Le négociateur de la Sugar Industry Labourers Union et l’Union of Artisans of the Sugar Industry (SILU-UASI), Devanand Ramjuttun, estime que les 4 500 laboureurs et artisans qui travaillent encore dans l’industrie cannière méritent des meilleurs salaires. « Il faut reconnaître leur contribution dans ce secteur, d’autant plus qu’ils sont performants. Ils produisent le même volume de sucre que dans le passé lorsque l’industrie employait dix fois plus de travailleurs », dit-il.
Devanand Ramjuttun estime que s’il existe un travail décent, il faut aussi un salaire et des conditions de travail décents. « Je ne vois pas un salaire de moins de Rs 20 000 par mois dans cette industrie cannière », lance-t-il, avant de faire l’historique du plan de retraite volontaire (VRS) en 2001, « vu d’un oeil syndical ». Cette fédération syndicale, selon lui, était contre le VRS « parce qu’il n’allait pas faire le bonheur des travailleurs, surtout des laboureurs ». Il avait prévu une « crise sociale », un bouleversement dans la vie de ces travailleurs et de leurs familles car ils allaient perdre leurs emplois. « Lapey ki ti garanti tou le mwa, ti nepli pou la », souligne notre interlocuteur.
Le syndicaliste affirme que le package offert sous le VRS — une compensation financière et un terrain d’une superficie de sept perches — n’a pas apporté le bonheur dans ces familles. « Il faut savoir que nombreux sont les retraités dans cette industrie à n’avoir obtenu leurs terrains qu’après une longue attente de plus de cinq ans. D’autres attendent toujours. Entre-temps, la compensation obtenue est épuisée », fait-il ressortir. Selon lui, certains de ces retraités sont tombés dans l’alcoolisme, d’autres sont au chômage et d’autres encore qui sont retournés dans cette industrie en tant que travailleurs saisonniers sont exploités. « Ils travaillent pour environ 25 % de moins des salaires qu’ils touchaient auparavant, sans oublier qu’ils n’obtiennent pas de sick leave ni de local leave, comme c’était le cas auparavant ».
Parlant du VRS II initié en 2007, Devanand Ramjuttun estime que c’est le patronat qui est sorti gagnant de cet exercice « car il a économisé pas mal d’argent avec la réduction du nombre de travailleurs sous le VRS, tout en obtenant un gros financement de l’Union européenne pour réformer cette industrie ».
Pour lui, cette industrie ne mourra pas car on a réduit le nombre de travailleurs de 46 000 en 1985 à 4 500 en 2015, ainsi que le nombre d’usines de 21 à 4. De plus, on produit le même volume de sucre, soit environ 450 000 tonnes annuellement. « Ce n’est plus une industrie sucrière mais cannière maintenant. On produit aussi de l’électricité, de l’éthanol et autres », rappelle Devanand Ramjuttun.