Le 26 avril 1984, Lindsay Gaëtan Raynal fut brutalement arraché à sa famille et ses amis. Terrassé par une crise cardiaque sur les lieux mêmes de son travail à l’Université de Maurice, où en tant que responsable par intérim de l’École d’Administration, il assurait des cours en Sciences sociales (plus particulièrement en Administration régionale), il ne laissa derrière lui que des souvenirs affectueux et mémorables. Une onde de choc traversa les milieux intellectuels, et bien au-delà. C’était un érudit, un fin lettré passionné, doté d’une inégalable diction française et anglaise, un brillant chroniqueur à l’aise dans ses écrits et derrière un micro, un rare polémiste savant rompu à l’art oratoire… Son savoir étendu, sa maîtrise des humanités (latin, grec, histoire, littérature et philosophie) et sa soif des connaissances faisaient de lui un oiseau rare dans le paysage mauricien. Par-dessus tout, il validait le point de vue d’Aristote que l’homme est un animal politique, et à ce titre susceptible d’améliorer sa condition sociale. Et cela, à travers son engagement et sa vigilance citoyenne dans la chose publique comme édile municipal dans la capitale et à Beau-Bassin/Rose-Hill. « Without fear or favour », selon la formule anglaise !
Que reste-t-il aujourd’hui des idéaux prônés par cette génération d’intellectuels – enseignants, écrivains, artistes, juristes cultivés – qui incluait un Alex Bhujoharry, un Da Prithipaul, un Marcel Cabon, un Max Moutia, un Camille de Rauville, un Jean-Georges Prosper, un André Legallant, un Norbert Benoit, un Maurice Rault, un Mohamad Vayid, un Bhismadev Seebaluck, pour ne citer que ceux-là ? Malgré des avancées dans les sciences appliquées et la technologie, il demeure que nous n’échappons pas à un sentiment d’inachevé car nous ressentons un grand manque, vu que les modèles autour de nous se font rares. Nous sommes confrontés à une véritable crise des valeurs.