Un des facteurs ayant probablement contribué à la psychose générale avec les pluies diluviennes de la nuit de mardi et de la matinée de mercredi a été la montée de l’eau sur l’esplanade du Port-Louis Waterfront. De mémoire des habitués de ce tronçon névralgique de la capitale et aussi de l’axe routier reliant le Nord au Sud de l’île, ce qui a été constaté à partir de 8 heures le mercredi 13 février en termes d’accumulation d’eau sur la Nationale, du Ruisseau du Pouce jusqu’au front de mer en englobant une partie de l’avenue John Kennedy entre la Rogers House et le Paille-en-Queue Court, demeure aussi exceptionnel qu’inhabituel. Les répercussions en cascade sur le flux du trafic routier expliqueraient en partie la psychose qui s’était emparée du pays, allant jusqu’à pousser les autorités à aller à l’extrême de décréter un Closing Down des activités pour la journée. Certes, cette décision était également basée sur des prévisions alarmistes de la station Météo au sujet d’une éventuelle nette détérioration du temps en cours de journée.
En fin de semaine, des experts en infrastructure routière ont avancé la sempiternelle théorie d’absence cruelle de drains pour l’évacuation des eaux de pluie dans des zones résidentielles, ou encore celle des drains naturels bouchés avec des empiétements urbains, et également des conjectures sur les changements climatiques. Néanmoins, ces savantes théories ne tiennent pas la route pour expliquer ou justifier le phénomène qui a surgi sur le front de mer avec le policier, habituellement affecté à ce point sensible de l’entrée de Port-Louis, appelé à régler le trafic routier avec de l’eau à la hauteur de ses genoux, littéralement dans une vaste piscine improvisée.
Même si jusqu’ici, les autorités ont fait, semble-t-il, l’impasse sur les véritables causes de ces débordements, avec des embouteillages monstres sur la Nationale pendant toute cette matinée de mercredi. Les explications, ou tout au moins une partie, mettraient en cause les travaux de construction de la troisième voie sur la Nationale entre l’auto-pont du Caudan et le Port-Louis Waterfront en traversant le Ruisseau du Pouce à l’arrière de la Rogers House. C’est ce qu’indiquent des usagers de la route traversant régulièrement cette partie de la capitale.
Une simple visite effectuée sur les lieux des crues, hier après-midi, confirment que ces travaux de construction le long de l’autoroute sont à la base du psychodrame qu’a connu le pays mercredi matin. En effet, pour faciliter les travaux de l’élargissement du pont enjambant le Ruisseau du Pouce, les contracteurs ont mis à exécution la « lumineuse idée » de combler le lit de ce ruisseau, qui charrie l’eau de la montagne du Pouce jusqu’à la mer depuis l’aménagement de Port-Louis avec l’arrivée des colons français.
Les responsables de chantier ont pris le soin de ne faire installer que quatre faible conduits en béton pour faire évacuer l’eau (voir photo plus loin) après avoir bloqué tout le passage avec des monticules de gravats et de terre. En temps normal, aucun problème ne serait survenu, vu que le débit d’eau n’est nullement conséquent, surtout à la sortie d’une période de longue sécheresse. Néanmoins, ce qui devait arriver arriva dans la nuit de mardi à mercredi avec l’arrivée des premières pluies diluviennes.
Les quatre passages temporaires installés sous le pont ne furent d’aucune utilité face à la furie des eaux pendant la nuit. Dans un premier temps, le niveau d’eau dans le ruisseau s’est mis à monter en inondant les environs avant de déborder sur le tablier de l’autoroute pour descendre rapidement en direction du front de mer en raison de la topographie. L’eau ainsi bloquée devait également être refoulée sur son cours pour transformer l’avenue John Kennedy en véritable rivière temporaire.
Peu après 8 heures, ce mercredi matin, le front de mer était devenu impraticable pour les véhicules et les piétons. Seuls les plus hardis osaient s’y aventurer. Et ce n’est pas la Private Parliamentary Secretary et élue de Piton/Rivière-du-Rempart, Prateebah Bholah, qui dira le contraire. Cette PPS se trouvait au volant de la Jaguar XF immatriculée 164 RM 08 quand cette grosse cylindrée est tombée en panne alors qu’elle tentait de se frayer un passage dans cette immense flaque d’eau à la hauteur du Harbour Front Building en se dirigeant vers le Nord.
La PPS Bholah eut juste le temps d’alerter le Transport Guard Room des Casernes centrales de ses problèmes, et quand les secours étaient arrivés sur place moins d’un quart d’heure après, la conductrice avait déjà abandonné la Jaguar sinistrée sur place. Elle avait quitté les lieux dans une autre voiture. Le policier officiellement affecté au service de la PPS devait faire comprendre qu’il ne se trouvait pas au volant de la Jaguar car il était resté à Bralow sur les instructions de la PPS.
Une opération de remorquage de la voiture a dû être entreprise car, le système électrique de la Jaguar ayant été abîmé par l’eau, les roues étaient automatiquement bloquées. De l’eau avait également pénétré à l’intérieur. Un constat général de la voiture a été fait par des consultants d’Axess Ltd, alors qu’une voiture de rechange, une BMW 525 D immatriculée 59 RM 08, a été mise à la disposition de la PPS suite à un appel téléphonique de son époux à la police à la mi-journée.
Entre-temps, avec ce tronçon de la Nationale envahie par l’eau, le trafic fut grandement handicapé, se développant en un véritable embouteillage à l’entrée et à la sortie de Port-Louis et créant une panique parmi ceux qui se rendaient à leur travail malgré le temps des plus incléments.
À ce stade, très peu d’indications sont disponibles quant à l’ouverture d’une enquête au ministère des Infrastructures publiques sur la source de ce débordement majeur causé par les travaux de construction de la troisième voie sur l’autoroute, ou encore en vue de déterminer si des mesures correctives ont été prises pour déblayer le lit du ruisseau du Pouce à quelques encablures de l’estuaire.
Des explications sont également attendues des Top Consultants du vice-Premier ministre et ministre des Infrastructures publiques, Anil Baichoo, quant à la décision d’obstruer ce cours d’eau sur toute sa largeur, même pour les besoins des travaux. Une répétition du mercredi 13 février n’est pas à écarter, avec la saison des grosses pluies à peine entamée, et il y a urgence pour les autorités à exiger le déblaiement du Ruisseau du Pouce…