaydon s’est facilement imposée avec une performance de 93 kg à l’arraché et 110 kg à l’épaulé-jeté, pour un total olympique de 203 kg. Cette grande championne a répondu présent au moment opportun. Les Mauriciens pouvaient laisser éclater leur joie, les premières médailles d’or de la journée étaient enfin tombées…

Le mental d’acier de Juboo

C’est à 18 heures que le concours des messieurs a débuté. C’est Alwin Jooron qui a été le premier à s’élancer dans la catégorie des -102 kg. Mais dans ce concours, le vétéran seychellois Steven Baccus, 42 ans, allait mettre tout le monde d’accord en s’appropriant les trois médailles d’or avec 130 kg à l’arraché, 165 kg à l’épaulé-jeté et 295 kg au total olympique. Le Réunionnais Philipp Prugnières est monté sur la deuxième marche du podium, tandis le Mauricien s’est contenté de trois médailles de bronze avec 95 kg à l’arraché, 140 kg à l’épaulé-jeté et 235 kg au total olympique.

Juboo, 17 ans, est considéré comme l’un des futurs grand de la discipline. Pour ses premiers Jeux, et ce, malgré la concurrence féroce dans sa catégorie, tout laissait présager que l’or était à sa portée. « Il devra se bagarrer. Mais il a un mental à tout épreuve et c’est un compétiteur », avait indiqué avant le début du concours Gino Souprayen, assistant-entraîneur national. Et il ne pensait pas si bien dire. Après avoir manqué ses trois essais à l’arraché à 125 kg, il s’est rattrapé à l’épaulé-jeté pour s’adjuger l’or avec une performance à 165 kg. Il a profité de l’essai non-conclu du Réunionnais Bryan Virginius à 167 kg pour sauter dans les bras de l’entraîneur national, Ravi Bhollah.

Il tenait enfin le précieux sésame. « Même si tout ne s’est pas passé comme prévu, j’ai su tirer mon épingle du jeu. C’est pour moi le plus important. Je remercie ma maman et mon papa, le DTN, le public mauricien et surtout Ravi Bhollah. Merci aussi au chauffeur du ministère de la Jeunesse et des Sports et à Abhishek, qui se reconnaîtra. » Avant de dédier sa l’or à son oncle, décédé le mois dernier. « Il voulait me voir monter sur la plus haute marche du podium. C’est pour toi tonton. Repose en paix. » Le Réunionnais Virginius a lui été intraitable à l’arraché (130 kg) et au total olympique (291 kg).

Gyadin ce héros

Gyadin a, comme Shalinee Valaydon, ramené trois médailles d’or. Engagé chez les +109 kg, il a réussi une performance de 116 kg à l’arraché, 131 kg à l’épaulé-jeté et 247 kg au total olympique. Comme aux derniers JIOI, l’homme fort de l’haltérophilie locale a remis ça avec brio. « C’est toujours stressant d’évoluer devant son public. Mais avec des supporters acquis à notre cause, nous n’avons bien évidemment pas le droit de les décevoir. J’ai réussi mon pari. Vous savez, une fois le concours entamé, il ne faut pas trop se poser de question. Il faut juste y aller. J’ai déjà pris part aux JIOI dans le passé, mais je peux vous assurer que ce n’est pas comparable quand vous évoluez à domicile. C’est autre chose et l’adrénaline est beaucoup plus forte », explique notre interlocuteur.

Maurice est et domine l’haltérophilie régionale depuis quatre ans maintenant. Espérons maintenant que ça dure…

Shalinee Valaydon, la référence !
Shalinee Valaydon a fêté sa quatrième participation aux Jeux des îles comme il se doit, avec trois médailles d’or dans la catégorie des +87 kg. « Je suis très fière de ma prestation. Pour être honnête, j’ai pris part à différentes compétitions à l’étranger, mais les JIOI, c’est vraiment particulier en termes de sensation », indique-t-elle. « Bénéficier du soutien indélébile du public, de son entourage, est en soi quelque chose de fabuleux. J’ai travaillé très dur à l’entraînement, encore plus lors de ces quatre derniers mois. J’ai eu des blessures, des moments de doute, mais grâce au soutien de mes entraîneurs qui ont toujours cru en moi, et Dieu, j’ai pu faire face à l’adversité », confesse la championne.
« Un grand merci aussi au ministère de la Jeunesse et des Sports qui nous a envoyés en stage à deux reprises, soit en Roumanie et en Chine », soutient-elle. D’ailleurs, face à la foule en liesse, elle oublie le poids de ses charges. « Cela devient secondaire. J’ai l’impression que les supporters m’aident à soulever ces charges. C’est une sensation particulière. Car à l’entraînement, je vous avouerai que c’est beaucoup plus dur (rires) », ajoute notre interlocutrice.

C’est d’ailleurs avec une grande tristesse au cœur qu’elle lâche que « c’est probablement mes derniers JIOI. Toutefois, je suis contente d’avoir fait flotter haut le quadricolore. J’ai un message pour les femmes. N’ayez pas peur de vous affirmer. L’haltérophilie, ce n’est pas qu’un sport d’hommes. Nous sommes aussi fortes, voire plus performantes que certains messieurs », signale-t-elle. Avec 10 médailles d’or glanées en quatre éditions des JIOI, Shalinee Valaydon est une référence en la matière.