VÉRONIQUE PAPILLON

L’habit ne fait pas le moine, en effet. J’y crois, et même fermement. Aujourd’hui plus que jamais, nous voyons des professionnels tatoués, barbus, vêtus de manière décontractée par moments, mais qui restent tout même performants dans leur domaine.

VERONIQUE PAPILLON

Pourtant, il demeure des gens qui pensent toujours que l’habit fait de vous ce que vous êtes et que vous ne serez pas « professionnellement » correcte si vous ne donnez pas la « bonne » image.

J’officie dans un domaine où mon image ou plutôt ce que je suis est d’une importance primordiale. Cela fait 18 ans que je suis enseignante. Mais je sors de l’ordinaire en raison de mes tatouages. Certains sont même visibles et difficiles à cacher. Toutefois, je suis restée attachée à des valeurs essentielles dans ma vie et cela a fait de moi une enseignante respectée par mes étudiants (je parle sous leur correction !). Mon aspect physique ne m’a jamais empêché d’être une personne dévouée à son travail et de donner le meilleur de moi. Le plus important est de pouvoir offrir le meilleur exemple de force, de discipline et de succès à cette jeunesse qui deviendra la génération adulte de demain.
Pourtant aujourd’hui en 2020, je me heurte toujours à une mentalité où mon apparence de femme tatouée (et peut-être celle de la femme créole aux cheveux bouclés et qui s’assume) me porte préjudice. Lorsque vous entendez quelqu’un lancer « ça commence par une bouteille d’alcool, ça finit par des cigarettes et des tatouages », cela vous titille et vous comprenez que la personne voit les tatoués comme des personnes ayant une mauvaise vie.

Boire un verre de vin, avoir une clope au bec et porter des dessins corporels ayant une histoire datant d’avant Jésus Christ font de moi une… Mon sens de la culture, mon intelligence, ma personnalité sont ainsi relégués en seconde zone. Blessant, n’est-ce pas ? Et pourtant…

Mais je préfère avoir cette apparence, avoir un sens des valeurs, être intègre et respecter mon prochain que de porter des habits juste pour le plaisir des yeux. Ce ne sont pas nos habits qui font de nous des humains corrects mais nos actions et la manière de traiter notre prochain. On peut avoir le meilleur habit qui soit sur soi, mais cela ne sert pas à grand-chose quand vous n’avez ni l’attitude ni le cœur qui va avec. « Fode ena klas pou fer sa », comme dirait l’autre !