L’équipe de chercheurs s’attelant sur le site

Les résultats des premières analyses des matériaux excavés en septembre par des spécialistes en paléontologie et en palynologie du monde entier le confirment : Mare-La-Chaux est beaucoup plus ancien que le site découvert à Mare-aux-Songes en 2005, soit le berceau du premier dodo retrouvé. Une découverte de taille pour la communauté scientifique et pour les habitants de ce petit village du Nord-Est qui étaient loin de se douter que cette partie de l’île était, il y a 12 500 ans, une zone marécageuse prospère et riche en végétation, où venaient se désaltérer, dodo et lézards géants.

Plus de six mois après la découverte du plus vieux site fossilifère de l’océan Indien à Mare-La-Chaux, après ceux d’Aldabra et de Madagascar, Julian Hume, Head of Natural History Museum de Londres et coauteur du livre “Lost Land of the Dodo”, et Owen Griffiths, scientifique de Maurice, surtout très connu dans le milieu de l’histoire naturelle du pays, ont publié, durant la semaine, un premier communiqué. Mare-La-Chaux y livre une partie de ses secrets bien gardés, de plus de 12 500 ans.

La couche fossilifère dévoilant l’abondance d’ossements

Agé de 12 500 ans, le site situé dans le Nord-Est de l’île a été découvert grâce à un article de Julien Desjardins dans le Rapport Annuel de la Société d’Histoire Naturelle de l’Isle Maurice 1830-1834, où l’auteur décrivait un marais rempli d’ossements. Après un premier état des lieux en 2017, c’est en septembre de l’an dernier qu’une équipe de paléontologues et de palynologues locaux et étrangers, dirigée par Julian Hume, y a effectué les premières fouilles déterrant principalement des ossements de scinque de Telfair, les deux espèces de tortues endémiques de Maurice et désormais éteintes, les Cylindraspis triserrata et le Cylindraspis inepta, de même que quelques ossements du fameux dodo. Les premières analyses effectuées, moitié à l’étranger et moitié à Maurice, donnent des informations inestimables sur cette région de l’île et du monde au moment même où débute l’Age de pierre.

Quasiment toute la faune a disparu avec l’arrivée des premiers habitants

Une découverte de taille, en effet, car les ossements étaient assez bien préservés. Dans le communiqué, il est ainsi indiqué que le marais contenait de l’argile calcaire, essentielle pour la préservation fossile. Selon les chercheurs, l’argile proviendrait des coraux et du sable emportés et déposés là par une dépression causée par l’effondrement de tunnels de lave dans la région. Au fil du temps, l’argile s’est solidifiée sur les bords formant de petites poches renfermant les fossiles, tandis qu’au centre, resté mou à cause de l’eau, y ont été déposés les fragments d’os, les escargots, les graines et le pollen. De plus, ces analyses ont également pu donner des pistes sur l’environnement à Maurice d’il y a 12 500 ans. En outre, l’on apprend que le marais était à la base un grand lac situé tout en haut d’un lit d’argile et de terre. Il était entouré d’une forêt dense et riche en palmiers, avec, entre autres, plusieurs espèces de plantes des marais, dont le Pandanus. La présence de l’escargot Pachystyla bicolor que l’on retrouve généralement dans des régions montagneuses prouve que la région était humide.

Ainsi, tout porte à croire que le lac agissait comme une oasis, attirant plusieurs espèces désormais éteintes qui venaient s’y abreuver, notamment la tortue géante Cylindraspis triserrata et le domed tortoise C.inepta. Le lézard géant pouvant atteindre un peu plus d’un mètre mètre et son cousin Telfair’s Skink L.telfairii, espèce uniquement présente sur l’île Ronde mangeaient les fruits tombés des arbres. Le Dodo Raphus cucullatus, cousin du Mauritius Turtle Dove Nesoenas cicur, visitait lui aussi ce marais pour s’approvisionner en nourriture.

Autre découverte confirmant que Mare-La-Chaux était bel et bien une zone marécageuse est la présence du grand oiseau Mascarene Coot Fulica newtonii. Le grand Mauritius Lizard-owl Otus sauzieri, lui, habitait dans les arbres entourant le marais et occasionnellement y jetait des restes du Telfair Skink, une de ses proies favorites.

Outre les espèces animales découvertes, le marais de Mare-La-Chaux donne aussi énormément d’informations sur l’écosystème mauricien avant l’arrivée des premiers habitants sur l’île. Presque toute la faune a disparu avec l’arrivée des premiers habitants au 16e siècle et les forêts ont été irréversiblement détruites. Grâce à cette découverte, les chercheurs comprennent mieux les phénomènes d’extinction naturelle et celle provoquée par l’homme. « Les futurs travaux de recherche seront axés sur l’étude des pollens, ce qui nous permettra d’identifier les plantes qui entouraient le lac. Les tests ADN et au carbone 14 détermineront les changements génétiques de la faune au fil du temps, ainsi que la relation avec d’autres espèces. Une fois ces informations obtenues, l’on pourra peut-être tenter de reboiser cette région comme avant pour essayer de recréer l’île Maurice d’avant : le monde perdu du dodo. »

Affaire à suivre.

Desjardins a vu juste !

Plus de 600 ossements et plusieurs graines et plantes très bien conservées ont été découverts sur le site de Mare-La-Chaux sur la propriété sucrière Constance la Gaieté, propriétaire de ces terres. « Nous avons suivi la piste de M. Desjardins, propriétaire de ces terres à l’époque, et qui écrivait en 1832 dans le rapport annuel de la Société d’histoire naturelle de l’île Maurice qu’il existait un marais où l’on n’avait qu’à plonger la main dans l’eau pour y trouver des os d’animaux éteints », expliquait alors Owen Griffiths, dans nos colonnes il y a près de six mois de cela.

Avec l’aide du National Heritage Fund, une équipe de chercheurs locaux et internationaux décide d’entreprendre les premières fouilles sur le site en 2015. « Quelques chercheurs avaient retrouvé de petits ossements qui étaient remontés à la surface de ce petit marais qui s’est maintenant asséché. Ils ont ensuite décidé de faire la demande pour des fouilles approfondies, et après avoir eu toutes les autorisations nécessaires auprès de la NHF et du propriétaire, les premières fouilles ont pu être effectuées », explique la Manager de la Technical Section de la NHF, Jayshree Mungur-Medhi.

Demande faite et équipe réunie, Julia Heinen, du Centre for Macroecology evolution and climate in Denmark, Delphine Angst, paléontologue française, Erik De Boer, paléo-ecologiste du Spanish International Research Council de Barcelone, ainsi que plusieurs autres spécialistes dans le domaine, finissent par obtenir carte blanche pour les premiers exercices de fouilles.Mare-aux-Songes, le berceau du premier dodo détrôné

Le berceau du premier dodo retrouvé se trouve dans le Sud-Est de l’île, à Mare-aux-Songes. En effet, comme le rapportait Le Mauricien durant la semaine, depuis 2005 des fouilles y sont effectuées pour tenter d’extraire et d’analyser les ossements vieux de 4 200 ans. Lors de la campagne d’extraction de 2010, près d’un demi-million d’ossements d’animaux ont été retrouvés à un mètre en dessous du niveau de la terre.
Cet assemblage de fossiles est dominé par les deux espèces géantes susmentionnées, par le Dodo raphus cucullatus et 20 autres espèces de vertébrés. Au total, le site compte les ossements de 500 000 vertébrés morts à la même période il y a 4 000 ans, durant la période géologique de l’Holocène. L’hydrologie de la région suggère que les dodos, comme beaucoup d’autres espèces, ont probablement été attirés à Mare-aux-Songes par la présence d’eau douce pendant les périodes de sécheresse. Cette diminution massive d’espèces serait, d’après les scientifiques, le résultat d’une sécheresse extrême.