Navi Radjou, grand prêtre mondialement connu de l’innovation frugale, et dont le livre Frugal Innovation, coécrit avec Jaideep Prabhu, a été vendu à près de 1,8 million d’exemplaires, était mardi l’invité de la présidente de la République, Ameenah Gurib-Fakim, pour une conférence sur son sujet de prédilection. Devant un public composé de scientifiques mauriciens et d’étudiants mauriciens et étrangers, fréquentant les institutions tertiaires de Maurice, le gourou a fait un brillant exposé, leur présentant l’innovation frugale.
D’origine indienne, Navi Radjou a grandi à Pondichéry et a fréquenté une école française. Immergé dans la culture de son pays natal débordant de créativité, Navi Radjou a enraciné ses convictions dans une enfance de petit débrouillard, notamment en créant lui-même ses jouets. Formé au sein des meilleurs établissements universitaires mondiaux en France et aux États-Unis, il a été consultant en stratégie dans la Silicon Valley et parcourt aujourd’hui le monde pour poursuivre ses recherches et vulgariser le concept d’économie frugale aussi connue comme la “Jugaad Innovation”. Navi Radjou détient d’ailleurs la double nationalité française et américaine.
Comme l’a expliqué le religieux, pendant longtemps l’Occident a été habitué à faire plus, en investissant plus de ressources. Aujourd’hui, sous l’impulsion des pays émergents, dont l’Inde, la Chine ou le Brésil, « on assiste à l’émergence d’un modèle alternatif au niveau de la création connu comme l’innovation frugale qui consiste à faire plus avec moins ». Il s’agit, explique-t-il, « de créer plus de valeurs pour les consommateurs, pour la société et pour les actionnaires tout en réduisant l’impact environnemental et le coût financier dans le processus de production ».
Son intervention comprend une série d’exemples en vue de démontrer que les investissements considérables dans le domaine de la recherche et du développement ne donnent pas obligatoirement des résultats probants. « En Europe, on essaie de voir comment mettre notre smartphone en communication avec un réfrigérateur alors qu’en Inde et dans les pays en développement, il s’agit de produits avec peu de frais comme un réfrigérateur sans électricité », explique Navi Radjou. Il démontre également comment l’innovation frugale nécessite un changement de paradigme basé sur la « frugalité, l’agilité et l’inclusion » alors que le R & D, tel que pratiqué par la plupart des grandes entreprises, est « onéreux, élitiste, manque d’agilité et d’ouverture ».
Navi Radjou explique qu’aujourd’hui de grandes entreprises telles Renault-Nissan, Danone, Lafarge, Siemens, Unilever, ou encore le groupe Auchan et la SNCF, « ont adopté les principes de l’innovation frugale et les mettent en pratique ». Un des exemples les plus probants est la création du véhicule de la marque Logan par Renault, en Roumanie, et dans d’autres pays d’Europe. « Par la suite, toute une gamme de véhicules de qualité bon marché et durables a été produite sous la marque Dacia », a-t-il indiqué.
Le modèle de l’innovation frugale peut également s’inscrire dans une démarche écologique, visant à utiliser moins de ressources naturelles de manière plus efficace. L’objectif est de minimiser l’utilisation de l’eau et du pétrole dans la chaîne de fabrication tout en apportant plus de valeurs tangible et intangible aux consommateurs.
Répondant à diverses questions de l’assistance, Navi Radjou a expliqué que la SNCF, en France, favorise plus la mobilité. L’objectif est de transporter les passagers d’un point à un autre en utilisant divers moyens de transport comme le train, le métro léger, l’autobus ou les véhicules électriques en utilisant un même ticket pour le voyage. Le conférencier a rencontré mardi des membres du MIOD, dont le directeur, Juan Carlos Fernandez Zara, a prononcé le “vote of thanks”.