Les habitants d’en face, à la NHDC de Baie-du-Tombeau, avaient assisté impuissants au sinistre de mercredi dernier. Des vidéos de l’incendie ont été filmées à partir des appartements et postées sur les réseaux sociaux
  • 12 unités de logement calcinées, 24 autres endommagées, une centaine de personnes réparties dans trois centres communautaires
  • Des maisons partiellement touchées ciblées par des voleurs

Un an à peine après leur relogement dans des unités en bois et tôle, annexées les unes aux autres et alignées en rangée, les familles des longères temporaires à Baie-du-Tombeau ont connu un grave incendie dans la matinée de mercredi et dont les conséquences auraient pu être dramatiques. Étant donné la disposition des logements, ce malheur était hélas prévisible (voir plus loin) ! En attendant les réparations et la construction des unités, une centaine d’adultes et d’enfants ont été dirigés vers des centres communautaires. Mais là-bas, ces derniers ne dorment pas l’esprit tranquille. Les maisons qui n’ont pas été ravagées sont en revanche pillées par des malfrats.

Les victimes de l’incendie de mercredi dernier connaissent bien les centres de refuge pour y avoir séjourné régulièrement pendant le passage des cyclones. C’était au temps où elles habitaient encore les longères “tôles et blancs” respectivement de Baie-du-Tombeau. Mais quand ces familles ont été relogées dans des longères temporaires de la National Housing Development Company, elles ne s’attendaient pas à se retrouver de nouveau en situation de sinistrées. L’incendie qui a ravagé leurs maisons pour certaines — tandis que d’autres logements ont été partiellement touchés — les a contraintes à redevenir des réfugiées.
Comme si le mauvais sort s’était à nouveau abattu sur ces familles, lesquelles n’ont jamais connu le confort d’un logement sécurisé et décent. Un amas de cendres, de poutres calcinées, des restes d’électroménager, de manuels scolaires brûlés: voilà ce qui reste des douze maisons des longères temporaires après l’incendie de mercredi dernier. « Si seulement nos maisons étaient séparées, il n’y aurait pas eu autant de dégâts. On nous a mis dans des logements alignés koumadir nou dan metro express ! » scandent des victimes rencontrées.

Il est environ 8h30. Les voisins de M. C aperçoivent une flamme sortant de sa maison, laquelle est cadenassée. « Je dormais. Ce jour-là je ne me suis pas rendue au travail. La plupart de mes enfants étaient là », raconte Joanne Babastro, 35 ans. Rencontrée au centre communautaire de St-Malo à Baie-du-Tombeau, la jeune grand-mère de deux petits-enfants raconte encore qu’elle a été alertée par des cris à l’extérieur. Au même moment, une autre victime de l’incendie explique qu’elle faisait la lessive quand elle a vu une épaisse fumée noire en provenance de la maison d’où l’incendie a éclaté. « J’ai appelé mon neveu pour qu’il téléphone aux pompiers », dit-elle.

À cette heure, M. C, l’occupante de la maison où le feu a démarré, n’est pas là. « Moi aussi je n’étais pas à la maison, j’étais déjà au travail », confie une sinistrée, cleaner. C’est en quatrième vitesse, dit-elle, qu’elle est rentrée chez elle. Sur place, c’est la panique. Les maisons qui sont déjà en proie aux flammes sont situées entre deux autres rangées de logements qui eux aussi risquent de s’embraser si le feu n’est pas rapidement circonscrit. « Nou pe pran tou seki nou kapav pou zet inpe delo lor dife-la », explique une jeune femme. Les extincteurs que chaque famille avait reçus au moment de leur installation il y a un an n’ont malheureusement pas été d’une grande aide.
« Dibwa-la brile koumadir zalimet »

Incapables de sortir de leur maison, Joanne Babastro et ses enfants sont aidés par des pompiers qui ont été obligés d’enfoncer la porte de leurs toilettes. « À l’extérieur, il y avait une fumée épaisse, je ne voyais rien. Pa ti pe kapav respire di tou », dit-elle. D’ailleurs, un de ses petits-enfants a été hospitalisé le même jour. « Pour éviter que le feu n’embrase les habitations les plus proches, les pompiers ont dû enfoncer d’autres portes », racontent des habitants des logements temporaires. Comme Joanne Babastro, tous ceux dont les maisons (une vingtaine) commençaient à être touchées par l’incendie ont sauvé le maximum d’effets personnels.

Entre-temps, la maison de M. C. et onze autres sont complètement ravagées. Plusieurs habitants des longères temporaires pointent du doigt le type de bois utilisé pour la construction des maisons. «Ce bois, qu’on appelle 3D, est connu pour être hautement inflammable. Kouma dife inn pran, dibwa la bril vit koumadir zalimet », racontent ces derniers.

Et de se demander : « Est-ce que cet incendie serait d’origine criminelle ? »
Malgré l’absence d’électricité dans leur maison, l’odeur irrespirable, des familles quittent les centres pour y passer la nuit. « Nous n’avons pas le choix, nous devons protéger nos affaires qui sont toujours là-bas », confient-elles. Si le jour même de l’incendie certaines victimes ont été cambriolées, les malfrats, disent-elles, n’hésiteront pas à récidiver en leur absence. En effet, d’aucuns ont assisté impuissants à des scènes de pillage. « Ena dimounn fer swa dizan pe donn koud-me tir zafer dan lakaz, ler gete zot pe kokin ! » raconte un témoin. « En allant aider un proche pour extirper ses effets, des jeunes se sont enfuis avec l’argent qu’ils ont trouvé dans mes affaires », explique une jeune mère de famille.

Rs 8688 pour chaque membre des familles victimes

Depuis mercredi dernier, les aides en nourriture et matériel arrivent de toutes parts pour soutenir les victimes dont les maisons ont été entièrement ravagées ou partiellement touchées par l’incendie, mais depuis inhabitables. Une centaine de personnes, adultes et enfants, ont trouvé refuge au centre communautaire de Riche Terre et ceux de Baie-du-Tombeau respectivement. Les travaux de réparation ont déjà démarré pour que d’ici une semaine les familles qui n’ont pas perdu leurs maisons mais qui ne peuvent pas y habiter puissent retrouver leur toit. Pour ce qui est des maisons incendiées, la construction de nouvelles unités devrait durer environ un mois. Du côté des autorités, le ministère de la Sécurité sociale n’a pas tardé à décaisser les aides financières à l’intention des victimes. Ainsi, chaque membre des familles victimes a perçu Rs 8 688 et un Ressetlement Allowance de Rs 4 259 au chef de famille.