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La presse française a lancé sa contre-attaque face à Google, en annonçant déposer plainte auprès de l’Autorité de la concurrence contre le géant américain, qu’elle accuse le bafouer le « droit voisin », un nouveau mécanisme entrant en vigueur ce jeudi, censé favoriser un meilleur partage des revenus du numérique.

Cette démarche collective a été annoncée lors d’une conférence de presse par Jean-Michel Baylet, patron de la Dépêche du Midi et président de l’Alliance de la presse d’information générale, la principale organisation du secteur.

« Nous sommes révoltés », car « nul ne peut bafouer la loi, or c’est ce que fait Google » a lancé M. Baylet, entouré par des dirigeants du secteur.

L’Autorité de la concurrence s’est déjà saisie de cette affaire, pour établir un éventuel abus de position dominante de Google.

« Il s’agit de l’avenir de toute la presse française et de la presse européenne » et « c’est un combat pour la liberté des citoyens de s’informer que nous menons », a expliqué le responsable. Il a précisé que les plaintes de l’Alliance et d’autres organisations associées à cette démarche, dont le Syndicat des éditeurs de la presse magazine (SEPM) et la Fédération nationale de la presse spécialisée (FNPS), seraient déposées « dès la semaine prochaine ». L’Agence France-Presse entend porter plainte également.

– Pomme de discorde –

Au cœur de cette querelle, le « droit voisin », un droit similaire au droit d’auteur, créé au bénéfice des éditeurs de presse et agences de presse par une directive européenne votée en début d’année.

Il doit permettre aux éditeurs de journaux de négocier avec les géants du numérique (qui captent l’essentiel des recettes publicitaires en ligne) une rémunération, pour la réutilisation de leurs contenus sur la Toile. La France est le premier membre de l’UE à l’appliquer.

Ce nouveau droit, déjà objet d’une intense bataille de lobbying à Bruxelles, s’est transformé en pomme de discorde entre la presse française et Google. Le géant américain a en effet refusé d’emblée toute négociation et, pour se mettre en conformité avec la loi française, a imposé de nouvelles règles applicables jeudi.

Selon M. Baylet, celles-ci constituent un « choix mortifère » entre « la peste et le choléra »: les sites d’infos doivent accepter que le moteur de recherche utilise gratuitement des extraits de leurs infos dans ses résultats. Sinon, leurs informations seront présentées de manière nettement moins visibles dans le moteur de recherche (il n’y aura plus qu’un simple titre et un lien), avec pour conséquence quasi-inévitable de voir le trafic vers ces sites chuter.

Par conséquent, la plupart des éditeurs de presse vont devoir se soumettre aux conditions fixées par Google, pour ne pas perdre des légions d’internautes. Selon le média spécialisé Mind, près de 300 des 1.000 principaux sites de presse français ont d’ores déjà accepté les nouvelles règles du moteur de recherche.

« Google nous propose une alternative entre nous amputer de notre trafic (…) et nous amputer de notre droit », a déploré Pierre Louette, PDG du groupe de presse Les Echos-Le Parisien, dans un entretien à l’AFP, dénonçant un « coup de foce » du géant américain.

Selon une étude de la société Heroiks, basée sur l’analyse des flux d’internautes, les sites de la presse écrite sont fortement dépendants de Google pour leur trafic, avec un « indice de dépendance » qui dépasse nettement la moyenne des sites les plus visités.

– Une question de « survie » –

Dans cette bataille, les éditeurs de presse comptent sur la mobilisation des autorités et de l’opinion publique.

Une tribune signée par plus d’un millier professionnels des médias et d’autres personnalités européennes a appelé l’UE à une « contre-attaque » en musclant « les textes pour que Google ne puisse plus les détourner » et utilisant « tout l’arsenal des mesures qui permettent de lutter contre l’abus de position dominante » que commettrait le groupe américain.

Pour eux, l’enjeu ultime de ce combat, « c’est la survie de médias indépendants et pluralistes, et in fine la vitalité de notre démocratie ».

« Nous ne laisserons pas faire », a d’ores et déjà prévenu le président français Emmanuel Macron. Et le ministre français de la Culture Franck Riester, qui a rencontré des responsables de Google à New York, entend mobiliser ses homologues lors du Conseil des ministres de la Culture européens du 21 novembre.

fpo/rh