PIERRE DINAN

On ne le dit pas assez : près d’un jeune sur quatre de ce pays est en chômage. Au 30 septembre 2019, ils étaient au nombre de 16 300, soit 23,4% de la population des jeunes de la République. C’est un problème récurrent qui s’est manifesté depuis plusieurs années déjà, et on ne cesse de répéter que c’est le résultat d’une inadéquation entre l’offre d’emplois (soit les divers types de postes à remplir dans les entreprises de ce pays) et la demande d’emplois (soit les qualifications et aptitudes des jeunes à la recherche de travail rémunéré).

PIERRE DINAN

C’est ce constat qui mène à penser que la présente réforme scolaire est un pas dans la bonne direction.

En premier lieu, le couperet intervient dorénavant, non plus à l’âge tendre de 11 ans (sacré CPE !), mais trois ans plus tard, avec les examens du Grade 9 au niveau national et dont la première édition se déroulera cette année.

Il est opportun de se rappeler la logique qui sous-tend l’introduction de cet examen. Il vise à départager les élèves en deux grands groupes :
– Ceux qui poursuivront des études académiques menant au School Certificate et éventuellement au Higher School Certificate, et
– Ceux qui seront dirigés vers la formation à divers types de métiers, laquelle leur sera dispensée par le MITD (Mauritius Institute for Training and Development) dans le secteur public de l’éducation et, par exemple, par le Collège Technique Saint Gabriel dans le secteur privé. Il est, toutefois, impérieux que le MITD soit géré de manière professionnelle afin que les cours dispensés par lui soient à la hauteur des besoins des apprenants.
De plus, lorsque les étudiants de ces deux groupes respectifs auront terminé leur parcours scolaire, ils pourront aborder le tertiaire, les premiers dans une institution universitaire, les seconds dans des écoles de formation professionnelle, tels que Polytechnics Mauritius.
Il est impérieux que ces deux grandes filières issues du nouvel examen de grade 9 soient considérées à leur juste valeur respective et que disparaisse, chez nous tous, Mauriciens, cette opinion erronée à l’effet que seules comptent les études académiques, alors que la formation à des professions et à des métiers techniques mène à un statut inférieur. Tant que persistera cette erreur de jugement, les parents continueront à ne désirer que le parcours académique pour leurs enfants, sans tenir compte de leurs aptitudes et de leurs capacités.

Il revient aux autorités d’aider à ce changement d’attitude. Par exemple, elles pourraient attribuer des bourses d’étude (plus poussée) à des lauréats issus des filières non académiques. De plus, les métiers concernés devraient jouir d’une reconnaissance officielle de la part des autorités et être, en conséquence, adéquatement rémunérés. En somme, il faut absolument revaloriser les métiers, aussi bien de point de vue méritocratique que pécuniaire.

Et il y a lieu de penser que les porteurs de diplômes professionnels issus de ces filières revalorisées seront plus à même que jusqu’ici de remplir des postes vacants dans les entreprises de ce pays. Il en résulterait, non seulement une diminution du chômage des jeunes, mais aussi un moindre recours à des travailleurs étrangers dans ces filières auxquelles les jeunes d’aujourd’hui n’ont pas été formés lors de leurs études secondaires, sinon tertiaires.

Telles sont les raisons qui mènent à la conclusion que le critère des cinq Credits aux examens du SC est un pas dans la bonne direction. Il donne aux étudiants concernés une deuxième chance (après l’épreuve de tri et de sélection du grade 9) de rejoindre la filière des métiers où ils seront plus à même de mettre leurs aptitudes à contribution et de progresser dans leur vie de travail.

C’est l’absence de cette deuxième chance qui fait problème dans la présente controverse autour de la décision des autorités d’introduire le critère des cinq Credits dès 2020. Tous ceux qui se voient interdits d’accès en HSC n’ont pas connu l’étape d’épuration du grade 9, puisque c’est en cette année 2020 que commence cet exercice. On peut, dès lors, comprendre la frustration des parents, des enseignants, bref de tous ceux qui sont touchés par cette décision. Il est permis de penser qu’en 2022, le pourcentage des étudiants au-dessous du niveau des cinq Credits (soit environ 7 sur 10) sera significativement inférieur à celui de 2020, compte tenu de la sélection qui aura été opérée en 2020.

Si les autorités avaient attendu l’année 2022 pour introduire le critère des cinq Credits, celui-ci ne se serait alors appliqué qu’aux « académiques ». On aurait alors pu mieux discerner la ou les causes de leur insuccès et moins de parents auraient été déçus de la performance de leurs enfants.

La présente réforme éducative est louable. Elle arrive tard, malheureusement, et c’est sans doute pourquoi les autorités sont pressées de la mettre en œuvre. Mais il ne faut pas brûler les étapes : cela risque de mettre à mal toute la réforme éducative.