Quand cinq rappeurs dénoncent des problèmes socio-économiques aux Comores, parlent de leur vécu, c’est dans l’espace artistique, par le vocabulaire du hip-hop. Et quand le grand théâtre prend l’initiative de mettre en scène toutes les formes d’expression corporelle, c’est une culture, une vie en soi qui se déroule sous les yeux du public. « Dur d’y croire », présenté par la Compagnie Uni-Son (chorégraphie et mise en scène de Akeem H. Ibrahim, alias Washko), a décroché le prix spécial du festival Passe-Portes 2016 à Maurice.
La compagnie les cinq danseurs Fakri Fahardine (Kris), Halifa Omar (Zépé), Mohamed Ben Ahamada (Big Benjo), Nourdine Bacar (Soldat) et Wardine Mohamed (Sangoku) sélectionnés par Akeem pour représenter les Comores. « Une récompense qui fait grave du bien à ce groupe de jeunes… », nous dit fièrement le chorégraphe qui a utilisé le hip-hop (une culture regroupant divers arts comme la poésie, la danse, le slam) comme une écriture, sa base, pour dénoncer les phénomènes de violence, de prostitution, de délinquance et de corruption qui gagnent du terrain aux Comores. S’inspirant du vécu de ses danseurs, Akeem a monté un spectacle fondé sur une nouvelle esthétique du hip-hop pour éclairer des réalités, les explorer dans leurs profondeurs. Si le hip-hop est une arme pour dénoncer, c’est aussi l’art du vivre ensemble prôné aujourd’hui. Dur d’y croire que « quinze ans après l’adoption des objectifs du millénaire par les Nations unies, aux Comores, l’immense majorité des jeunes sont encore destinés au chômage et seule une petite minorité a la possibilité de poursuivre des études supérieures. Le manque d’électricité, d’eau courante, d’infrastructures, les déficiences du système sanitaire et système scolaire, les retards de paiement des salaires, la faim même, restent l’obsédant quotidien d’un peuple qui se meurt, comme étouffé, comme condamné… »
La culture hip-hop, au sens large, s’avère une ressource fondamentale pour observer la réalité et répondre à ces problèmes. La Compagnie Uni-Son produit un discours sur elle-même : elle se veut un témoignage du vécu de cinq jeunes issus de milieux différents, mais qui en dépit de ces différences livrent un combat collectif pour tenter de changer le système en place. « Dur d’y croire », la création 2016 de Akeem prouve que le hip-hop a fait son chemin pour entrer dans une salle de spectacle même si le chorégraphe déplore le manque de visibilité de la culture hip-hop, le manque de considération à l’égard des danseurs :  « L’argent c’est le nerf de la guerre… on a dû se battre pour les billets pour Passe-Portes, pour manger… c’est pour ça qu’on se bat encore pour être mieux traités et avoir une meilleure visibilité… ».