La famille Emambokus, habitant Modern Vacoas, a vécu un véritable calvaire dans la matinée de vendredi avec la confirmation qu’Adeellah Emambokus, âgée de 29 ans et enceinte de huit mois, était une des passagères de l’autobus de la Corporation Nationale de Transport (CNT) qui avait fait plusieurs tonneaux au virage de Sorèze. Mais en début de soirée de ce même vendredi, la naissance par césarienne de Madiyam, un garçon pesant 3, 07 kilos, à la clinique Darné, constitue une véritable lueur d’espoir transcendant ces moments d’extrême angoisse.
Employée en tant que trésorière dans une compagnie privée de la capitale, Adeellah Emambokus se remet des vives émotions vécues à 9h15, vendredi sur la Nationale, alors que les médecins traitants de la clinique privée tentent de situer la cause des douleurs à ses hanches. Madhi Hosany, l’époux d’Adeellah Emambokus et père du nouveau-né, et le grand-père maternel, le caporal Ahmed Ackbarally Emambokus, âgé de 59 ans, ne peuvent parler que de « miracle » dans ce qu’a vécu la famille depuis vendredi matin.
En raison de son état de santé et de la dure épreuve psychologique, l’accès à Adeellah Emambokus à la clinique est réservé à ses proches. Malgré tout, elle a pu faire des confidences à ses proches. Elle ne rate jamais ce bus de la Blue Line pour se rendre à son travail chaque matin. Depuis l’annonce de cet accident de la route, ses proches, surtout son père, étaient sur le qui-vive. Et pour cause ! « Au moment du drame dans l’autobus, je suppose quand le chauffeur avait confirmé que les freins avaient lâché, ma fille m’a appelé sur son téléphone cellulaire pour m’en avertir. Mais elle n’avait pas eu le temps de me dire quoi que ce soit », confie le caporal Emambokus, envahi par des sentiments mitigés, entre la possibilité de visiter le nouveau-né de la famille en pleine santé et d’avoir une pensée avec ces familles endeuillées par ce dramatique accident de la route. « Mo nek inn tann enn tatapaz lor téléfone. Pa ti trop konpran ki finn arrivé. Apré mo finn tann enn bann lavoix ki ti pé dir : Tir li ! Tir li ! Enn madam enceinte sa ! », poursuit cet officier de police, qui suivait impuissant l’accident.
« Ma fille m’a raconté qu’au plus fort du drame, soit au moment où le bus allait commencer à faire des tonneaux sur l’autoroute, elle avait senti deux mains solides qui retenaient ses épaules, comme pour la maintenir en sécurité. Ce geste d’abnégation d’un des passagers envers ma fille est pour beaucoup dans tout ce qui est arrivé à ma fille et au nouveau-né », poursuit le grand-père, qui lance un appel à la personne qui a porté secours à sa fille dans le bus de se faire connaître à la famille.
Une fois qu’Adeellah Emambokus avait été extirpée de l’amas de ferraille qu’était devenu l’autobus de la CNT, elle fut prise en soin par un médecin volontaire, qui descendait vers Port-Louis à ce moment précis. Malgré les angoisses qui le tenaillaient, le père d’Adeellah Emambokus devait faire preuve de sang-froid en alertant son gendre de la situation. Il devait percevoir une lueur d’espoir. Encore consciente, la jeune femme avait pu entrer en contact avec son époux pour lui dire : « Mo bis inn fer tonneau Sorèze. »
Pris de panique, Madhi Hosany quitta en vitesse son poste de superviseur au National Green Cross de Belle-Rose pour se rendre sur les lieux de l’accident. Sur place, il trouva son épouse, blessée et traumatisée par ce qu’elle a vécu. « Elle était appuyée contre une volontaire. Je me suis dirigé vers les policiers pour qu’elle soit transportée au plus vite vers la clinique Darné, mais en raison des nombreux blessés, elle a été dirigée vers l’hôpital Jeetoo. Elle a été transportée dans un véhicule de la police. Je les ai suivis dans ma voiture », ajoute l’époux, qui a du mal à réconcilier cet heureux événement pour sa famille à la désolation des autres.
La jeune femme fut prise en charge par les services d’urgence de l’hôpital Jeetoo avec l’assurance à l’époux que le bébé se portait bien et que l’accouchement interviendrait dans la journée. Toutefois, face à la panique générale qui régnait à l’hôpital avec notamment la présence de nombreux blessés, des proches des victimes en pleurs, la famille d’Adeellah décida donc de la faire transférer à Darné. « C’est une ambulance de la clinique qui l’a récupérée. Nous tenons à remercier le personnel médical de l’hôpital Jeetoo pour avoir prodigué les premiers soins à Adeellah. Nous remercions de tout coeur tous les volontaires qui l’ont aidée », disent unanimement le père et l’époux.
« Nous pensons avoir pris une sage décision. Loin de mettre en doute la qualité des soins de l’hôpital, nous avions surtout besoin qu’elle soit dans un milieu sécurisé et loin du drame qu’elle a vécu. L’encadrement et le soutien moral étaient prépondérants. Dans le cas de ma fille, il y avait deux vies en jeu. Nous voulions qu’elle puisse rester forte pour qu’elle accouche de son bébé sans pression inutile », explique Ahmed Ackbarally Emambokus.
À la clinique Darné, l’équipe médicale était en alerte maximale. Les premiers examens devaient révéler que le rythme cardiaque du bébé avait accéléré. La décision est prise de pratiquer une césarienne à laquelle assistera son époux Madhi en début de soirée de vendredi. « Comme pour mieux marquer cette étape dans la vie de la famille, soit un véritable miracle, le bébé portera le nom de Madiyam en remerciement à Dieu pour avoir sauvé la mère et le bébé. Madiyam (Madina) est, après la Mecque, le lieu préféré du Saint Prophète Mahomet. C’était son havre de paix », soulignent à l’unisson le père et le grand-père, heureux.
« C’est un véritable miracle », ajoute tout ému Ahmed Ackbarally Emambokus. « La naissance de mon petit-fils est un évènement heureux mais est surtout un grand soulagement pour toute la famille. Notre coeur est rempli de reconnaissance envers tous ceux qui ont aidé ma fille. Il n’y a que Dieu qui a pu produire ce miracle. Les prières de mon épouse et de ma fille qui reviennent tout juste de la Mecque ont permis d’épargner notre fille et notre petit-fils », ne cesse-t-il de répéter.
 » J’ai été témoin de plusieurs accidents au cours de ma carrière de policier. J’ai aidé à extirper des victimes des véhicules accidentés. Je leur ai prodigué les premiers soins et transporté à l’hôpital. Dieu s’est peut-être souvenu de mes actes et il a sauvé mon enfant », poursuit, les larmes aux yeux, le caporal affecté au poste de Nouvelle-France.
De son côté, réconfortée par la naissance de son deuxième fils après Aashir, 3 ans, Adeellah Emambokus se remet lentement de ses blessures et du traumatisme de ce vendredi 3 mai…