Avec les minima qui ont été rehaussés et le système de ranking en place, les chances de qualification pour Jonathan Drack (Au centre) sont minimes
  • Tâche compliquée avec le système de ranking et des minima relevés qu’impose désormais la fédération internationale
  • Le président de l’AMA, Vivian Gungaram, accorde une petite chance au marcheur Jérôme Caprice et au sprinteur Orwin Emilien

Participer aux Jeux olympiques est le rêve de tout athlète de haut niveau. Malheureusement pour beaucoup de licenciés, en athlétisme, plus particulièrement ceux issus des petits pays, dont fait partie Maurice, cet objectif semble être désormais inaccessible. La faute aux nouvelles mesures très contestées de l’International Association of Athletics Federations (IAAF) par rapport au système de ranking et aux minima revus à la hausse.

L’athlétisme mauricien pourrait ne pas avoir de qualifiés, aux Jeux olympiques de l’année prochaine à Tokyo, contrairement à 2016 où Jonathan Drack avait validé sa qualification en réalisant les minima au triple saut, avec une année d’avance. À l’époque, il fallait réaliser 16m90 pour valider sa place. Mieux, le sauteur avait même battu le record national en réalisant 16m96 en France, un record qu’il détient toujours.

Désormais, les règles ne sont plus les mêmes. C’est le classement mondial qui est d’abord considéré et ce, par rapport à une liste comprenant un certain nombre d’athlètes pour chaque épreuve. «Pas plus de trois athlètes sont retenus par pays et lorsque le chiffre de départ n’est pas atteint, la fédération internationale se base alors sur les minima pour compléter sa sélection», explique Vivian Gungaram, président de l’AMA.
Minima: 24 cm de plus au triple saut !

Et c’est justement là que tout se complique. Déjà, faire partie des 50, voire 60 meilleurs mondiaux, n’est pas réalisable pour le moment. Avec la décision de l’IAAF de revoir ses minima à la hausse, la tâche des Mauriciens est devenue pratiquement irréalisable. À commencer par Jonathan Drack, basé à Toulouse en France. Même si son entraîneur Rémy Magro a fait part de son optimiste à la fédération, il est un fait que les minima sont passés de 16m90 à 17m14 ! Une barre jamais franchie pour le Mauricien, sauf aux 9es Jeux des Iles de l’Océan Indien de 2015 à La Réunion où il avait sauté à 17m05. Performance qui n’avait cependant pas été homologuée en raison d’un vent trop favorable.

L’écart est donc conséquent pour les pays n’ayant pas les mêmes facilités d’entraînement et de compétitions contrairement aux grandes nations d’athlétisme mondial. Idem pour les autres épreuves et concours. À titre d’exemple, le Mauricien David Carver devait descendre sous les 2h19 pour se qualifier pour le marathon des JO de 2016, alors que pour les JO de Tokyo, un marathonien aura à descendre sous les 2h11.30, pour valider sa participation. Soit 7 minutes 30 de moins !

Au 100m, 10:05 sont nécessaires pour passer et là également, s’il reste bien évidemment de la place après un écrémage au classement mondial. C’est dire à quel point, il est devenu pratiquement impossible pour un Mauricien, valeur du jour, d’aller chercher une qualification. «Pour espérer bien figurer, nos meilleurs sprinteurs, que sont Jonathan Bardottier et Jean-Yan Degrace, auraient dû descendre sous les 10:20 avant la fin de l’année, pour espérer enchaîner sur un 10:05, l’année prochaine. Ce qui n’est pas le cas, étant encore à 10:37 sur leurs dernières performances», explique Vivian Gungaram.
Jérôme Caprice 76e mondial

Le président de l’AMA est toutefois d’avis que Jérôme Caprice peut avoir une petite chance de passer, étant actuellement classé 76e mondial, au 50 km marche. Ce dernier avait battu son record national (25 mars 2019) en République Tchèque, avec un chrono de 4h16.51 et selon Vivian Gungaram, il peut toujours aspirer à quelque chose de positif avec une préparation encore plus poussée. Les minima sur la distance est de 3h50.00.

Quant à Orwin Emilien, actuellement aux Etats Unis, dans l’Oregon, il tourne dans les 45 secondes au 400m, alors que les minima sont à 44.90. «Orwin est un garçon qui possède beaucoup de qualités. Il faudra maintenant savoir quelles sont les facilités de préparation dont il dispose. Il faudra aussi qu’il fasse preuve de beaucoup de sérieux et si tel est le cas, je suis d’avis qu’il peut descendre à 44:90», fait remarquer Vivian Gungaram.

Rappelons qu’hormis Jonathan Drack aux JO de 2016, l’AMA était aussi représentée par Aurélie Alcindor. Cette dernière avait bénéficié d’une invitation et avait participé au 200m. Là également, les règles ont changé. L’IAAF qui privilégiait une représentativité équitable, en offrant deux invitations (un homme et une femme) aux pays non qualifiés, a décidé de n’en offrir qu’une place seulement par pays !

Récents Mondiaux de Doha : Invité tardivement, Emilien décline

Le système de ranking a forcément ses inconvénients explique Vivian Gungaram. À titre d’exemple, l’AMA a reçu une invitation pour Orwin Emilien pour participer aux récents championnats du monde de Doha…à deux jours seulement du début de la compétition. « Ce n’était pas évident de le faire participer et ce, pour plusieurs raisons. On ne savait pas s’il était d’abord en condition et qui plus est, il y avait des démarches administratives à faire. Ce qui n’était pas faisable en deux jours seulement et nous n’avons pu honorer cette invitation », explique-t-il.

Compétitions haut de gamme : L’avenir des petits pays menacé

La grogne des petits pays n’aura finalement pas suffi pour que l’IAAF change d’avis. Il faudra désormais se plier à cette décision de la fédération internationale de « labelliser » ses compétitions, voire les rendre haut de gamme. Une tendance enclenchée depuis deux ans que les petits pays peinent toujours à suivre. Face à la demande des sponsors surtout, une histoire de gros sous, l’IAAF a cédé sous la pression. Désormais, c’est l’avenir même de ces pays et de leurs athlètes qui sont menacés.

Vivian Gungaram est de ceux qui sont d’avis que ces mesures vont affaiblir les petits pays, pour ne pas dire « tuer » l’athlétisme sur une partie du globe. Il concède que l’IAAF a cédé à la pression des sponsors et ce, dans un souci de refaire son image après les scandales Lamine Diack (ancien président de l’IAAF) et de dopage qui a vu la suspension de la Russie et autres Kenya et Ethiopie qui sont eux toujours menacés. « De plus, les sponsors et le public ne veulent plus de ces longues soirées de trois heures. D’où la décision de l’IAAF de réduire à 90 minutes, voire deux heures maximum. En ce faisant, la fédération s’est orientée vers une compétition basée sur le ranking et les minima très élevés, privilégiant ainsi la qualité et non la quantité », fait-il ressortir.

Conséquemment, il y a les droits télés et les grosses sommes d’argent qui sont générées autour des compétitions de haut niveau. « Malheureusement, ce sont les petits pays qui paient les pots cassés et ça, c’est vraiment dommage et inquiétant pour ceux qui n’ont pas les moyens », explique-t-il. En effet, ces pays n’ont pas de facilités d’entraînements et l’opportunité de participer régulièrement aux compétitions de haut niveau. De ce fait, ils vont être naturellement pénalisés. « C’est le cas de Maurice où nous participons à un ou deux grands meetings sur une année, à l’exception de la période de préparation, en vue des JIOI. Or, pour avoir le niveau mondial, il faut être régulièrement engagé dans des compétitions sur toute l’année », fait-il remarquer.

C’est la raison pour laquelle le président de l’AMA est d’avis que le gouvernement devrait investir plus de ce côté là. « Stephan Buckland et autres Eric Milazar s’entraînait dans des grands centres de haut niveau à l’étranger. Ils ne travaillaient pas et pouvaient se consacrer uniquement à leur préparation. Ils étaient donc très performants. Ce qui n’est plus le cas de nos jours pour nos athlètes de haut niveau qui doivent travailler, puis s’entraîner. La situation n’est donc pas comparable», conclut-il.