Au risque de se répéter, la question du dérèglement climatique est plus que jamais une priorité mondiale. Ainsi, à l’ouverture lundi dernier de la COP24 à Katowice, en Pologne, le secrétaire général de l’Onu a-t-il d’emblée prévenu : « Nous n’allons pas du tout dans la bonne direction pour freiner le changement climatique (…) Même si nous sommes les témoins d’impacts climatiques dévastateurs provoquant le chaos à travers le monde, nous ne faisons toujours pas assez, nous n’allons pas assez vite. » Pour António Guterres toujours : « Nous avons besoin de complètement transformer notre économie énergétique mondiale, ainsi que de la manière dont nous gérons les ressources foncières et forestières. »

Ce message, bien sûr, tout le monde le connaît. Or, le fait est que depuis la COP21 de Paris, peu auront été accomplis dans le sens d’une réduction de notre dépendance aux énergies fossiles, et ce malgré la signature d’un accord international. Pour preuve, un récent rapport souligne qu’après trois années de stagnation, les émissions de dioxyde de carbone sont reparties à la hausse en 2017, tendance qui devrait d’ailleurs se poursuivre cette année. Selon les experts du climat, la hausse de dioxyde de carbone était ainsi l’an dernier de près de 2%, soit « un sommet historique de 32,5 gigatonnes ». Le fait est que, malgré des « efforts » consentis du côté des constructeurs automobiles en termes de consommation, on assiste dans le même temps à une augmentation des ventes de véhicules à essence, conséquence directe du « Dieselgate ».
D’où la question : mais qu’est-ce qui cloche chez nous, consommateurs et politiques confondus ? Aurions-nous déjà oublié l’accord de Paris, dont les ambitions étaient pourtant déjà bien inférieures aux véritables impératifs environnementaux ?

Le problème, en premier lieu, c’est que cet accord était non contraignant, confirmant s’il le fallait encore la perte croissante de l’influence des Nations unies sur l’ensemble de la planète. Notons ensuite le retrait des États-Unis dudit accord sous l’ère Trump, tout autant d’ailleurs de la recrudescence anachronique de climato-sceptiques à la tête des États, comme l’attestent l’annulation par le Brésil de Bolsonaro de l’organisation de la COP25 et la reprise de la surexploitation forestière de l’Amazonie. Ainsi, depuis 2015, peu d’États, y compris même le pays hôte de la conférence (la France), ont été en mesure d’infléchir leurs tendances nationales à la production de CO2.
Tous les signes de l’imminence de la catastrophe sont pourtant là. Depuis 2013, chaque année affiche ainsi toujours une moyenne des températures mondiales plus élevée que la précédente. Les conséquences des catastrophes (ouragans, sécheresse, feux de forêts, inondations…), qui n’ont hélas plus grand-chose de naturelles, sont également de plus en plus dramatiques en termes d’intensité. Et pendant que la planète brûle, les pompiers, eux, restent tranquillement à la caserne, aucun gouvernement ne voulant risquer d’hypothéquer son mandat en prenant des décisions résolument impopulaires, si ce n’est bien sûr que lorsque celles-ci sont guidées par des raisons purement économiques.

Et chez nous ? Eh bien chez nous, c’est exactement pareil. Le gouvernement Jugnauth a beau ne rater aucune occasion de rappeler que la question climatique reste l’une de ses principales priorités, dans les faits, il en est tout autrement. Non seulement nous ne sommes pas prêts à nous débarrasser des énergies fossiles, mais nous ne réalisons finalement que peu de choses en faveur du développement durable. La problématique climatique n’est assurément pas notre priorité. Pour s’en convaincre, un seul exemple suffit : alors que se déroulait la COP24, dont l’objectif était de faire le suivi de l’accord de Paris, Maurice n’aura daigné envoyer qu’un simple représentant, le ministre de l’Environnement, Etienne Sinatambou, ayant en effet décidé de rester à Maurice pour assister aux débats sur le Constitution (Amendment) Bill et le Declaration of Assets Bill. Sans minimiser l’importance de ces législations, il nous paraît pourtant évident que le réchauffement climatique, et donc la survie de centaines de millions de personnes – si ce n’est de l’espèce humaine entière –, est une question autrement plus cruciale. Visiblement, et le ministre – pour qui il était « normal » de ne pas faire le déplacement en Pologne de par l’aspect « historique » des projets de loi débattus – et notre gouvernement ne semblent pas du tout du même avis.

Le cas mauricien est hélas symptomatique de l’état général de notre monde, où les intérêts immédiats – politiques et économiques – passent avant toute autre considération. Inutile de répéter qu’en continuant dans cette voie, nous nous dirigeons vers une catastrophe planétaire, certains prévoyant même un milliard de migrants climatiques d’ici les prochaines décennies. Et il y a une possibilité pour que nous en fassions partie. Autant dire que ce ne sera alors pas notre Constitution (Amendment) Bill qui nous sauvera !