De plusieurs quartiers on  nous siffle des chapelets d’analyses quant à l’issue des scrutins de la partielle du 17 décembre dernier. Les partis traditionnels y vont avec des justifications de bas étage… injustifiables. Certains, très crispés, s’adonnent à une façade d’indifférence, à l’instar du pouvoir en place, en minimisant l’enjeu de cette joute.

Dev Ramano

D’autres pataugent dans la complaisance et s’enrôlent dans leur apparat de business as usual. Pourtant, un phénomène politique historique nouveau se mijote que des médias « mainstream » refusent de discerner. Une sorte d’effervescence commence à s’exalter qui pourrait être prometteuse pour une nouvelle construction politique qui commencerait à dessiner le crépuscule du panorama politique traditionnel. On traitera de ce phénomène. Mais, au préalable, il serait pertinent de saisir pourquoi la vraie gauche, notamment le Mouvement Premier Mai (MPM) et Rezistans ek Alternativ, n’a pu se hisser sur un piédestal plus éloquent que celui atteint le 17 décembre dernier.

Le poids des courants traditionnels et conservateurs

Le poids des partis traditionnels ne s’efface pas en trois mois de campagne. Leurs mensonges, leurs bribes électorales, leur argent sale, leur financement occulte et leur bluff sont autant d’ingrédients malsains que la vraie gauche a dû combattre en si peu de temps. Depuis des décennies une somme d’éléments insidieux, entre autres des programmes politiques identiques sur le fond, est proposée par ces partis comme du réchauffé, leurs promesses constamment non tenues, leurs pratiques communales dégueulasses et corruptrices, leurs alliances concoctées – les unes plus indécentes que les autres –, laissent planer une atmosphère lourde de « tou kou mem zafer ». Le suffrage universel est vidé de sa substance et à chaque élection le potentiel électeur blasé est envahi par le sentiment de n’avoir qu’un privilège de cinq minutes dans l’isoloir pour déloger celle/celui qui l’a berné et pour choisir consciemment l’élu(e) qui le bernera pour le prochain quinquennat. Une large partie de notre peuple se sent désabusée, se résigne et se prête à enfler le camp de l’abstentionnisme et de l’indécision d’une façon outrageante, 46% à la dernière partielle.

Boolell, Ramgoolam et le PTR : le jeu de cache-cache

Le Parti travailliste, dont l’électorat est un vase communicant avec celui du Parti Soleil au pouvoir, a bénéficié par défaut d’une grande partie de ce soutien électoral vu le périple jalonné des pires scandales du MSM/ML. Et ce, malgré les casseroles, coffres-forts, et autres scandales que traîne le PTR de Ramgoolam. Au fait, les nouvelles casseroles des caciques au pouvoir cachent les anciennes  de ceux de l’ancien pouvoir. Cette large frange de l’électorat se laisse toujours gagner par l’amnésie politique, malheureusement. Arvin Boolell a bénéficié de cette situation malsaine tout en jouant, honteusement lors de la campagne, la carte communale à outrance en s’affichant indécemment avec le VoH. Le comble du ridicule, c’est la grille de lecture qui prête à une interprétation que l’élection de Boolell est l’effet d’un faciès sympathique et d’une voix enrouée et enjôleuse. Oh que c’est dangereux pour notre démocratie qu’un « semblant de mouton » favorise l’élection d’un « ignoble loup ». L’interprétation aurait été plus honnête si elle avançait que l’hypocrisie ou le faire semblant ait permis au candidat rouge le podium premier. Malgré la bonhomie de Boolell – qui peut entraîner un PTR requinqué, dans l’ambition de ce dernier pour l’assaut sur l’hôtel du gouvernement –, le parti rouge reste ‘soornakien, macaroniste, macaréniste et coffre-fortiste’.

La dégringolade annoncée d’une persistante trahison

Pour le MMM, la dégringolade paraît irréversible. En tant que parti social-démocrate ou réformiste à l’époque, il a connu au fil du temps, une évolution sociale libérale. Face à l’offensive de la droite, il s’est adapté à une politique capitaliste de contre-réforme libérale. Son passage aux commandes du pouvoir à deux reprises ne laisse aucun doute là-dessus. Ses gesticulations politiques historiques se résument ainsi. D’une politique réformiste, il a sauté dans un réformisme sans réformes. D’un réformisme sans réforme le MMM a plongé dans un réformisme de contre-réformes dans le cadre du capitalisme libéral. Il a connu un changement historique de fond en comble, c’est-à-dire une intégration jusqu’au bout des ongles dans le capitalisme globalisé. C’est cela le triste échec du MMM. Il a prétendu changer la vie, la vie l’a changé; il clamait placer le pouvoir entre les mains des citoyens, le pouvoir l’a magnétisé et aspiré. Il clamait vouloir changer les règles du jeu pour acculer la puissance de l’argent; aujourd’hui ne respire-t-il pas que par l’odeur des sous des nantis? Rawat en sait un morceau ! Ce parti prônait le changement social en rôtissant le cochon à petit feu, le cochon l’a bouffé. C’est énorme tout ça dans un pan étroit de notre histoire, 48 ans seulement ! Le score du MMM à l’issue de cette partielle en est la conséquence de tout cela. Le MMM continuera à errer comme une âme sans peine et s’enfoncera toujours plus profondément dans son positionnement de « veyer seke » et s’adonnera à son énième spectacle d’alliance politique indécente dans les mois qui viennent, après avoir berné les gens que le MMM —  « nou lamin prop » – se présenterait seul aux élections générales. Que Bérenger la boucle ! Sa candidate n’a été victime d’aucun fléau de division de la gauche. Le MMM n’est plus de la gauche.

Enfin, c’est un gargarisme opportuniste que Bérenger présente faussement comme un trait de son caractère. Bérenger veut se redonner une virginité de gauche. Référence est faite ici à sa déclaration sur ‘l’idée d’un front commun de gauche’ à la fête de défaite du MMM au Domaine Anna le 26 décembre dernier. (Le Mauricien du 27 décembre 2017). On peut encore lire: « Concernant les partis politiques de gauche, Paul Bérenger a lancé haut et fort qu’il y avait deux catégories de partis de gauche : les rêveurs et arrogants ainsi que des réalistes. »

Cher Paul, sur un esprit ‘kas-kontour’, un corps pétri de trahison et une carapace de droite, le vernis de gauche ne prend plus. Cette période est révolue ! À l’époque où le MMM surfait sur un nuage de l’illusion populaire, avec ton calice de vin dilué à la main gauche, tu pouvais te permettre ces élucubrations langagières. Mais aujourd’hui ton calice d’eau avec nulle trace de vin à la main droite, tu fais rire à gorge déployée en te posant en donneur de leçon. Toi réaliste, tu ne l’es pas ! Des rêves, tu n’en as pas ! De l’arrogance, tu en es débordé ! Trahisons à la pelle, ça oui, on te permet volontiers la palme de champion.

Bhadain, le potentiel Li Kwan Yew national raté

Bhadain est symbole de «l’arrogance » et de retournement de veste et se croyait le nombril du monde et sort de ces élections écrabouillé, déconfit et complètement décrédibilisé. Enfin, quelques-uns de ses propres collaborateurs qui l’ont délaissé en catastrophe à cause de la figure de ‘one man show’, de ‘l’arrogance et de la volte-face’ du leader du Reform Party, déclarent en substance ceci : que le Reform Party disparaîtra de la scène politique si son leader ne passe pas la partielle. Le comportement de Bhadain en quittant lâchement le centre de comptage aux premiers signes de déroute, donne une indication de ce que serait le choix du parti lion quant à son avenir dans les prochaines semaines. C’est salutaire car le pays est ainsi épargné d’une possible prolifération d’une potentielle tendance d’un étatisme à la Lee Kwan Yew. Notons que les moyens matériels énormes de Bhadain faisaient même tiquer les partis traditionnels vivant sur des fonds occultes et c’est cela qui  semble-t-il, lui a permis de se hisser à la troisième place avant le Mouvement Premier Mai.

Le PMSD rétrécit

Le PMSD est réduit à sa juste proportion. C’est certes un assainissement au niveau de la configuration politique car ce parti se chaussait des pointures ne convenant pas à ses pattes de nains depuis déjà des décennies. Si hier il n’était que les cinq sous pour combler la roupie dans les jeux malsains des alliances politiques, aujourd’hui il se situe à moins de trois sous dans cette configuration.

Malgré une visibilité accrue de Xavier-Luc Duval dans la sinécure de leader de l’opposition, il n’a pu esquiver la claque magistrale du Mouvement Premier Mai, en prenant la cinquième place derrière ce dernier.

La couverture médiatique discriminatoire

Quelle criante contradiction ? Bizlall caracolait en tête de la couverture médiatique pour son implication quotidienne dans ses pertinents combats socio-syndicaux, entre autres, les ‘Cleaners’, les ‘pilotes d’Air Mauritius’, le ‘13 licenciés du Mauritius Duty Free Paradise’, le ‘Minimum Wage’. Mais sa visibilité en termes de candidat à la partielle du n° 18 était quasiment nulle. À l’instar d’un hebdomadaire mainstream…Bizlall ne figurait même pas parmi les 16 premiers candidats considérés comme crédibles.  Les sondages Verde, très suspects, parus dans un autre titre, noyaient Bizlall parmi les candidats indépendants qui n’ont supposément pas droit de faire figure de prestige dans ce lot d’investitures électorales. Ce n’est que récemment, que l’épais nuage qui enveloppait la candidature du MPM et l’écartant étonnamment de la ligne de vue ‘mainstream’, commence à se dissiper avec les ‘face à face’. Tout cela relève de constructions médiatiques qui ont pesé d’une façon néfaste sur la campagne de cette entité de gauche.

À SUIVRELe score du Mouvement Premier Mai – le langage des chiffres; Effervescence politique, nouveau cap stratégique et l’alternative