Ce dimanche 26 juin, le monde a observé la Journée internationale de la Lutte contre l’abus des drogues et le trafic de stupéfiants. À Maurice, depuis la semaine dernière, plusieurs travailleurs sociaux sont montés au créneau, certains ayant tiré la sonnette d’alarme sur « le rajeunissement des consommateurs de drogues dures », la problématique des Nouvelles drogues synthétiques (NDS) ainsi que « l’usage par les trafiquants des enfants pour transiter et stocker des cargos ». Entre-temps, estiment d’autres, « la situation ne s’améliore guère, surtout avec la suppression du traitement à la méthadone pour les nouveaux patients ».
« Plus de 4 600 anciens toxicomanes ont pu bénéficier du traitement de substitution à base de méthadone depuis novembre 2006. » En revanche, depuis l’arrêt de ce traitement à la mi-2015, et avec l’avènement du nouveau traitement de désintoxication avec le Suboxone et le Naltrexone depuis janvier dernier, « les toxicomanes actifs ne savent plus vers qui se tourner ». Ils sont cinq centres – à savoir le Centre Idrice Goomany (CIG), le Help De-Addiction Centre, le Sewa Sadan Centre, le Centre de Solidarité pour une Nouvelle Vie (CDS) et le centre La Chrysalide, destiné spécifiquement aux femmes victimes de drogues – à proposer, en matière de traitement, la codéine phosphate aux toxicomanes, dépendants des opiacés. Cependant, les animateurs de certains de ces centres notent : « La codéine phosphate est prescrite comme un “palliatif”, pour des dépendances “mild”… Pour des toxicomanes ayant des parcours de dizaines d’années de dépendances au Brown Sugar, ces comprimés peuvent à peine gommer leurs souffrances, hélas ! »
« Le “décalage” de plusieurs mois, entre l’arrêt de la Methadone Substitution Therapy, en mai/juin 2015, et le démarrage, en janvier 2016, de la désintoxication médicale, par moyen du Suboxone et de Naltrexone, expliquent encore ces travailleurs sociaux, a beaucoup contribué à envenimer les choses. Notamment, et comme c’était un peu prévu, que bon nombre de malades, ne pouvant bénéficier d’une médication alors qu’ils voulaient arrêter de se droguer, ont été contraints de continuer à le faire… Par manque d’options. »
Nos interlocuteurs brandissent le fait que la pathologie de la toxicomanie comporte cet aspect d’urgence qu’a le malade. « Si on ne répond pas rapidement à sa volonté de s’en sortir, et s’il n’a pas une médication adéquate qui l’aide, physiquement et psychologiquement, à combattre le “yen”, le “craving”, et donc ce sentiment de manque dans son corps et dans sa tête, il replonge. »
S’ils préfèrent ne pas avancer de chiffre précis, « puisqu’aucune étude n’a été réalisée de manière scientifique », ces travailleurs sociaux estiment le nombre d’usagers de drogues injectables (UDI) actuels à « certainement moins de 10 000, mais plus de 7 000 », avant de préciser : « Avec les jeunes qui se sont mis aux drogues injectables, on peut avancer que la communauté des toxicomanes mauriciens tourne pour l’heure autour de 8 000. »
Quelque 8 000 injecteurs de drogues, consommateurs de Brown Sugar, dérivé de l’héroïne (voir plus loin), essentiellement, qui « sont évidemment actifs au quotidien ». La problématique s’est surtout corsée, selon nos interlocuteurs, avec la suppression totale de la méthadone. « Si l’État avait continué à offrir cette alternative, avec le traitement de Suboxone et de Naltrexone, cela aurait aidé à amortir la situation. »
Au lieu de cela, continuent-ils, « en choisissant d’une part de stopper la méthadone brutalement, alors qu’une foule de patients étaient sur des “waiting lists”, et de l’autre d’imposer après plusieurs mois une alternative, qui n’est pas accessible à tous pour plusieurs raisons, le ministre de la Santé n’a fait que compliquer la donne ». Certains travailleurs sociaux vont même jusqu’à évoquer « un “crime” » que commet le ministre. « Pourquoi, soudainement, il a enlevé aux malades leur droit au traitement ? Ce n’est pas compréhensible. »
Nos interlocuteurs font ressortir qu’il n’y a qu’un « nombre limité de patients qui sont admis à l’hôpital de Mahébourg, où le ministère de la Santé dispense la désintoxication » avec le Suboxone et le Naltrexone. « En plus, ce n’est pas la porte d’à-côté et la sélection, pour être admis, c’est une autre bataille. » De plus, relèvent ces encadreurs, « nous avons compris que, médicalement parlant, le Suboxone cause des inflammations du foie, et quand on sait que plus de 90 % des toxicomanes ont aussi l’hépatite C… ».