Encourager l’esprit d’initiative chez les jeunes, les responsabiliser et les inciter à l’excellence. Voilà quelques-unes des missions que se donne Junior Achievement Mascareignes, une Ong fondée aux Etats-Unis en 1919 et existant à Maurice depuis 2009. L’association a jusqu’ici travaillé avec quelque 60 000 jeunes (et moins jeunes) de 10 à 35 ans. Parmi ses axes principaux : la littératie financière et l’économie, l’employabilité et l’esprit d’entreprise. « Nos programmes visent à développer chez les jeunes le désir d’excellence, à ne pas se contenter de la médiocrité et de l’à-peu-près », indique Michèle Lionnet, la directrice.
« Nous voulons apporter chez le jeune cet esprit d’excellence, cette ambition de bien faire, cette confiance en soi. Souvent, quand un adolescent sort de l’école, on le voit avec ses écouteurs. Si vous lui demandez s’il a vu telle chose, il vous dira non. Il est dans sa bulle, pas dans la réalité. Nous, ce qu’on veut, c’est qu’il apprenne non pas à voir, mais à regarder, non pas à entendre, mais à écouter. Si vous ne savez pas écouter, vous allez rater des opportunités », explique Michèle Lionnet. Selon elle, Junior Achievement a été fondé aux Etats-Unis en 1919 dans un contexte de problème économique énorme. « Par la suite, après la Deuxième Guerre mondiale, il y a eu beaucoup d’immigrés réfugiés ne parlant pas la langue du pays et qui avaient des difficultés à trouver un emploi. Il a donc fallu les former. Au fur et à mesure, cette formation s’est étendue aux cinq continents. Dans certains pays, l’association touche les 5 à 35 ans. Chez nous, nous ciblons les 10-35 ans. »
L’Ong se donne pour but d’initier dès le plus jeune âge à la littératie financière en vue d’acquérir les connaissances et compétences nécessaires pour prendre des décisions financières responsables. En outre, « apporter ce petit quelque chose de plus qui fait que l’employeur se dira qu’il veut avoir cette personne », selon Michèle Lionnet. En effet, « beaucoup de jeunes ont des diplômes mais n’attirent pas les employeurs car ils manquent de “soft skills” ».
L’esprit d’entreprise est aussi mis en relief. « Mais pas dans le sens de former pour être des entrepreneurs uniquement. Mais davantage former des personnes qui auront compris que peu importe où elles se trouvent, dans un bureau ou dans une association, elles ont quelque chose à apporter. Par exemple, si quelqu’un constate que sur son lieu de travail il n’y a pas de plante et que chez lui, il en a, il peut demander à son patron s’il est d’accord qu’il en apporte. Il s’agit d’apporter des changements, d’innover. Ou encore si on a l’habitude de faire la lecture d’un livre en classe, on peut mettre en scène l’histoire à travers un sketch. C’est un “mindset” qu’il faut instruire depuis tout petit. »
Les divers programmes de Junior Achievement Mascareignes font appel à des jeux et à des interactions. L’Ong travaille avec tous les types de collèges et compte bientôt toucher aussi les établissements primaires. « On travaille avec quelque 69 collèges par an et beaucoup avec le MITD. Nous avons eu le plaisir d’avoir eu des étudiants de l’UTM pour du volontariat. On les a formés à nos programmes et ils vont à leur tour dans des établissements scolaires. Nous assurons la formation des formateurs. Nous formons des enseignants, des employés d’Ong et des volontaires. »
JA Mini Company
Pour Michèle Lionnet, il s’agit de faire ressortir aux jeunes qu’ils « ne doivent pas se contenter de la médiocrité ou de l’à-peu-près ». Elle ajoute : « Il ne faut pas se dire que s’il manque deux centimètres, ce n’est pas grave. Je dis toujours que s’il manque deux millimètres à un boulon d’un avion, il risque de s’écraser. Il faut leur donner confiance en eux. Il faut qu’ils aient cet esprit d’initiative. » Notre interlocutrice d’ajouter que « dès fois, vous recevez un CV et vous avez l’impression que le demandeur d’emploi a écrit sur ses genoux, car il y a des ratures ».
Le JA Mini Company constitue un des programmes annuels de l’Ong. Les jeunes de Lower VI se regroupent alors en équipes et sont appelés à mettre sur pied une entreprise informelle. « Il leur faut lever des fonds pour leur capital. Déjà, cela leur demande un effort pour aller voir le tonton, la tante et d’autres personnes pour de l’argent. Ensuite, ils apprennent aussi la démocratie car ils doivent voter pour élire un CEO, un production manager, etc. Nous leur donnons des techniques pour mettre sur pied un projet ou un produit et apprendre à les vendre. Par exemple, ils contactent un supermarché pour demander un petit espace les samedis pour vendre leurs produits. Nous, nous n’intervenons pas. On les laisse faire. Récemment, nous avons tenu une expo chez Kendra, où ils sont allés vendre leurs produits. Ils ont aussi eu à accomplir la partie “comptabilité” de l’activité », poursuit Michèle Lionnet. Des 14 « entreprises » participantes, cinq ont été retenues. Le 6 octobre, les participants sélectionnés disposeront de cinq minutes pour présenter, en anglais, leurs produits auprès d’un jury dont les membres sont issus du monde du business. L’équipe gagnante, qui comprendra quatre membres, participera à la compétition régionale à Johannesburg la première semaine de décembre. L’an dernier, c’est la SSS d’Ébène filles qui avait représenté Maurice en Afrique. Le collège était le “1st Runner Up”. « C’est une expérience exceptionnelle de rencontrer de jeunes Africains, qui sont très débrouillards. Ils n’ont pas les choses aussi facilement. Certains doivent marcher une heure ou deux pour se rendre à l’école. »
Un des premiers programmes de Youth Achievement Mascareignes s’intitulait “Notre Quartier”. À travers un poster, illustré par l’artiste POV, les jeunes ont été initiés à l’observation et à l’écoute. « Le poster montre un quartier où, semble-t-il, il fait bon vivre. Les gens sont occupés et sont de plusieurs ethnies et d’âges différents. Ce qu’on prêche ici, c’est la cohésion sociale. Sans stabilité sociale, le pays ne peut progresser. Il y a un dispensaire, une usine, un salon de coiffure, la poste, le bazar, une école, un cabinet médical, un hôtel. Il y a aussi des choses qui ne sont pas présentes volontairement. C’est pour demander aux jeunes ce qu’il manque à leur avis. Il manque par exemple une pharmacie, une garderie, une station-service, un restaurant, un dentiste. Ce sont donc autant de métiers qu’on pourrait envisager ici. Quelqu’un qui habite ici pourrait monter une petite entreprise, ouvrir une garderie… Cela les pousse à réfléchir à quel business ils pourraient monter s’ils ont un fonds. »
L’Ong a d’autre part en vue un programme qui, pour l’heure, en est encore au stade embryonnaire. Il touchera au “self knowledge”, “soft skills” et l’alphabétisation fonctionnelle, entre autres. « Nous visons 200 personnes pour ce programme. » Pour Michèle Lionnet, « c’est un travail à plein-temps qui comporte beaucoup de défis, mais qui rapporte aussi beaucoup de satisfactions ». Et de dire son souhait d’une collaboration plus étroite avec le ministère de l’Education « pour qu’on fasse appel davantage à ce qu’on a à offrir ».