D’habitude plutôt calme, le Subramania Bharati Eye Hospital (à Moka) est secoué par quatre cas de perte de l’usage d’un oeil dans le sillage d’une injection à  l’Avastin le 22 mai dernier. Deux des quatre personnes  concernées affirment qu’ils recevaient pour la première fois ce jour-là un traitement à l’hôpital des yeux. Le Comité d’enquête, nommé par le ministère de la Santé pour faire la lumière sur les circonstances ayant aggravé la vision de ces patients, a débuté ses travaux avant-hier alors que les quatre malchanceux, soutenus par leurs proches, s’apprêtent à loger une plainte en Cour contre l’État mauricien. Les quatre patients ont-ils reçu la dose appropriée, la bouteille d’Avastin en contenant plusieurs ? Y a-t-il eu risque de contamination des gouttes oculaires administrées aux patients en préparation à l’injection, compte tenu du fait que ce traitement avait été prodigué dans un espace ouvert et juste à côté de travaux de  construction polluants ? Ce ne sont là que deux des nombreuses interrogations entendues ces jours-ci.
À l’heure actuelle, au moins une trentaine de malades sont soignés avec une injection d’Avastin chaque jour à l’hôpital des yeux. Ram Krishna Appadoo, Silvestre Antonio, Ravinduth Kasee et Ranjit Jowohir   faisaient partie des 32 patients ayant un reçu ce traitement le jeudi 22 mai, mais qui ne voient plus d’un oeil depuis cette date. Ils se souviennent qu’ils étaient les derniers sur la liste des patients ce jour-là à entrer dans le Minor Operation Theatre pour cette injection intravitréenne. « Je me rappelle très bien que nous étions encore à attendre dehors à 11h et qu’il ne restait que très peu de personnes », raconte l’un d’eux. Selon le protocole, on prévoit trois injections pour chaque patient, lesquelles sont administrées à des dates bien spécifiques. C’était la première piqûre pour Ravinduth Kasee et pour Ranjit Jowahir, tandis que c’était la deuxième pour Silvestre Antonio et la troisième déjà pour Ram Krishna Appadoo.
Tous quatre se sont sentis très mal immédiatement après cette injection à l’Avastin, mais croyaient que les douleurs ressenties dans l’oeil, alors qu’ils se trouvaient encore à l’hôpital, n’étaient que passagères, les poussant à rentrer chez eux. Mais après 24 heures, les douleurs ne s’étaient guère apaisées tandis que l’intérieur de leur oeil traité devenait rouge et que leur vision diminuait rapidement. C’était la panique dans les quatre familles concernées, qui ont alors téléphoné à leur médecin traitant, ceux-ci leur recommandant de se rendre au plus vite à l’hôpital des yeux. Les médecins ont alors constaté de sévères complications, estimant que leur oeil était « très abîmé », ce qui nécessiterait des opérations. Ils sont restés trois semaines à l’hôpital, mais en dépit de soins intensifs, les quatre malades n’ont pas retrouvé leur vision. Le ministère a donc recommandé leur départ pour le Sankara Nithralaya Hospital, à Chennai, en Inde, pour tenter de sauver leur oeil. Mais à leur tour, les médecins indiens n’ont pu que constater que les dégâts étaient hélas irréversibles.
Ces quatre personnes ayant perdu l’usage de leur oeil sont rentrées au pays depuis début juillet et sont habitées d’un sentiment d’amertume très profond et de  révolte contre l’hôpital de Moka. Leurs témoignages bouleversent et créent la consternation dans le public.  La triste histoire de ces quatre pères de famille s’ajoute-t-elle à la longue liste des cas de négligences médicales alléguées ?  
En attendant les conclusions du comité d’enquête,, qui a commencé ses travaux durant la semaine écoulée,  les quatre patients font part au Mauricien de certains faits s’agissant du déroulement du traitement à l’hôpital des yeux ce fameux 22 mai dernier. Ils racontent ainsi que l’endroit où les infirmiers ont administré les gouttes oculaires à la trentaine de patients ce jour-là était « un environnement polluant », du fait des travaux de construction aux alentours. Ils en ont parlé, avec force détails, aux cadres du ministère de la Santé lors d’une réunion à laquelle ils avaient été convoqués mercredi dernier. « Nou ti dan enn lavarang me nou pa ti proteze ditou. Soley ti for sa zour-la e ti ena bokou tapaz akos enn masin ki ti pe kass ros. Sa masin-la ti pe larg lafime ek ti ena boukou la pousier ti pose partou. Loder mazout ti tre for e nou ti oblize respir sa pendan lontan », racontent ces quatre patients. Ils ajoutent que les infirmiers faisaient le va-et-vient pour leur administrer les gouttes dans cet espace ouvert et qui, à leur avis, n’était guère sécurisé ce jour-là pour prodiguer de tels soins, qui plus est touchant un organe aussi sensible et délicat que l’oeil.
Dans le milieu de l’hôpital, des infirmiers soutiennent que le traitement se déroule dans les « conditions propices » et essaient, eux aussi, de trouver des explications au problème regrettable survenu dans le cas de ces quatre patients. « Chaque jour, la session d’injections est effectuée par un spécialiste en ophtalmologie, lequel est assisté de plusieurs infirmiers », dit un membre du personnel infirmier.  On souligne par ailleurs que la bouteille de ce médicament pour l’injection contient une trentaine de doses. « Il n’y a pas de doses personnalisées en fonction de chaque cas. Il s’agit de doses standards », affirment des infirmiers. Dès lors, y aurait-il eu un risque que la solution soit plus concentrée à la fin de la bouteille. « Chaque injection est faite avec beaucoup de rigueur et selon un protocole précis », répondent nos interlocuteurs. Mais selon quelques infirmiers, durant les premiers mois suivant l’introduction de ce traitement, en 2008, il y avait des ampoules pour les doses individuelles.
L’injection à l’Avastin, qui est une opération assez rapide, se fait dans un Minor Operation Theatre, qui est doté de tous les équipements médicaux nécessaires. Toutefois, certaines personnes habituées aux rouages de ce traitement concèdent qu’il y a un gros manque de rigueur s’agissant de l’accès à cette salle médicale spécialisée. « Ce n’est pas une “restricted area” et des personnes y entrent sans équipements de protection », confie un membre. En tout cas, les quatre malades qui se sont rendus  au Sankara Nithralaya Hospital à Chennai en juin dernier ont pu mesurer la différence. « Les salles pour les différents types de traitement des yeux dans cet hôpital sont bien sécurisées. Ils sont bien stricts. Ou tir soulie avan rant dan enn lasal. Isi pe met gout ou lizie dan la varang deor alor ki laba se dan enn lasal climatize ek ki bien proteze ki sa tretman la deroule », racontent ces personnes.